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qu'il auroit bien-tôt un fils. Il nâquit à Paris la nuit du famedi au dimanche vingt-deuxième d'Août 1165. Il fut baptifé le jour même par Maurice évêque de Paris, fes parrains furent Hugues abbé de S. Germain des prez, Hervé abbé de Saint Victor & Eudes abbé de fainte Geneviève. Ses Maraines Conftance fœur du roi comteffe de Thouloufe, & deux veuves de Paris. Il fut nommé Philippe & furnommé Dieu-donné.

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AN. 1165

Dès l'année 1162. lors que le pape Alexandre

1180.

arriva en France, il y vint deux envoïez de Manuel empereur de C. P. avec des lettres & des ordres fecrets pour lui & pour le roi Louis, à qui Manuc écrivit, que fur fon témoignage il reconnoiffoit A, lexandre pour pape legitime, lui rendoit le respect qui lui étoit dû, & défiroit participer à fes prieres. Par où l'on void que l'empereur Grec prétendoit être dans la communion de l'églife Romaine. Enfuite comme le pape étoit prêt à retourner à Ro me, Manuel lui écrivit en ces termes: Vous m'avez ap. Baron. ani écrit, que le roi de France doit aller avec d'autres feigneurs au fecours de la terré fainte : j'en aurai bien de la joïe, comme je vous l'ai déja mandé, & je fuis prêt à leur donner paffage & leur fournir la fubfiftance. Mais il me faut donner mes furetez, qu'ils ne feront aucun domage fur mes terres; & qu'ils me rendront toutes les villes de Romanie qu'ils prendront fur les Turcs, dont je vous ai envoïé l'état. Et comme vous êtes le promoteur de chlorat cette entreprise, je defire que vous envoïez avec eux un cardinal, qui puiffe reprimer la temerité de

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ep.

to.x. Conc.p. 1333. : 65. 69.74.81. Duchesne 1. 4.

93.

P.

612. et. 126. 129.

142 160. p. 579.

ep. 148.

ceux qui feront quelque defordre: car il eft impofAN. 1165. fible qu'il ne fe trouve quelques étourdis dans une fi grande multitude. La lettre eft dattée du mois de Mars indiction treiziéme qui eft l'an 1165.

Le pape Alexandre partit de Montpellier dans l'octave de l'Affomption ; & après une navigation affez dangereuse il arriva à Meffine, ce que Guillaume roi de Sicile aïant apris à Palerme, où il étoit, il donna ordre que le pape, qu'il reconnoiffoit pour fon pere & fon feigneur, fut traité avec l'honeur convenable & lui envoïa de magnifiques prefens. Il fit armer une galere rouge pour la perfonne du pape & quatre autres pour les évêques & les cardinaux ; & envoïa un archevêque & d'autres feigneurs pour conduire le pape jufques à Rome. Le pape partit de Meffine au mois de Novembre, paffa par Salerne & Gaëte, puis par l'embouchure du Tibre arriva à Oftic où il paffa la nuit. Le lendemain matin les fenateurs avec les nobles & une grande multitude de clergé & de peuple sortirent de Rome, vinrent le recevoir, & portant des branches d'olivier le conduifirent avec joïe jufques à la porte de Latran, tout le refte du clergé l'atendoit revêtu solemnellement. Les Juifs s'y trouverent auffi portant leur loi fur les bras fuivant la coûtume : les gonfaloniers avec leurs enseignes, les ecuïers, les fecretaires, les juges & les avocats. Ainfi marchant en proceffion & chantant à deux choeurs ils le conduifirent au Pa19,10. Cons. P. lais patriarcal de Latran. C'étoit le 21. de Novembre indiction 13. Trois jours après le pape écrività Henri archevêque de Reims & à fes fuffragans,

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AN. 1165.

XXI. Lettre d Arnoul

mas.

tom. 2. Spicil.

