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de la Bretagne, de l'Anjou & du Maine; dont il lui fit hommage, comme il l'avoit déja fait pour le duché de Normandie; fon frere Richard fut accordé avec Alix feconde fille du roi de France, & lui fit hommage du duché d'Aquitaine.

Cependant quelques perfonnes nobles & pieufes, même ceux que le pape avoit envoïez pour faire la paix, perfuaderent à Thomas archevêque de Cantorberi, d'adoucir le roi d'Angleterre par quelque foûmiffion en prefence du roi de France & des feigneurs des deux roïaumes ; & de remettre entierement à la difcretion de fon roi la décifion de leur differend, fans aucune condition : l'assurant que c'étoit le moïen de rentrer dans fes bonnes graces. C'eft qu'il couroit un bruit parmi le peuple, que le roi d'Angleterre vouloit fe croiser pour aller à Jerufalem, quand il auroit fait la paix de l'églife à fon honneur. Or quoi que ce fut une feinte de la part du roi, comme il parut clairement depuis, on preffa tellement l'archevêque qu'il fe laiffât perfuader.

Etant donc conduit par les mediateurs de la 11. paix, comme les deux rois étoient encore enfemble & attendoient la conclufion du traité : il commença par se profterner aux pieds du roi d'Angleterre, qui le releva auffi-tôt. Alors le prélat implora humblement la clemence de fon roi l'église d'Angleterre, attribuant à ses pechez trouble dont elle étoit affligée. Puis il ajoûta: Seigneur, en presence du roi de France, des prélats & des feigneurs, je remets tout le fujet de nô-

pour

AN. 1169.

Vita quadrip.

AN. 1169.

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tre differend à vôtre difcretion fauf l'honneur de Dieu. A ces derniers mots le roi d'Angleterre s'emporta contre l'archevêque, lui dit des injures & lui fit des grands reproches : le traitanr de fuperbe & d'ingrat, qui lorfqu'il étoit chancelier étoit capable de lui ôter la couronne. L'archevêque l'écouta en patience, & lui répondit avec tant de moderation que les affiftans en étoient contens. Mais le roi d'Angleterre l'interrompit, & dit au roi de France: Seigneur, écoutez, s'il vous plaift. Tout ce qui lui déplaira, il dira qu'il eft contraire à l'honeur de Dieu, & ainfi il s'attribuera tous fes droits & les miens. Mais pour montrer que je ne veux en rien m'opofer à l'honeur de Dieu, voici ce que je lui ofre. Il y a eu devant moi plufieurs rois en Angleterre plus ou moins puiffans que je ne fuis: il y a eu avant lui plufieurs grands & faints perfonages archevêques de Cantorberi. Qu'il m'accorde ce que le plus grand & le plus faint de fes predeceffeurs a accordé au moindre des miens, & je fuis content.

On s'écria de tous côtez: Le roi s'humilie affez; & comme Thomas ne difoit mot, le roi de France lui dit avec quelque émotion: Seigneur archevêque, voulez-vous être meilleur ou plus sage que les faints? que craignez-vous ? voilà la paix à la porte. L'archevêque répondit : Il eft vrai que mes predeceffeurs valoient mieux que moi: chacun d'eux a retranché en fon tems quelques abus, mais non pas tous: il nous en ont laiffé à retrancher pour avoir part à leur gloire. Que fi quelqu'un d'entre cux a été trop mou, ce n'eft pas en ce point que

nous devons l'imiter. Nos peres ont fouffert le mar- AN. 1169. tire pour ne pas taire le nom de Jefus-Chrift, & je suprimerai son honcur, pour rentrer dans les bonnes graces d'un homme ! Alors les grands des deux roïaumes s'éleverent contre lui, difant, que par fon arrogance il mettoit obstacle à la paix ; & ils ajoûterent : Puifqu'il refifte à la volonté des deux rois il merite d'être abandonné de l'un & de l'aurre.

