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niâtrer par la confiance en la bonté de vôtre 'cause. An. 1165. Il faut tolerer tout ce qui n'est ni criminel ni dan

gereux pour la foi ; & dissimuler pour un tems ce qu'on ne peut corriger. Les choses ne demeurent pas toûjours en même état , & Dieu change comme il lui plaît les cours des princes. Cependant s'il se presente quelque occasion favorable , recevez-la

à bras ouverts ; & fi l'on propose un accommodement, n'en discutez

pas

les articles avec trop de subtilité, pour ne pas réveiller les querelles. Tenez-vous aux condicions generales , & vous contentcz qu'il n'y en ait point de particulieres qui détruisent expressément la liberté de l'église. Ne cherchez point à triompher devant les hommes , au contraire laissez au roi l'honneur de la victoire, pourvû quc vôtre conscience vous rende un témoignage glorieux devant Dieu.

Pour moi je vous servirai fidelement & avcc affcction , sachant que vous facrificz vôtre fortune & vôtre personne pour l'intcrêt de vos freres. Mais il faudra d'abord témoigner quc je vous suis conttaire : parce que si je paroissois vôtre ami je ne serois ni cru ni écouté. La diflimulation scra UA moren de vous servir plus utilement. Cependant consolez-vous l'arrivée du roicn ces quartiers donnera plus de commodité à ceux qui vous aiment d'agir auprès de lui. On dit même qu'il vient plus etraitable qu'à l'ordinaire , par les mouvemens qu'il craint de la part des François, de fes autres voisins & même de ses autres sujets : enfin par l'indignation du pape qu'il vient de s'attirer. Arnoul finit fa lettre en recommandant le secret.

XXIL

Charlemagnc.

L'empereur Frideric tint à Aix-la-Chapelle une

AN. 116.6. cour plcniere à Noël 1165. où à la pricre de Henri roi d'Angleterre & du consentement & par le con- Canonisation de fcil de tous les seigneurs tant feculiers qu’ccclcsiaftiques , il fit lever le corps de l'empereur Charles magne pour la canonisation duquel il avoit afscm, blé cette cour ; & la ceremonie s'en fit le vingencuviéme de Decembre. C'est ce que témoigne ap. Bol.18. F an. l'empereur Frideric dans la bulle d'or qu'il en fix Chr. Gaufr. expedier le huitiéme de Janvier de l'année 11.66. Un auteur du tems ajoûte que Frideric mit le corps Chr. Ademari.e: de Charlemagne dans une chasse d'or ornée de 169. pierreries , & que l'on commença à Aix-la-Chapelle à en faire la fêce comme d'un saint, par

l'autorité de l'archevêque de Cologne. Le corps de sup.liv. Ivu. n. Charlemagne avoit déja été découvert l'an mil par l'empereur Otton III. mais quoi qu'il eût été trouvé fans corruption & que l'on dit dès lors qu'il se faisoit des miracles à son tombeau, on n'en cclebra point la fête & on continua de faire son anniversaire comme pour les autres défunts. Ce n'est que depuis cette canonisation de Frideric Barberousse, que Charlemagne a commencé d'être honoré comme saint , d'un culte public en quelques églises particulieres ; & quoi que cette canonifation fût faite de l'autorité d'un antipape , les papes legitimes ne s'y sont pas opposez.

· Aprés que le pape Alexandre fut arrivé à Rome, voulant donner plus d'autorité à l'archevêque de Cantorberi, il le déclara fon légar dans toute l'An-1.p.115.116.117. gleterre, excepté le diocese d'Yorc. La lectre cft

Sup. liv. XLVI.

n. 9.

XXIII. Thomas légat en Angleterre.

que

dattée d'Anagni le septiéme Decembre 1165. & AN. 1166. Thomas l'aïant reçûë chargea les évêques d'Her1166. n. 12. 1167. ford & de Vorchestre de notifier sa légation. L'é.*.14.

