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AN. 1182.

Guil. Armori. p. 72.

canons ils avoient chez eux des efclaves Chrétiens, de l'un & de l'autre fexe, qu'ils faifoient judaïser; & qu'ils exerçoient des ufures fans bornes avec les Chrétiens, nobles, bourgeois & paysans, dont plufieurs étoient contraints de vendre leurs heritages, d'autres de demeurer dans les maisons des Juifs comme prifonniers, leur étant engagez par ferment. Si pour le befoin des églises on leur empruntoit de l'argent, ils prenoient en gage le crucifix & les vafes facrez, qu'ils profanoient & buvoient dans les calices, ou les cachoient dans les lieux les plus infects de leurs maisons. Le roi confulta fur ce fujet un hermite nommé Bernard, qui vivoit dans le bois de Vincennes en reputation de fainteté ; & par fon confeil il déchargea tous les Chrétiens de fon royaume de ce qu'ils devoient aux Juifs, en retenant à son profit la cinquiéme partie. Enfin au mois d'Avril 1182. il publia un édit portant, que tous les Juifs se tinffent prêts à fortir de fon royaume dans la S. Jean: leur donnant ce tems pour vendre leurs meubles, & confifquant à fon profit leurs maisons, leurs terres & leurs autres biens immeubles. Quelques-uns fe firent baptifer & obtinrent la confervation de leurs biens & de leur liberté ; d'autres gagnerent par prefens & par promeffes des prélats & des feigneurs, pour folliciter le roi de revoquer fon édit. Mais il demeura ferme dans fa réfolution; & les Juifs ayant reduit leurs meubles en argent fortirent au mois de Juillet de la même année 1182. avec leurs femmes, leurs enfans & toute leur fuite.

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L'année suivante le roi fit dedier toutes les fyna-.
gogues pour les changer en églifes: ce qui lui attira
la benediction de tout fon peuple.

Au commencement de la même année 1183. Guil-
laume archevêque de Reims & Philippe comte de
Flandres, eurent une conference à Arras pour leurs
affaires fecrettes. Une femme des terres du comte y
découvrit plusieurs heretiques Patarins, c'est-à-dire
Manichéens. Ils furent convaincus par leur propre
confeffion de tenir une doctrine trés-impure. Il y
avoit des clercs, des gentilshommes, des païfans,
des filles, des femmes mariées, & des veuves. L'ar-
chevêque & le comte les condamnerent au feu avec
confifcation de leurs biens.

L'empereur Manuel Comnene avoit été trésfavorable aux Latins, & ne confioit qu'à eux les plus grandes affaires, y trouvant plus de fidelité & de vigueur que dans les Grecs. Il répandoit sur eux abondamment fes liberalitez, ce qui les attiroit auprés de lui de toutes parts: mais les Grecs, principalement les nobles & les parens de l'empereur, n'en étoient que plus indignez & plus confirmez dans la haine qu'ils avoient déja contre les Latins. Ils étoient encore échauffez par les differends de religion; ne voulant point ceder à l'autorité de l'églife Romaine, & regardant comme heretiques tous ceux qui ne fuivoient pas leurs traditions. C'est ainfi qu'en parle Guillaume archevêque de Tyr qui avoit été plufieurs fois à C. P. & il ajoûte, qu'aprés la mort de l'empereur Manuel les Grecs cherchoient l'occafion d'affouvir

Sff iij

AN. 1182. Aut. &quicines

an 1183.

XLII. Latins maffacrez

à C. P. Gil Tyr. xx11.

C. 10.

AN. 1182. leur haine, & d'exterminer les Latins dans tout leur empire. Ils ne la trouverent pas, tant que l'autorité fut entre les mains d'Alexis protovestiaire & protosebafte qui gouvernoit l'imperatrice & le jeune empereur fon fils. Car Alexis fe fervoit aufli du confeil & du fecours des Latins.