La nuit termina la conference, & les deux rois Vita c. 264 monterent promptement à cheval, fans faluër l'archevêque ni recevoir fon falut. Le roi d'Angleterre en s'en retournant disoit : Je me fuis aujourd'huy vangé de mon traître. Les courtisans & les médiateurs de la paix reprochoient en face à Thomas, qu'il avoit toûjours été fuperbe, hautain & attaché à son sens: ajoûtant que c'étoit un grand malheur pour l'église de l'avoir fait évêque. Thomas gardoit le filence: toutefois il répondit un . mot à Jean évêque de Poitiers Anglois de naiffance son ami particulier, qui lui reprochoit de détruire l'églife. Mon frere,lui dit-il, prenez garde que vous ne la détruifiez vous-même. Il retourna coucher à Montmirail où le roi Loüis qui y logeoit auffi n'alla point le vifiter, fuivant fa coûtume: ce qui fit juger que ce prince étoit refroidi à son égard; & d'autant plus que pendant les trois jours de marche jufqu'à Sens, le roi ne lui envoïa perfonne, & ne lui fournit point sa subsistance à l'ordinaire.

Le troifiéme jour Thomas étant à Sens avec les fiens, comme ils étoient en peine où il retireroit, il leur dit d'un visage tranquille &

II.

Le roi Louis

fe confole l'archer.

Thomas.

6. 27.

A N. 1169. gai: On n'en veut qu'à moi, & quand je me ferai retiré on ne vous perfecutera plus: je m'abandonne à la providence; & puifque l'Angleterre & la France nous font fermées, il ne nous convient pas non plus d'avoir recours aux Romains, ce font des voleurs qui pillent les miserables fans diftinction. Il faut prendre un autre chemin. J'ai oui dire que vers la Saone & jufques en Provence les gens font plus humains : j'irai-là à pied avec un compagnon: peut-être auront-ils pitié de nous & nous donneront-ils dequoi vivre jufques à ce que Dieu y pourvoïe autrement.

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Comme le prélat parloit ainsi, un officier du roi de France accourut & lui dit, que le roi le demandoit. Un des affiftans dit: C'est pour nous haffer du roïaume. Ne faites pas le prophete, dit 'archevêque. Etant arrivez chez le roi ils le trouverent affis, le visage trifte, & il ne se leva point devant l'archevêque à fon ordinaire : ce qui parut de mauvais augure. Il les invita foiblement à s'affeoir, & ils demeurerent long-tems en filence,le roi aïant la tête panchée & l'air affligé, ce qui leur faifoit croire qu'il les chaffoit à regret. Enfin il se leva fondant en larmes & fanglotant, & fe jetta aux pieds de l'archevêque de Cantorberi au grand étonnement des affiftans. Le prélat fe pancha pour relever le roi, qui pouvant à peine parler lui dit : Mon pere, vous êtes le feul qui avez vû clair, oüi vous êtes le feul: nous avons été des aveugles quand nous vous avons conseillé dans vôtre cause qui eft celle de Dieu, d'abandonner fon honeur pour

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contenter un homme. Je m'en repens, mon pere, AN. 1169.
& vivement : je vous en demande l'abfolution. Je
vous offre mon roïaume à Dieu & à vous, & vous
promets que tant qu'il me fera la grace de vivre je
ne vous abandonnerai jamais, ni vous ni les vôtres.
Le prélat donna au roi l'absolution qu'il defiroit,
& fa bénediction, & s'en retourna plein de joïe à
Sens: où ce prince le défraïa roïalement jufques
à fon retour en Angleterre. La reputation de
Thomas en augmenta: on difoit dans tout le païs
que c'étoit un grand homme & qu'il n'avoit
point fon pareil en courage & en prudence.

Quelques jours après le roi de France aprit que
le roi d'Angleterre avoit déja rompu les conven-
tions, qu'il venoit de faire à Montmirail par sa me→
diation, avec les Poitevins & les Bretons. Ce qui
lui fit dire: O que l'archevêque de Cantorberi eft
prudent,de nous avoir refifté à tous pour ne pas faire
fa paix comme on vouloit ! nous devrions lui
avoir toûjours demandé conseil, puisqu'il connoît¬
fi bien le caractere d'efprit de ce prince. Le roi
Henri de fon côté manda au roi Louis: J'admire
de quel droit vous protégez contre moi cet arche-
vêque : après qu'en vôtre prefence je me suis hu-
milié comme vous favez, & qu'il n'a pas tenu à
moi que je ne lui donnaffe la paix, qu'il a refusée
arrogamment & injurieusement. Vous ne devez
pas l'entretenir plus long-tems dans vôtre roïaume
à la honte de vôtre vaffal. Loüis répondit aux en-
voïez de Henri : Dites à vôtre maître.: que s'il ne
veut pas abandonner les coûtumes qu'il dit avoir

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Gervas. p. 1406.

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