Imágenes de páginas
PDF
EPUB

Baron.

Ce jour le roi fit publiquement ce ferment en AN. 1172 touchant les faints évangiles: Je n'ai ni pensé, ni sçû ni commandé la mort de Thomas archevêque de Alta Alex. ap. Cantorberi; & quand je l'ai aprise j'en ai été plus affligé que fi j'avois perdu mon propre fils. Mais je ne puis m'excufer d'avoir donné occafion au meurtre, par l'animofité & la colere que j'avois conçûë contre le faint homme. Or pour la reparation de cette faute, j'envoyerai inceffamment à Jerufalem deux cens chevaliers pour la défense de la Chrétienté; & ils y ferviront un an à mes dépens. Je prendrai même la croix pour trois ans, ans, & je ferai le voyage en perfonne, à moins que le pape ne me permette de demeurer. Je caffe abfolument les coûtumes illicites que j'ai introduites de mon tems en tous mes états, & défends de les obferver à l'avenir. Je permettrai désormais de porter librement les apellations au faint siege, fans en empêcher perfonne. Le roi promit encore de rendre à l'église de Cantorberi Vep toutes les terres & fes autres biens, comme elle les poffedoit un an avant que l'archevêque encourut La difgrace, & de rendre fes bonnes graces & leurs biens à tous ceux contre lefquels il avoit été irrité à cause de ce prelat. Les legats lui enjoignirent de plus en fecret des jeûnes, des aumônes & d'autres œuvres penales, dont le public n'eut pas de.

connoillance.

Le roi accepta tout avec grande foumiffion puis il dit devant tout le monde: Seigneurs legats, ma perfonne eft entre vos mains, fachez certainement que quoique vous m'ordonniez, foit d'aller A aa iij

1

!

AN. 1172.

à Jerufalem, à Rome ou à S. Jacques, foit autre chofe, je fuis prêt d'obéir. Ce qui toucha les affif tans jusques aux larmes. Enfuite les legats menerent le roi de fon bon gré hors la porte de l'églife, où il reçût l'abfolution à genoux, mais fans ôter fes habits, ni être fuftigé, puis ils le firent entrer dans l'églife.. Pour donner connoiffance de ce qui s'étoit paflé à quelques perfonnes du royaume de France, ils ordonnerent que l'archevêque de Tours & fes fuffragans, fe prefenteroient à Caen devant le roi d'Angleterre & les legats le mardi aprés l'Afcenfion. Le jeune roi Henri promit entre les mains du cardinal Albert d'obferver ce que le roi fon pere avoit juré, & d'accomplir la penitence, fi le pere ne le pouvoit par mort ou autrement.

Quatre mois aprés on affembla en la même ville Concile A- d'Avranches un concile où fe trouverent les deux

XL.

vranches

to 10 cone p 1457

rois le pere & le fils, Rotrou archevêque de Roüen · 4x Reger. hoved. & tous les évêques & les abbez de Normandie. Ce concile fe tint dans l'églife de S André le jour de S. Côme vingt-feptiéme de Septembre 1172. Le roi pere y reitera le ferment qu'il avoit fait y ajoûtant quelques claufes, Que jamais il ne fe retireroit de l'obéiffance du pape Alexandre & de fes fucceffeurs, tant qu'ils le tiendroient pour roi catholique. Qu'à Noël prochain il prendroit la croix , pour trois ans, & partiroit l'été fuivant pour Jerufalem, fi le pape ne l'en difpenfoit : mais s'il étoit obligé d'aller en Efpagne contre les Sarrafins, fon voyage de Jerufalem feroit d'autant differé. Que cependant il donneroit aux Templiers l'argent ne

V

ceffaire fuivant leur estimation pour entretenir à la AN. 1172. terre fainte deux cens chevaliers pendant un an. Les V. ep. 89. legats donnerent au roi leurs lettres contenant toutes les claufes de fon ferment, & il y fit auffi mettre fon fceau.

