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AN. 1164.

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a poussé les choses trop vivement ; sans considerer le tems contraire, ni le mal qui lui en pouvoit arriver. Et n'aïant pû nous attirer à son sentiment, il a voulu rejetter sa faute sur le roi , sur nous & sur tout le roïaume ; & pour nous rendre odieux il s'en est fui, sans que personne usât contre lui de violence ni de menaces : comme il est écrit , quc Prov. IIVIIJ. » l'impie s'enfuit sans être poursuivi. Tout beau, dit le

pape ; & l'évêque de Londres ajoûta : Voulezvous que je l'épargne ? Jene dis pas , reprit le pape, que vous l'épargniez , mais que vous vous épargniez vous-même. Hilaire évêque de Chichestre parla dans le même sens ; & Roger archevêque d'Yorcajollca : Personne ne connoît micux que moi le caractere d'esprit de l'archevêque de Cantorbe. ri : on ne lui fait pas quitter aisément le sentiment qu'il a une fois embrassé, & je ne vois point d'autre moïen de le corriger , que d’employer forcement vôtre autorité. Barthelemi évêque d'Excestre ajoûta : Cette cause ne peut être terminée en l'absence de l'archevêque de Cantorberi : c'est pourquoi nous demandons des légats pour la juger.

Ensuite le comte d'Arondel qui étoit present avec grand nombre de gentilhommes demanda d'être écouté, & dit : Nous ne savons nous autres gens sans lettres ce qu'ont dit les évêques. C'est qu'ils avoient parlé en latin. C'est pourquoi, continua-t-il, il faut que nous disions aussi comme nous pouvons pourquoi nous sommes enyoïez. Ce n'est ni pour disputer, ni pour injurier personne, principalement en presence de celui à qui de Tome XV.

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droit tout le inonde est foûmis. Nous sommes vea An. 1164. nus vous offrir la dévocion & l'affection de notre

roi pour vous : il a choisi pour cet effet tout ce qu'il y a de plus grand dans son roïaume ; & vous avez déja , Saint pere , éprouvé la fidelité du roi au commencement de votre promotion. Nous ne croïons pas qu'il y ait dans la chrétienté un prince plus religieux & plus propre à conserver la paix en ce qui le regarde. L'archevêque de Cantorberi est aussi de son côté sage & discret , mais quelquesuns le trouverent trop subtil ; & sans la division qui eft survenuë entre le roi & lui, nous serions heureux sous un si bon prince & un si bon pasteur. C'est pourquoi nous vous suplions de vous appliquer à y rétablir la paix. Le comte parla ainsi en la langue, & tous loüerene sa modestie & la discretion.

Le pape déja instruit d'ailleurs de la cause du differend, déclara aux envoïez du roi , qu'il ne pouvoit rien ordonner sur cette affaire en l'absence de l'archevêque de Cantorberi : mais ils refusoient de l'attendre , disant qu'ils n'osoient demeurer à la cour du pape au-delà du terme prescrit par le roi ; & ils pressoient le pape de nommer un légat , pour juger l'affaire en Angleterre. Le pape étoit fort embarassé : il voïoit un roi jeunc & puissant , & craignoit s'il étoit refusé,qu'il n'embrassât le schifme : de quoi aussi les envoïez le menaçoiene , particulierement les laïques. D'ailleurs il ne pouvoit se résoudre à renvoïer l'archevêque dans un païs où il étoiç regardé comine un ennemi public, & d'où il étoit sorti comme par miracle: il lui fembloit que c'étoit l'envoïer en prison combattre contre son gcolier. Les cardinaux augmentoient son embar-An. 1164. ras : car la plớpart accoûtumez à la complaisance pour les princes , vouloient que l'on accordât au roi ce qu'il demandoit. Enfin le pape tint ferme à ne rien ordonner au préjudice de l'archevêque en son absence ; & les envoïez du roi ne voulant pas l'attendre , s'en retournerent en Angleterre , sans avoir reçu la benediction du pape. Ils se presserend même de sortir de France , où ils ne se trouvoient pas en fûreté ; tant parce que l'on croïoit qu'ils portoient beaucoup d'argent , que parce que tong le monde étoit favorable à l'archevêque. Le pape 1. ep. TT de son côté cassa la sentence donnée à Norcampton contre lui par les évêques & les barons d'Angleterre.

