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nant toutes leurs plaintes contre le chancelier, exagerées avec aigreur : fa dépofition, fa fuite, & la maniere dont il fut découvert à Douvres, décrite d'une maniere trés-indecente. Il conclut en demandant que l'églife Romaine puniffe de tels excez, & que le roi d'Angleterre pourvoïe au gouvernement de fon royaume. Mais le pape plus touché des Id. p`706. plaintes du chancelier fon legat, écrivit une lettre aux évêques d'Angleterre, où il dit : Le roi Richard Cæleft. ep. x. étant abfent pour le fervice de Dieu, nous fommes obligez de prendre la protection de fon royaume. Ayant donc appris que Jean comte de Mortain, & quelques autres ont attenté contre ce royaume & contre nôtre venerable frere Guillaume évêque d'Eli, legat du faint fiege; nous vous ordonnons, s'il eft ainfi, de vous aflembler & de dénoncer excommuniez au fon des cloches & les cierges allumez, le comte & tous ceux qui fe trouveront fescomplices, pour avoir mis la main fur cet évêque l'avoir pris ou detenu en prison, ou changé de gouvernement du royaume établi par le roi. Vous interdirez auffi tout office divin dans les terres des coupables, jufques à ce qu'ils viennent s'en faire abfoudre par nous, avec les lettres du legat & les vôtres, qui témoignent qu'il eft en liberté & le royaume en fon premier état. La lettre eft du fecond jour de Decembre 1191. L'évêque d'Eli l'en- Roger. p. 770. voya à S. Hugues évêque de Lincolne pour la faire executer; mais on n'eût aucun égard en Angleterre à cette lettre du pape, ni à celles de l'évêque d'Eli, que l'on n'y regardoit plus ni comme legat ni comme chancelier. Hhhh iij

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1

AN. 1191.

Roger. p. 702.

AN. 1292.

Jo. Bromp. p. 1232.

Cependant l'archevêque de Rouen envoya des deputez à Rome, qui l'année fuivante 1192. lui Roger p. 718. écrivirent en ces termes : Nous ne parlons point des perils & des fatigues du voyage, & de ce qu'aprés avoir évité plufieurs embûches, nous avons enfin rencontré des voleurs, qui nous ont tout ôté hors nos chevaux & nos lettres ; ainfi nous fommes arrivez fans argent en cette ville où la dépenfe eft grande. C'étoit le onzième de Février, & la cour logeoit à faint Pierre. Nous y trouvâmes les deputez du chancelier, qui fe vantoient fort, & paroiffoient bien en leurs affaires ; car ils fe preparoient à partir, aprés avoir fait confirmer fa legation dont les bulles étoient déja fcellées. Nous trouvâmes le pape & ceux qui ont le plus de part à fa confiance tout à fait penchans du côté du chancelier; toutefois à notre arrivée les bulles furent

retenuës.

le

Ayant obtenu audiance, nous raportâmes devant pape & tous les cardinaux vos lettres avec celles des évêques, des autres prelats & des jufticiers d'Angleterre, y ajoûtant ce que nous crûmes convenables à vos intentions. Les députez de l'évêque d'Eli ayant propofé leurs réponses & leurs objections, le pape parla long-tems avec indignation & amertume contre vôtre caufe, & dit: Nous favons que le roi d'Angleterre a laiffé le gouvernement de tout fon royaume à l'évêque d'Eli, sans lui donner de fuperieurs ni d'égal. Nous en avons vû les lettres du roi, & nous n'en avons point vû qui les ayent revoquées. Il eft vrai que plufieurs perfonnes

venerables nous écrivent contre le chancelier, AN. 1291. mais nous avons auffi reçu en fa faveur des lettres de plufieurs perfonnes confiderables. Celles que vous apportez font de ceux qui l'ont chaffé, & nous ne nous étonnons pas qu'ils écrivent pour eux-mêmes. Nous favons que le roi n'a jamais témoigné à perfonne tant d'amitié, n'y fait tant d'honneur qu'à cet évêque. Non content de lui avoir donné le trésriche évêché d'Eli, la chancellerie & la regence de fon royaume ; il a encore demandé pour lui la legation au pape Clement de bonne memoire & à nous ; & nous l'avons accordée à fes inftantes follicitations. Nous ne pouvons croire fans voir fes lettres & son sceau, qu'il ait fi promptement ôté fes bonnes graces à un homme qu'il a tant aimé ; & nous ne pouvons fans nous démentir nous-mêmes fufpendre ni revoquer la legation de l'évêque d'Eli accordée à la priere du roi & de tous les évêques d'Angleterre, nous en avons les lettres & même de vôtre maître l'archevêque de Roüen. Tous écrivoient pour lui quand il étoit en profperité, aucune église alors, aucun monaftere, aucun particulier ne fe plaignoit à nous qu'il fit aucune exaction ; à prefent qu'il eft malheureux tout le monde crie contre lui.