pour leur faire part de fon arrivée à Rome, marquant qu'il avoit évité dans fon voïage de grands périls de la part de fes ennemis. C'étoit l'empereur Frideric & les fchifmatiques que ce prince protegeoit. Vers ce tems-là Thomas aïant écrit à Arnoul évêque de Lifieux, qui étoit en grand credit à la de Lifieux à Thocour d'Angleterre : ce prélat lui répondit par une 1. p. 85. grande lettre, où il disoit en substance: Quel-p. 485. ques-uns de ces gens qui devinent les intentions croïoient que vous agiffiez par ambition, & que vous aviez encore étant archevêque les mêmes pen? fées qu'étant chancelier, d'étendre vôtre puiffance fans bornes & l'égaler à celle du roi, qui la tient de vous. Que par ce motif vous aviez dés le commencement refifté à fes ordres, afin d'intimider tous les autres par cet exemple. On vous faifoit dire avec vos amis, qu'il ne falloit pas flatter la jeuneffe inconfiderée de ce prince : mais la reprimer d'abord vigoureufement. Que vous le connoiffiez mieux que perfonne, & qu'il favoit combien vous lui étiez neceffaire. Ces difcours étoient raportez au roi : & il difoit dans fa colere, qu'il avoit befoin de toute fa force & de toute fon adresse puis qu'il s'agiffoit de fa dignité, & que vous n'éticz pas homme à abandonner vos entreprises.

Mais le tems à diffipé tous les doutes, & la pureté de vos intentions eft devenuë fi évidente, qu'elle a rempli de joïe les gens de bien & couvert vos ennemis de confufion. Il est clair que vous avez préferé la justice & la liberté de l'église

à tous les biens temporels ; & que fi vous aviez voulu AN. 1165. confentir aux nouveaux abus, vous pouviez nonfeulement vivre en paix, mais regner avec le prince. Vous auriez été invincible en foûtenant la bonne caufe, fi vous n'avicz été abandonné de ceux qui devoient la foûtenir avec vous: mais leur foibleffe a donné du courage à vos ennemis. De vôtre part vous avez expofé même vôtre vie ; mais il paroît que le roi vous a épargné & a confervé de l'affection pour vous; pendant qu'il effaïoit de vous reduire par la crainte. Il auroit pû empêcher vôtre fortie s'il avoit ufé de fa puiffance, & tant que vous auriez été en Angleterre, vous n'auriez pas cu tant d'occafion de lui nuire ni fes ennemis de le décrier.

Je vous prie de confiderer fouvent quelle eft vôtre caufe, quel eft vôtre adversaire & qui font vos protecteurs. Vôtre caufe eft manifcftement jufte, puis que vous combattez pour la liberté de l'églife, que l'on ne peut attaquer fans interesser la foi. Mais vous avez un adverfaire qui fe fait craindre des plus éloignez par sa fineffe, de ses voisins par fa puiffance, de fes sujets par fa feverité : que fes heureux fuccès ont rendu fi délicat, qu'il prend pour injure un manque de complaifance. Il fe rend quelquefois traitable à l'humilité & à la patience, mais il ne veut pas être attaqué par force, afin de ne paroître rien faire que de fon bon gré. Car il cft fenfible à la gloire jusques à aimer la flatterie. C'est ce qui fait que tous vos fuffragans vous ont fi lâchement abandonné : enforte que vous ne pouvez compter fureux, puis qu'aïant été cause de la divi

fion ils ne font pas propres à travailler à la réconciliation. Ceux d'un moindre rang vous aiment fincerement pour la plûpart; mais la crainte de l'exil les retient, & ils fe contentent de foûpirer & de faire pour vous des vœux en fecret.

Quant aux feigneurs, il eft certain qu'ils ont fait unc efpece de conjuration contre l'églife, pour s'oppofer toûjours à fon utilité & à fa dignité : perfuadez qu'elle ne s'enrichit & ne s'éleve qu'à leurs dépens. L'occasion favorable les rend plus ardents, & ils difent qu'ils ne travaillent que pour l'interêt du roïaume. Que le roi ne doit pas regner avec moins de dignité que fes prédeceffeurs, qui avoient moins de puiffance ; & ils attribuent à sa dignité toutes les anciennes entreprifes, quoi qu'elles ne s'accordent ni avec la foi, ni avec la raifon. Dans le fonds ils le flattent, en l'engageant dans une mauvaise affaire, dont ils esperent la diminution de fa puiffance, pour recouvrer l'ancienne impunité de leurs crimes.

Si vous confiderez le fecours des étrangers, ils l'offrent d'abord de bonne grace & abondamment; mais leur affection fe refroidit à la longue, & la grandeur de la dépenfe diminue la liberalité. Il faut donc ufer avec bien de la difcretion de ce qu'on ne nous donne que par pure charité; & ne pas prendre tout ce qu'on nous offre, pour n'en pas épuifer la source. Vous devez peser murement toutes ces confiderations.

Le plus für eft de garder la moderation, fans defefperer par la crainte de l'adverfité ni vous opiTome XV .

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AN. 1165.

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