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p. 168.

politain par ses suffragans. Il insiste sur la restitu- An. 1166. tion des biens & des droits de son église , & conclut en exhortant les évêques à faire rentrer le roi en lui-même & l'exciter à penitence.

Saint Thomas écrivit sur le même sujet à l'évê- 1.epif. 108. que de Londres qui lui avoit écrit en particulier. Il lui reproche d'abord qu'il se contredit , commençant la lettre par une protestation d'obéissance & la finissant par un appel , qui ne tend qu'à ne lui pas obéir. Et le terme de cet appel, ajoûte-t-il, est dc près d'une annéc: afin de faire durer plus long, tems notre exil , les maux de l'église , & le peril où est le roi pour son ame. Au fonds il répond aux objections de l'évêque comme dans la lettre precedente , & sur ce que l'évêque disoit , que le roi étoit prêt à satisfaire à l'église , l'archevêque répond: Comment l'entendez-vous ? Vous voïez que l'on proscrit les venives, les orfelins , les innocens, ceux qui ignorcnt absolument le sujet de nôtre different : qu’on bannit les clercs , on les dépouille de leurs biens, on les traite indignement , on ticnt mes serviteurs dans les fers, on pille les biens de l'église de Cantorberi vôtre mere. Est-ce satisfaire, quc de

ne pas réparer le mal & l'augmenter tous les jours ? il l'exhorte enfin à representer au roi qu'il n'est point juge des évêques.

Après l'appel interjerté à Chinon & à Londres, le roi de son côté & l'archevêque du lien cnvoïe- de Thomas chaffé rent au pape : de qui le roi obrint enfin par les Gerv. an. 1169. députez qu'il envořeroit deux légats à latere, négocier la paix entre lui & l'archevêque. CeTome XV.

Gg

XXX.

latere , pour

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Vita II. 6. 17.

1

4

An. 1166.

pendant le roi d'Angleterre envoïa des lettres me-
naçantes au chapitre general de Câteaux , sc plai-
gnant qu'ils avoient reçû Thomas son enneini dans
une de leurs maisons ; & leur défendant de le

gar-
der davantage , s'ils ne vouloient perdre tout ce
qu'ils possedoient dans les terres , tant deça que
de-là la mer. Après donc que le chapitre fut fini ,
l'abbé de Cîreaux lui-même, vint à Pontigni ac-
compagné de l'évêque de Parme , autrefois moine
de l'ordre , & de quelques abbez. Ils déclarerent à
l'archevêque de la part du chapitre, l'ordre qu'ils
avoient reçû du roi ; & ajoûterent : Seigneur , le
chapitre ne vous chasse pas pour cela , mais il vous
prie de considerer avec votre fage conseil ce que
vous avez à faire. Le prélat aïant déliberé avec les
fiens répondit auffi-tôt : Je serois bien fâché que
l'ordre qui m'a reçû avec tant de charité, fouffrit
quelque préjudice à mon occasion : c'est pourquoi
quelque part que j'aille , je m'éloignerai prompte-
ment de vos maisons. Mais j'espere que celui qui
nourrit les oiscaux du ciel, aura soin de moi & des
compagnons de mon cxil.

Il envoïa donner part de cette nouvelle au roi de France Loüis, qui en fut fort étonné, & la communiqua à ceux qui se trouverent auprès de lui : puis il s'écria. O religion , religion où es-tu ! Voilà ces gens que nous croïons morts au monde qui craignent les menaces du monde ; & qui pour des biens remporels , qu'ils prétendent avoir méprisez pour Dicu, abandonnent l'auvre de Dicu, en chassant ceux qui sont bannis pour la cause.

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Puis se tournant vers celui que le prélat avoit en

AN. 1166. voié, il dit : Salucz vôtre maître de ma part, & lui dites hardiment , que quand il seroit abandonné de tout le monde, & de ceux qui paroissent morts au monde, je ne l'abandonnerai point; & quoique fasse contre lui le roi d'Angleterre mon vassal, je le protegerai toûjours , parce qu'il souffre

pour la justice. Qu'il me fasse donc savoir en quel lieu de mes états il aime mieux se retirer, & il le trouvera prêt.