Ces raifons ne pouvoient être que d'un grand poids, étant propofées par celui qui n'a point de fuperieur, qui eft le pontife & le juge fouverain, à la volonté duquel perfonne ne refifte. Quelquesuns trouvoient encore fort contre vous, la priere que le roi a faite au pape en revenant, de vous don

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AN. 1192..

ner la legation en Normandie & dans fes autres
états d'outremer. Il ne paroiffoit croyable à perfon-
ne qu'il voulût que vous euffiez en même tems la re-
gence en Angleterre & la legation en Normandie,
puis qu'un même homme refidant en cette provin-
ce ne peut exercer l'une & l'autre. Enfin le pape étant
un peu revenu, tant par nos inftances que par cel-
les de quelques cardinaux, que nous avions attirez
à favorifer vôtre parti, a pris les avis de tous les car-
dinaux assemblez, & aprés une longue déliberation
il a prononcé fa fentence, par laquelle il a dechar-
gé le chancelier de vôtre dénonciation, & reci-
proquement il a declaré nulle la fentence que le
chancelier avoit renduë contre vous. De plus il lui ·
a enjoint de fe purger fur la violence faite à l'arche-
vêque d'Yorc; il ne lui a pas ôté l'exercice de fa le-
gation; mais il la restraint, en lui défendant de
prononcer interdit, suspense ou excommunication
contre vous, les évêques, le jufticiers ou les grands
d'Angleterre.

Le pape a ajoûté, que de concert avec les parties il envoyeroit fur les lieux des perfonnes capables d'être médiateurs de la paix entre vous & le chancelier, du moins pour ôter l'aigreur des efprits. Au refte nous efperons faire revoquer les lettres du pape adreffées à tous les évêques d'Angleterre, en vertu defquelles le chancelier vous a denoncé excommunié avec plufieurs autres. Et comme nous nous en plaignions en plein confiftoire, les lettres ayant été lûës, le pape protesta hautement qu'il 'avoit point eu connoiffance de ces lettres; les cardinaux

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cardinaux en dirent autant avec admiration; & le AN. 1192. pape n'écouta point la remontrance des deputez du chancelier. Mais la nuit fuivante ils vinrent trouver le pape, lui reprocherent d'avoir nié publiquement fon propre fait, lui representerent les fervices que leur maître lui avoit rendus, & le conjurerent pour l'honneur de l'église Romaine & fa propre gloire, de rendre témoignage à la verité. Le cedant à ces remontrances fit le lendemain pape cette déclaration publiquement à l'audiance en prefence des cardinaux,du clergé & du peuple : Mes freres, je confeffe que j'ai fait une grande faute contre l'évêque d'Eli & fes députez. Car je me fuis, fouvenu que les lettres par lefquelles j'ai confirmé fa fentence d'excommunication contre le comte de Mortain, l'archevêque de Rouen & leurs complices, ont été expediés par mon ordre, je les approuve encore & ordonne qu'elles foient executées. Telle eft la lettre des deputez de l'archevêque de Rouen.

Legats refufez ca

Le pape Celeftin envoya en effet cette année XXXVII. 1192. deux cardinaux legats en Normandie, Octa- Normandis. vien êvêque d'Hoftie & Jourdain abbé de Foffe-. Brompt neuve, prêtre du titre de fainte Anaftafie, pour p.1138. terminer les differens entre le chancelier Guillaume évêque d'Eli, & Gautier archevêque de Rouen. Mais quand ils furent arrivez à Gisors, les chevaliers qui gardoient le château & les bourgeois de la ville, leur fermerent les portes par ordre du fenéchal de Normandie, difant que le roi Richard n'étoit pas encore revenu de fon pelerinage; qu'il Tome XV.

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