Cependant Thomas partit de S. Bertin accompagné de l'abbé & de Milon évêque de Theroia- Thomas devant le ne , qui le conduisirent à Soissons. Le roi Louis y c. sas arrivale lendemain , & aprenant que l'archevêque étoit dans la ville , il alla descendre de cheval à son logis & le visita le premier. Il lui témoigna la joïe qu'il sentoit de le recevoir en fon roïaume, lui promit sûreté, & l'obligea à recevoir de la liberalité tout ce qui lui seroit necessaire. Thomas partit quelques jours après , accompagné des officiers du roi , pour aller à Sens trouver le pape. Il c. st. fut reçu froidement par les cardinaux , mais il ne

pas d'avoir audience du pape , qui témoigna compatir beaucoup à ses peines , & lui ordonna d'expliquer le lendemain en presence des cardi

XIII.

lailla pas

naux les causes de son exil. Ce jour-là donc étant AN. 1164. allis le premier après le pape il voulut fe lever,

mais le pape voulut qu'il parlâc assis,& ildit: Quoi que je ne fois pas fort habile , je n'ai pas toutefois assez peu de sens, pour quitter sans sujet le roi d'Angleterre. Car si j'avois voulu lui être complaiTant en tout, il n'y auroit personne en ses états qui ne m'obéït absolument ; & si je voulois à prefent changer de conduite , je n'aurois pas

besoin de médiateur pour rentrer en ses bonnes graces. Majs parce qu'on a obscurci en nos jours la dignité de l'église de Cantorberi , j'aimerois mieux mourir mille fois ; que dissimuler les maux que nous souffrons. Voyez vous-même de vos yeux , ce qui en eft. Alors il tira l'écrit des coûtumes dont il étoit question ; & ajoûta en pleurant: Voilà ce que le roi d'Angletere a ordonné contre la liberté de l'église : c'est à vous de juger si on peuţ le disfimuler en conscience.

L'écrit aïant été lû , tous en furent touchez jusques aux larmes ; & ceux mêmes qui étoient auparavant de different avis, convinrent alors qu'il falloiç fecourir l'église universelle en la personne de l'archevêque. Mais le pape aïant lû & relû artentivement chaque article des coûtumes, entra

en grande colere , & reprit vivement le prelat d'y of?. avoir consenti avec les autres évêques. Puis il ajoû

tả : Quoi qu'il n'y ait rien de bon dans ces articles, il y en a toutefois que l'église peut tolerer en quelque maniere ; mais la plũpart font condamnez par Les anciens conciles & contraires aux faints canons.

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An. 1164•

c'est par

ma

Puis se tournant vers l'archevêque il ajoûta : Il faut
vous traiter plus doucement, parce que vous vous
êtes relevé aussi-tôt après vôtre chûte ,

&

que vous avez obtenu nôtre absolution. C'est pourquoi nous vous la donnons encore en consideration de vos Sup. n. si pertes & de vos souffrances.

Le lendemain le pape étant assis avec les cardi- C. 12. naux dans une chambre plus fecrete, Thomas se presenta & dit : J'avoue que

faute

que j'ai excité ces troubles dans l'église d'Angleterre. Je ne suis point entré dans la bergerie par la porte, mais à la faveur de la puissance seculiere , quoi que jy sois entré malgré moi. Or si j'avois renoncé à l'épiscopat sur les menaces du roi, comme mes confreres vouloient me le persuader , j'aurois laissé dans l'église un pernicicux exemple: mais à present je le fais en vôtre presence , & craignant de plus fâcheuses suites de mon entrée irreguliere & de mon incapacité, je remets entre vos mains, S. pere, l'archevêché de Cantorberi.Ausli-cócil tira l'anneau de son doit , priant le pape avec larmes de pourvoir à cette église d'un plus digne pasteur : ce qui attendric tous les assistans jusques aux larmes. Thomas se retira ensuite & le

pape

délibera sur ce sujet avec les cardinaux. Les uns étoient d'avis de profiter de l'occasion pour appaiser la colere du roi, mettant un autre sujet à Cantorberi, & pourvoïant d'ailleurs Thomas de quelque place plus convenable. Les autres ne jugerent pas raisonnable

, que celui qui pour défendre la liberté de l'église avoit exposé ses biens , sa dignité & fa

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