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avec une grande furprise de la part d'Eftienne quand AN. 1192.
il apprit fon élection. C'est ce qu'il témoigne dans ep 177-
fa lettre à Barthelemi de Vendôme archevêque de
Tours, où il dit qu'il compte de paffer vers Pâ-
ques à l'églife qui l'appelle, pour être facré le jour
de l'octave, c'étoit en 1191. Le pape Celeftin n'a-
prouvoit pas cette élection; mais Eftienne lui écri- ep. 179%
vit une lettre fort foûmife, & fon oppofition n'eut
pas de fuite. Eftienne fut donc évêque de Tournai
& gouverna cette église onze ans.

Il avoit cinquante-fept ans quand il y fut appel-
lé, étant né en 1135. à Orleans, où il fit fes premie-
res études à l'école de la cathedrale, & les conti-
nua dans celle de Chartres. Il y avoit une telle
inclination qu'il devint un des plus fçavans hom-
mes du tems, écrivoit tres-élegamment en profe
& en vers fuivant le goût de fon fiecle, où l'on
aimoit les rimes & les jeux de mots. Il embraffa
la vie des chanoines reguliers, suivant la reforme
de S. Victor établie à S. Euverte d'Orleans en 1158.
& S. Thomas de Cantorberi ayant connu fon me-
rite pendant qu'il étoit en France, le mit au nom-
bre de fes plus intimes amis. Etienne fut enfuite
élu abbé de faint Euverte ; & pendant qu'il gouver- Ap. Steph. op-3
noit cette communauté, il fut confulté avec Mau-
rice évêque de Paris par Ponce évêque de Clermont,
fur la validité du batême conferé en difant feu-
lement: Au nom du Pere, & du Fils & du faint Ef

prit: sans ajoûter : Je te batise, & en plongeant
l'enfant dans l'eau. L'évêque Maurice répondit que p.4
le batême étoit nul, & qu'il falloit batifer l'enfant ;

AN. 1192. mais l'abbé Eftienne fut d'un autre avis. Il dit que ep. S. dans l'inftitution du batême J. C. n'a pas dit: Allez, batifez en difant: Je te batife & le refte; & qu'un batême donné avec les trois immersions & l'invocation de la Trinité, ne doit point être declaré nul. Ce qu'il confirme par plufieurs autoritez des peres, qui ont reçû par cette raison même le batême des heretiques. Je reçois toutefois, dit-il, avec grand refpect la formule ordinaire: Je te batise, & je la regarde comme étant de la folemnité du batême ; mais non de sa substance. Autrement nous déclarerons damnez ceux que les Laïques batifent en cas de neceffité. Car ils ne difent autre chofe en ondoyant les enfans finon: En nome Patres, & Files & Efpirites Santes. On void ici & dans la lettre de l'évêque Ponce que le mot d'ondoyer étoit déslors en ufage, pour fignifier l'adminiftration du batême fans les ceremonies de l'églife. Eftienne conclut, que l'enfant est valablement batifé; mais il propofe fon sentiment avec grande modeftie & grand refpect pour l'évêque de Paris, qui avoit autrement decidé. Depuis le pape Alexandre III. décida comme on avoit fait l'évêque de Paris, & les théologiens ont suivi cette décision, & declaré que ces paroles :. Je te batise, font neceffaires pour exprimer l'intention du miniftre, & diftinguer le batême de toute autre ablution,

C.1.ex. de bapt.
S. Th. 3. par. 9.

E.n.s.ad. 2.

En 1177. Eftienne fut élu abbé de fainte Geneviéve de Paris au grand regret des chanoines de S. Euverte d'Orleans, qui toutefois lui accorderent

une

une pension fur une de leurs terres. A fainte Ge- AN1192. neviève outre les écoles exterieures qu'il.y trouva, il en établit d'interieures pour les religieux: afin qu'ils n'euffent point occafion de fe corrompre par le commerce avec les écoliers externes. L'abbaye de fainte Genevieve n'étoit pas encore bien rétablie des ravages que les Normans y avoient faits quand ils affiegerent Paris, trois cens ans auparavant; mais Eftienne la repara entierement, il bâtit l'église telle que nous la voyons encore, tous les lieux reguliers; enforte qu'il est comme le fecond fondateur de ce celebre monaftere, dont V. Epift. 148. il augmenta confiderablement les biens temporels. En 1178. Eftienne fuivit en Languedoc Gautier car- Epift. 173. dinal évêque d'Albane, qui y fut pris par Roger de sup 1. LXXII. Bediers protecteur des Albigeois.

