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n. 2.

vers l'an 1105. & fut mis dés l'enfance à S. Germain
des prez, pour y être élevé fous la conduite de l'ab-
bé Hugues fon oncle, qui lui procura une preben-
de dans l'église de fainte Geneviève occupée alors
par
des chanoines feculiers. Guillaurne fut un des
plus zelez à embraffer la reforme, qui fut établie
dans ce monaftere par l'autorité du pape Eugene Supliv. DXTX.
l'an 1147. & Abfalom étant venu étudier à Paris lia
une amitié particuliere avec lui. Etant devenu évê-
que de Rofchild, il trouva dans une ifle de fon dio-
cefe nommée Eschil, un monaftere des chanoines,
qui n'avoient de regulier que le nom & menoient
une vie scandaleufe ; & il conçut le deffein d'y réta-
blir l'observance; en y mettant pour abbé Guillau-
me de fainte Geneviève.

AN. 1177.

Pour cet effet il envoya en France Saxon prevôt de fon églife furnommé le grammairien, qui a écrit l'hiftoire de Danemarc d'un ftile bien au-deffus du mauvais goût de fon fiecle & d'un Latin trésélegant. Etant arrivé à Paris il rendit à l'abbé de sainte Geneviève les lettres de l'évêque Absalom, par lesquelles il le prioit inftamment de lui envoyer Guillaume avec trois autres de ses religieux, ce que l'abbé lui accorda du confentement du cha- V. Pahebr.compitre ; c'étoit, suivant l'opinion la plus vraisembla- m.prav., 20. ble, en 1171. Ils furent reçûs à bras ouverts par le roi Valdemart & par l'évêque Abfalom, qui peu de jours aprés fit élire Guillaume abbé d'Eschil. Mais il trouva d'extrêmes difficultez en ce nouvel établissement, enforte que fes trois compagnons revinrent en France, ne pouvant s'accommoder de

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AN. 1177.

la pauvreté du lieu ni de la rigueur du froid. Guillaume vouloit auffi revenir, fi l'évêque ne l'eut retenu. Enfin par fa patience & fa perfeverance il établit la difcipline réguliere dans ce monaftere, & dans un autre dedié à S. Thomas qu'il fonda au voisinage. Aprés avoir été trente ans abbé il Martyr. R. 6. mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans en 1202. le sixiéme ď’Avril jour auquel l'église Ìhonore entre les faints.

April.

Dés l'année 1176. le pape Alexandre avoit enPierre Carninal. voïé pour legat en France Pierre cardinal prêtre

XI.

de S. Chryfog.

que

legat en France. du titre de S. Chryfogone, qui avoit été élu évêde Meaux & garda long-temps les revenus de cette églife. On voit le tems de fa legation par la lettre que le pape écrivit aux archevêques de Lion & de Bourges & à leurs fuffragans, dattée de FeConc p. rentino le douziéme d'Avril: par consequent avant 1294. ep. 9. ibid. fon voiage de Lombardie, où il ordonne à ces

to. 10

ep. 10.

prelats de lui obéir en cette qualité ; & par une autre lettre tendante à même fin adreffée à tous les François & dattée d'Anagni le vingt-deuxième du même mois. Pendant qu'il étoit à Ferrare pour le traité de paix avec l'empereur il écrivit à ce légat de preffer l'execution du mariage accordé entre Richard fecond fils du roi d'Angleterre & Alis fille du roi de France, enforte que fi dans quarante jours aprés fon admonition le roi d'Angleterre n'y fatisfait de fa part, le legat prononce interdit fur toutes les terres de fon obéïflance ; & enjoigne aux archevêques de Cantorberi & de Bourdeaux & l'évêque de Poitiers

ep. 8.

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p. 570.

de le faire obferver. Le legat executa cet ordre & AN. 1177.
le roi Henri qui étoit en Angleterre l'ayant appris Roger Herod an.
en apella au pape, & paffa auffi-tôt en Norman- Gervaf p. 1442.
die; où il eut une conference avec le roi Louis à
Ivri le vingt-deuxième de Septembre 1177. en pre-
fence du legat & des grands des deux royaumes.
Les deux rois y firent un traité de paix & d'allian-
ce, avec promeffe de fe croiser & faire ensemble le
voyage de Jerufalem; mais ce projet n'eut point
de fuite.