vêque de Londres en reçût la signification le jour
de la conversion de S. Paul patron de sa cathedra-

le : c'est-à-dire le vingt-cinquiéme de Janvier 1166.
zo ep. 13. Il en fut extrêmement alarmé & en écrivit au roi

en ces termes : Quand le pape commande il n'y a
ni appellation ni autre remcde, il faut obéïr. Le
jour dc S. Paul comme j'étois à l'autel dans Lon-
drcs , je reçûs de la main d'un homme qui m'est
entierement inconnu une lettre du pape , par la-
quelle il accordc & confirme au seigneur archevê-

de Cantorberi la légation par toute l'Angle-
terre excepté le diocese d’Yorc. Il nous est ordonné
de lui obéir en cette qualité ; & d'obliger ceux qui
par vôtre ordre, ont reçû en son absence les fruits
des benefices de ses clercs , à les reftituer dans deux
mois sous peine d'excommunication. Il m'est aussi
ordonné d'exiger de mes confreres le denier S.
Pierre , & de leur faire tenir les lettres de l'arche-
vêque , sous peine de déposition. Nous nous jet-
tons donc à vos pieds pour vous supplier d'empê-
cher que nous ne soïons honteusement reduits au
ncant , & de nous permettre d'obéïr aux ordres du
pape ; de faire rendre le denier à S. Pierre & les
revenus aux clercs , & de mander à tous les évê-
ques, que s'ils trouvent dans les lettres de l'arche-
vêquc quelque gricf contre l'usage du roïaume, ils
en appellent au pape , ou aux légats qu'on nous
envoïe.

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Leroid'Angleterre vint en Normandie l'an 1166.

AN. 1166. puis la troisiéme ou la quatriérne semaine d'aprês Geruas.Chr.166

. Pâques il tint au Mans des assemblécs des prclats & des barons , où il ordonna unc collecte de deniers pour le secours de la terre-sainte à la priere & suivant l'exemple du roi de France : en exccution de ce que le pape Alexandre avoit ordonné en un concile qu'il tint à Reims en 1164.après celui de Tours. Pagi. 1164. n. 23. Cette collecte comprenoit tout le monde, le clergé, la noblesse, le peuple & devoit durer cinq ans; & c'est le premier exemple que je sache de ces levées pour

la terre-sainte. Saint Thomas étoit cependant à Pontigni où Vita 11. 16. profitant de la solitude , il s'appliquoit entierenient aux exercices spirituels: enfortc qu'après l'office divin , à peine l'écriture sainte sortoit de ses mains. Il ne laissoit pas de sortir avec les moines pour le travail , de moissonner & amasser le foin comme Gervas, ibid, les autres, tout foible qu'il étoit. Cependant pour

pas abandonner l'interest de l'église , la seconde année de son exil, c'est-à-dire en 1166. il cnvoïa au roi d'Angleterre par un abbé de l'ordre de Citeaux , une lettre remplie de douceur pour servir de

premier monitoire : où il represente que son ap. Roger. soz. devoir ne lui permet pas de garder le silence , & exhorte le roi à rendre la liberté à l'église d’Angleterre. Quoique cette lettre n'eût fait qu'aigrir le roi , l'archevêque lui en écrivit une autre plus dure : où sans entrer dans le fond de la question il 1. ep.6s; releve la dignité sacerdotale & menace le roi de la colere de Dicu. Mais cette seconde lettre n'attira que

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Chinon.

des injures aux religicux qui en furent les portcurs. An. 1166.

Toutefois le roi d'Angleterre cût une confeConference de rence à Chinon en Touraine , avec les seigneurs 1. 2p.140. & ses conseillers les plus confidens , pour savoir ce

qu'il devoit faire en cette occasion. Là il fe plaignit amerement de l'archevêque, disant avec larmes & foûpirs qu'il lui enlevoit le corps & l'aine, & qu'ils étoient tous des traîtres , qui ne vouloient pas s'appliquer à le délivrer de la persecution d'un feul homme. L'archevêque de Rouen qui étoit prefent s'échaufa un peu contre le roi , & le reprit de cet emportement, mais avec douceur selon fon nan turel. Ce qui aigriffoir le roi c'étoit les lettres que Thomas lui avoit écrites & à l'imperatrice fa mere ; & il craignoit qu'il ne prononçât incessammeno l'interdit sur son roïaume & l'excommunication contre la personne, par son autorité de lcgat. Pour le tirer d'embarras Arnoul évêque de Lisieux, dic que l'unique remede étoit de prévenir la sentence par une appellation. Ainsi le roi qui prétendoit que les appellations au pape étoient contraires à l'usage de son roïaume , se trouvoit réduit à y avoir recours lui-même.

Suivant ce conseil l'évêque de Lisieux & l'évêque de Séés partirent pour aller trouver l'archevêque de Cantorberi & lui signifier un appel , qui sufpendit sa fentence jusques à l’octave de Pâques de l'année suivante. L'archevêque de Rouen alla aussi avec eux , pour être, comme il difoit, le médiateur de la paix. Mais quand ils furent arrivcz à Pontigni ils n'y trouverene point Thomas : il étoit al

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