Mais fon arrogance & fon avarice le rendirent bien-tôt odieux; & les mécontens appellerent Andronic de la même famille des Comnenes,homme inquiet & perfide, qui fous l'empereur Manuel avoit été en prifon, puis fugitif dans tout l'Orient. Enfin Manuel trois mois avant fa mort l'avoit rapellé pour le tenir dans un exil honorable, lui avoit donné le gouvernement du Pont. Etant donc invité par les mécontens, il vint avec une armée camper fur l'Helefpont en presence Nices. p. 162. de C. P. tout lui ceda, on prit le protosebaste, on le lui envoya, & il lui fit crever les yeux. Enfuite il fit paffer à C. P. des troupes contre les Latins, qui toutefois furent avertis du mauvais dessein des Grecs. Les plus vigoureux s'embarquerent fur quarante quatre galeres & plufieurs vaiffeaux qu'ils trouverent au port, emmenant leurs familles & ce qu'ils pouvoient emporter : les plus foibles & les plus negligens furent attaquez dans leur quartier par les troupes d'Andronic, & de C. P. Le peu de ces pauvres Latins qui pupar le peuple rent prendre les armes refifterent long-tems & vendirent cherement leur vie; les les autres, c'est--àdire les femmes, les enfans, les vieillards & les

malades furent brûlez impitoyablement dans leurs AN. 1182. maisons, & tout le quartier reduit en cendre. Les Grecs n'épargnerent pas même les églises & les autres lieux de pieté, qui furent brûlez avec ceux qui s'y étoient refugiez ; & ils ne distinguerent les prêtres & les moines d'avec les laïques, qu'en les traitant plus cruellement.

an. 1182.

Entre eux fe trouva Jean cardinal foûdiacre; que le pape à la priere de l'empereur Manuel avoit envoyé travailler à la réunion des deux égli- Rob. de Monte. fes. Comme il étoit dans fon logis pendant ce maffacre, quelques perfonnes pieufes vinrent l'exhorter à fe retirer. A Dieu ne plaife; dit-il, je fuis ici pour l'union de l'églife, & par l'ordre du pape mon maître. Alors les Grecs entrerent, & lui couperent la tête qu'ils attacherent à la queuë d'un chien,& la traînerent ainfi par les ruës. Ils traînerent auffi par la ville les corps des Latins déja morts, aprés les avoir déterrez: ils entrerent dans l'hôpital de faint Jean appartenant aux chevaliers hofpitaliers de Jerufalem, & égorgerent tous les Cange. C.P. malades qu'ils y trouverent. Les prêtres & les moines Grecs étoient les plus ardens à exciter le maffacre; ils cherchoient les Latins dans le fonds de leurs maifons & dans les lieux les plus cachez, de peur que quelqu'un n'échapât; & les livroient aux meurtriers à qui même ils donnoient de l'argent pour les encourager. Les plus humains vendoient aux Turcs & aux autres infideles ceux qui s'étoient refugiez chez eux, & à qui ils avoient promis de les fauver; on en comptoit plus de

lib. IV. 163.

AN. 1182. quatre mille de tout âge, de tout fexe, & de toute condition, reduits ainfi en esclavage. Tel fut le traitement que firent les Grecs aux Latins établis chez eux depuis longs tems, quoique plufieurs leurs euffent donné en mariage leurs filles ou Tyr. . 13. leurs parentes. Ce maffacre arriva au mois d'A

vril 1182.

,

nes,

Les Latins qui s'étoient fauvez par mer en firent de cruelles reprefailles. Ils s'affemblerent prés de C. P. & s'y arrêterent quelque tems attendant l'évenement du tumulte; mais quand ils eurent appris ce qui s'étoit paffé, ils partirent enflammez de colere, & faifant le tour de l'Helefpont depuis l'embouchure de la mer Noire, jusques à celle de la Méditeranée ils defcendirent dans les villes & les places, & firent main-basse fur tous les habitans. Ils attaquerent auffi les monafteres de ces côtez & des ifles voifines, tuerent les moi& les prêtres & brûlerent les monafteres avec ceux qui s'y étoient réfugiez. Ils en enleverent des richesses immenfes, dont ils reparerent leurs pertes & firent encore un grand profit. Car outre ce que les citoyens de C. P. avoient donné depuis long-tems à ces monafteres, ils y avoient encore mis en dépôt une grande quantité d'or & d'argent, que les Latins emporterent; & y firent les mêmes ravages aux côtez de Theffalie & des autres provinces maritimes, pillant & brûlant les villes & les bourgardes. Ils raffemblerent auffi les galeres qu'ils trouverent en divers lieux, & armerent une flotte formidable contre les Grecs.

Quelques

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