Le lendemain les legats tinrent au même lieu le concile avec les prelats & le clergé de Normandie, où l'on publia douze canons, favoir: On ne e 1. 22 donnera point à des enfans de benefices à charge d'ames; ni aux enfans des prêtres les églifes de leurs peres. Les églifes ne feront point données « 74 5a à ferme, ni à des vicaires annuels; mais on obligera les curez des paroiffes, qui le peuvent porter, d'avoir un vicaire. On n'ordonnera point de prêtres fans titré certain. Le prêtre qui fert une églife aura du moins le tiers des dîmes ; & les laïques 6. 8. 3. ne prendront rien des oblations. Ceux qui poffedent des dîmes par droit hereditaire, peuvent les 9. donner à un clerc, à condition qu'aprés lui elles retourneront à l'églife. Les clercs n'exerceront point les jurifdictions feculieres, fous peine d'être exclus des benefices. Le mari ou la femme ne pourra 10. entrer en religion l'autre demeurant dans le fiecle, s'ils n'ont paffé l'âge d'ufer de leur mariage. On propose l'abstinence & le jeûne de l'Avent à II. tous ceux qui pourront l'observer; principalement aux ecclesiastiques & aux nobles. On vouloit auffi e. 13. défendre aux prêtres plufieurs exactions fur les biens des mourans, pour les mariages & les batêmes, & pour l'abfolution des excommunications, dont ils exigeoient quarante-huit livres ; mais les

6. 6.

C. 12.

AN. 1173.

évêques de Normandie ne voulurent pas recevoir ce decret. En ce même concile l'archevêque de Tours renouvella fes plaintes contre le prétendu archevêque de Dol, foûtenant qu'il devoit lui être foûmis, mais le clergé de Dol lui resista vigoureuLement.

XLI. Canonifation de S. Thomas.

Cependant le pape Alexandre fut informé des miracles qui fe faifoient au tombeau de l'archevêque Thomas, premierement par la voix publique, puis par le témoignage de plufieurs perfonnes dignes de foi, & enfin par celui de fes deux legats Albert & Theoduin, qui en étoient d'autant mieux inftruits qu'ils étoient plus proches du lieu. Sur ces affurances donc & fur la connoiffance que le, pape avoit d'ailleurs des vertus du faint prelat, aprés avoir pris le confeil des cardinaux, il le canonifa folemnellement dans l'églife le jour des cendres vingtuniéme de Février 1173. en prefence d'une grande multitude de clercs & de laïques. Il ordonna qu'il seroit mis au nombre des martyrs, & que la fête seroit celebrée tous les ans le jour de fa mort vingtneuviéme de Decembre, comme elle l'eft encore par

toute l'église catholique. C'est ce qui paroît par deux 4.993 bulles dattées de Segni le douzième de Mars & adreffées, l'une aux moines de l'église métropolitaine de Cantorberi, l'autre au clergé & au peuple de toute l'Angleterre,

La punition divine éclata fur les meurtriers du faint prélat, & ils perirent tous quatre dans les trois ans aprés fon martyre, qui finiffent cette année 1173. D'abord qu'ils eurent commis le crime, n'osant

retourner

iretourner à la cour, ils fe retirerent à une terre
.de Hugues de Moreville l'un d'entre eux, dans
la partie occidentale d'Angleterre, où ils de- P-522.
meurerent jufques à ce que l'horreur
que les
gens du pays avoient d'eux, leur devint infupor-
table. Perfonne ne vouloit ni manger avec eux,
ni leur parler; les reftes de leurs repas étoient jet-
tez aux chiens, qui même, à ce qu'on difoit, n'y
touchoient pas. Aprés bien du tems ces quatre
chevaliers preffez du remors de leur confcience
allerent trouver le pape Alexandre, qui leur impo-
fa
pour penitence le voyage de Jerufalem. Guillau-
me de Traci l'un d'entre eux demeura en Italie,
prétendant faire fa penitence deça la mer, & tom-
ba malade à Cofence en Calabre d'une maladie
horrible, où les chairs principalement des bras, &
des mains, tomboient par pieces & laiffoient les os
à découvert. Il témoignoit un grand regret de
fon crime, & invoquoit inceffamment le nouveau
martyr, comme raporta depuis l'évêque de Cofen-
ce, qui avoit été fon confeffeur en cette maladie.
Les trois autres allerent jufques à Jerufalem, οιὶ
peu de tems aprés ils moururent penitens ; & fu-
rent enterrez devant la porte du temple, avec cette
épitaphe: Cy giffent les malheureux qui ont mar-
tirifé le bien-heureux Thomas archevêque de Can-

3

torberi.

En ce tems-là les Templiers firent une action plus convenable à des bandis qu'à des religieux. Il y avoit en Phenicie un prince des Affaffins, qui témoignoit être défabufé de la doctrine de MahoTome XV.

Bbb

[ocr errors]

!

AN. 1173.

Roger. Annal.

Gefta posti

mart. c. 9.

XLII.
Royaume de

Jerufalem.
G. Tgr. xx. c 31.

« AnteriorContinuar »