Le S. prélat choisit la ville de Sens, tant pour fa situation commode , que pour la douceur des habitans & leur honnêteté envers les étrangers ; & le soi envoïa au-devant de lui un seigneur qualifié , avec trois cens hommes pour l'amener de Pontigni. Gervasipo Il en sortit vers la S. Martin l'an 1166. après y avoir visa uz cils. demeuré deux ans ; & comme il prenoit congé de la communauté touchée jusques aux larmes , il commença tour d'un coup à en repandre abondamment. Surquoi l'abbé qui l'accompagnoit , lui dit : J'admirc cette foiblesse dans un homme si ferme, vous manque-t-il quelque chose pour vôtre dépense, nous y supplérons selon nôrre pouvoir.

Ce n'est pas cela , répondit-il : mais Dieu m'a fait connoître cette nuit la fin de ma vic:je mourrai par l’épéc. Quoi répondit l'abbé, vous serez martyr, vous nourrissant délicatement comme vous faites ? Et le presa de lui raconter sa revelation. Je ne vous la dirai point, dit le prélat; fi vous ne me promettez de n’en point parler de mon vivant, & l'abbé l'aïant promis, il continua : Il m'a

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AN. 1166.

semblé cette nuit que j'étois dans une église, où je
solltenois la cause de la religion contre le roi
d'Angleterre , devant le pape & lcs cardinaux, le
pape m'étoit favorablc & les cardinaux contraires.
Quand tout d'un

coup

sont venus quatre chevaliers , qui m'aïant tiré de l'auditoire sans sortir de l'église , m'ont écorché le haut de la tête , à l'endroit de ma couronne, ce qui n'a fait une telle douleur, quc j'ai crû tomber en défaillance. Ce n'est pas toutefois une telle mort qui m'afflige , au contraire je rends graces à Dieu: c'est ce qu'auront à souffrir ceux qui m'ont suivi. Il raconta cette même vision sous le même fccrer à l'abbé de Vauluisant ; & les deux abbez la raconterent de même après sa mort.

Thomas étant arrivé à Sens y fut reçû avec honeur & joïc , par Hugues qui en étoit archevêque,

par le clergé & le peuplc: il logca au monastere de fainte Colombe & y demeura quatre ans , étant défraïé libéralement aux depèns du roi Louis ; & quand ce prince venoit à Scns , après avoir été à l'églisc, il alloit voir l'archevêquc avec lequel il avoit de longues conversations ; & prenoit son confeil sur les matieres les plus importantes , comme d'un homme exercé dans les affaires d'état.

Peu de jours après que l'archevêque Thomas fuc
Jean d'Oxford à arrivé à Sens , ses deputez revinrent de Rome , &

lui apprirene que deux cardinaux viendroient in-
cessamment pour négocier la paix. Jean d'Oxford
que le roi d'Angleterre y avoit envoïé, revint auf-
fi, publiant fierement que les legats venoicnt pour

6.19.

&

XXXI. Negociacion de

Rome.

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la gloire du roi & la confusion de l'archevêque. An. 1166. Ce qui est vrai, c'est que Jean d'Oxford étant arrivé à Rome emploïa l'or , dont le roi d'Angleterre l'avoit chargé à gagner les cardinaux, & réussit auprès de plusieurs , comme s'en plaignoient depuis s. Thomas & Jean évêque de Poitiers , qui dit que u. ep. 2t: l'on nommoit chez le roi les cardinaux qui n'avoicnt point reçû de cet or, & ceux qui en avoient ep.zze reçû plus ou moins. Entre ccux qui le refuferent furent les .cardinaux Humbaud & Hyacinthe, comme il paroît par la lettre que S. Thomas leur en écrivit. Après les cardinaux Jean d'Oxford 1r' ep.sk; s'appliqua à surprendre le pape Alexandre. Il lui dit , que l'on pouvoir faire la paix entre le roi & 1.ep.3643 l'archevêque, li quelqu'un y travailloit fidelleinent; 11.ep. som & promit de s'y appliquer de tout son pouvoir. Il

ferment

que

dans l'affembléc de Virfa bourg il n'avoit rien fait contre la foi de l'église, l'honeur ni l'interêt du pape. Puis il prcsenta une lettre du roi d'Angleterre , où il prioit le pape

de croire en tout ce député comme lui-même ; & en vertu de ce pouvoir il remit au jugement du pape le different entre le roi & l'archevêque touchant les coûtumes d'Angleterre : enforte qu'il dépendoit de lui de les soûtenir ou les faire tomber & qu'il prcscriroit les conditions de la paix avec : l'archevêque. Ce qu'il confirma encore par ferment, & obtint ainsi

que

le
pape

envoïcroit des légats pour cet effet. Quant à ce qui le regardoie en par-, ticulier, non-seulement il obtint l'abfolution de l’excommunication prononcée contre lui par l'ar

assura par

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