&

Roger Hov. p.575

Le roi Philippe Augufte avoit une telle estime pour l'abbé Eftienne, qu'il l'envoya au pape pour negocier une affaire importante ; & le prit en 1187. pour un des parrains de Louis fon fils & fon fucceffeur. Pendant le que roi Philippe étoit au voyage d'Outre-mer, fon oncle Guillaume archevêque de Reims qu'il avoit laiffé regent du royaume, mit dans fon confeil l'abbé Eftienne dont il connoiffoit la capacité & l'experience. Tel étoit cet abbé quand il fut appellé à l'évêché de Tournai.

Sup. liv. 111

22.54.

X L.

Ordre du Val

Vers le même tems commença l'ordre du Val des choux. Dans la Chartreufe de Louvigni au dia- des choux. cefe de Langres vivoit en 1188. un frere convers Mem. MS、 nommé Viard, qui fe fentit appellé à une vie plus auftere & plus éloignée des foins temporels, que

Tome XV.

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AN. 1192.

ne permettoit fon état. Il fe retira donc avec la permission de fes fuperieurs dans un bois à deux lieuës de Louvigni, & y demeura quelque tems caché dans une caverne pratiquant des aufteritez extraordinaires. Enfin il fut découvert par les peuples du voisinage, & vint même à la connoiffance du duc de Bourgogne, qui le vifita souvent. Ce prince étant preft à donner un combat dangereux, promit à Viard que s'il en revenoit vainqueur, il lui fonderoit un monaftere dans le même lieu. Il remporta la victoire & executa fa promeffe; & le nouveau monastere garda le nom du lieu, qu'on nommoit le Val des choux. Une ancienne infcription de l'églife porte que Viard y entra le fecond jour de Novembre 1193.

Il donna à fes disciples des conftitutions fort [ Hist. O.... 6. 17. semblables à celles des Chartreux, qui furent depuis confirmées par le pape Honorius III. Voici comme en parle Jacques de Vitri auteur du tems, qui toutefois s'eft trompé en ce qu'il a cru qu'ils fuivoient l'inftitut de Cifteaux. Ils logent, ditil, dans de petites cellules, pour vaquer plus tranquillement à la lecture, la priere & la méditation.

Pour retrancher les foins exterieurs ils n'ont ni troupeaux ni terres labourables, & se sont marqué des bornes hors l'enclos du monaftere, au-delà def-. quelles il ne leur eft pas permis de s'éloigner. Il n'y a que le prieur qui puisse fortir; & encore avec quelqu'un des freres, pour vifiter les monafteres qui lui font foûmis, ou pour quelque autre cause neceffaire. Ils ont dans leurs limites des jardins

fruitiers & potagers; & ils fortent à certaines heu- AN. 1192. res pour les cultiver & manger le fruit de leur travail. Pour fuppléer au reste de leurs besoins ils ont des revenus annuels qu'ils reçoivent fans grande peine. Et de peur qu'une exceffive pauvreté ne les détourne de leurs occupations fpirituelles, ou ne les oblige à mandier; ils ne reçoivent en chaque maifon qu'autant de fujets qu'elle en peut entretenir de fes revenus.

Le roi Richard inftruit des troubles excitez en Angleterre à l'occasion de son absence, fe preffa de faire avec Saladin une tréve de trois ans ; par laquelle Jaffa, Cefarée, Arsouf, Hiffa & Acre demeurerent aux Chrétiens. Saladin jura en mettant la main fur l'Alcoran, & Richard dit qu'en fon païs on fe contentoit de la parole des rois : c'est pourquoi les Musulmans lui toucherent la main fans exiger d'autre ceremonie. Enfuite il s'embarqua au port d'Acre le jeudi huitiéme jour d'Octobre 1192. Il évita la route de la Poüille, où l'empereur avoit des troupes & prit celle de Dalmatie : mais aïant fait naufrage au fond du golfe de Venife, il fut obligé de marcher fur les terres de Leopold duc d'Austriche, qu'il avoit sensiblement offenfé pendant le fiege d'Acre. Richard quoi que deguifé en Templier, fut reconnu & mené au duc : qui le retint à Vienne en une étroite prison, & le livra enfuite à l'empereur fon ennemi. Le roi Richard fut arrêté le vingtiéme de Decembre 1192. & demeura prifonier pendant toute l'année suivante. La nouvelle en étant venuë en Normandie,l'ar Kkkk ij

XLI.

Le roi Richard

pris par le duc

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p.290.

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