Cependant les Manichéens fe fortifioient à Touloufe & aux environs, comme on voit par une lettre du comte Raimond V. à l'abbé & au chapitre general de Citeaux, où il dit : Cette herefie a gagné jufques aux prêtres, les églifes font abandonnées & ruinées, l'on refufe le batême, l'eucaristie eft en abomination, la penitence méprifée; on rejette la creation de l'homme, la refurrection de la chair & tous les myfteres; enfin on introduit deux principes. Perfonne ne fonge à s'opposer à ces méchans. Pour moi je fuis prêt à employer contre eux le glaive que Dieu m'a mis en main; mais je reconnois que mes forces ne font pas fuffifantes, parce que les plus nobles de mes états font infectez de cette erreur, & entraînent une trés-grande multitude. J'ai donc recours. à vous & vous demande vôtre confeil, votre feCours & vos prieres. Le glaive fpirituel ne fuffira pas il y faut joindre le materiel; & pour cet effet je voudrois que le roi de France vint ici, efperant que fa prefence mettroit fin à ces maux. Je lui Kkk iij

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AN. 1178. ouvrirai les villes, je mettrai en fon pouvoir les bourgs & les châteaux, je lui montrerai les heretitiques, & je l'aiderai jusques à répandre mon fang pour écrafer les ennemis de J. C.

Rog. p. 573. Rob. de Mante. an. 1178.

Sur cet avis le roi de France & le roi d'Angleterre, 'aprés avoir fait leur paix, refolurent en 1178. d'aller en perfonne pour chaffer ces heretiques de la province de Toulouse: mais quelque tems aprés ils jugerent plus à propos de ne pas commettre leur autorité, & d'envoier des hommes favans & capables de les convertir. Ils y envoïerent le legat Pierre cardinal du titre de S. Chryfogone, Guerin archevêque de Bourges, Pons archevêque de Narbonne, Renaud evêque de Bath en Angleterre, Jean évêque de Poitiers & Henri abbé de Clairvaux avec plufieurs autres ecclefiaftiques, pour ramener ces heretiques ou du moins les convaincre & les condamner. Et pour prêter main forte aux prelats & exuter leurs jugemens, les deux rois choifirent Raimond, comte de Toulouse, le vicomte de Turenne, Raimond de Caftelnau & d'autres feigneurs.

Le legat & les autres prelats étant arrivez à Touloufe, y trouverent que le chef des heretiques étoit un nommé Pierre Moran homme avancé en âge › qui avoit deux châteaux un dans la ville & lauEp.H. Claraval, tre dehors, de grandes richeffes, beaucoup de parens & d'amis, & étoit diftingué entre les plus confiderables de la ville. Il fe difoit S. Jean l'évangeliste, & feparoit le verbe qui étoit en Dieu au commencement d'avec un autre principe, comme

ap Rog. p.577.

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d'avec un autre Dieu. Quoiqu'il fut laïque & igno- AN. 1178.
rant ils le regardoient comme leur docteur, ils s'af-
fembloient chez lui les nuits & il les prêchoit revêtu
d'une espece de dalmatique. Il étoit tellement craint
que perfonne n'ofoit lui refifter, & les heretiques
étoient fi infolens, que quant les prelats catholi
ques entrerent à Toulouse, ils fe mocquoient d'eux
publiquement dans les ruës, les montroient au
doigt & les appelloient hautement apoftats, hypo-
crites & heretiques. Mais quelques jours aprés un
des catholiques ayant eu ordre de prêcher devant le
peuple, les heretiques commencerent à fe cacher;
& ils réfolurent entre-eux, que s'ils étoient inter-
rogez juridiquement ils feindroient de croire tout
ce que croïent les catholiques.

Enfuite par ordre du legat l'évêque de Toulouse, quelques-uns du clergé, les confuls & d'autres catholiques jurerent de dénoncer par écrit aux commiffaires tous ceux qu'ils connoîtroient infectez de cette herefie fans épargner perfonne ; & comme la lifte groffiffoit tous les jours, Pierre Moran s'y trouva entre les autres. Les commiffaires refolurent de commercer leurs procedures par lui ; & le comte de Toulouse envoya des Sergens l'apeller. Il méprifa la premiere citation, mais le comte moitié par crainte moitié par douceur fit enforte de l'amener. Alors un des commiffaires lui dit : Pierre, vos concitoyens vous accufent d'être tombé dans l'herefie Ariene, car plufieurs nommoient ainfi ces Manichéens, & d'y entraîner les autres. Pierre Moran jettant un grand foûpir, potefta

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