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AN. 1159.

ches, accompagnez de grandes troupes des Romains en armes ; & le vingtiéme de Septembre veille de de S. Mathieu ils arriverent au lieu nommé les Nymphes, aujourdhui fanta Nympha, à treize mille, ou quatre lieues de Rome. Le même jour qui étoit un dimanche le pape Alexandre fut sacré fuivant la coûtume par les mains de Hubaud évêque d'Oftie, affifté de cinq autres évêques, favoir Gregoire de Sabine, Bernard de Porto, Gautier d'AlBane, ceux de Segni & de Terracine, de plufieurs cardinaux prêtres & diacres, de plufieurs abbez & prieurs, en prefence d'un grand nombre d'avocats, de fcriniaires, de chantres, de nobles & d'une grande partie du peuple Romain. En cette ceremonie on mit fur la tête du pape suivant la coûtume le Regne, c'est-à-dire la mitre ronde & pointuë en cone entouré d'une couronne. Octavien aïant travaillé pendant un mois à assembler des évêques pour fon facre, en trouva enfin trois & fut facré le premier dimanche d'Octobre, par Imar évêque de Tufculum, affifté des évêques de Melfi & de Ferentine. Imar ou Igmar avoit d'aSup. liv. LVIII. n. bord reconnu le pape Alexandre. C'est lui qui avoit été moine à S. Martin des Champs, avant que d'être cardinal, & que S. Bernard comptoit entre fes amis.

79.

Baudr.

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Cependant le pape Alexandre étoit à Terracine, d'où par le confeil des évêques & des cardinaux il envoïa des nonces à l'empereur Frideric qui étoit en Lombardie occupé au fiége de Creme: mais l'empereur prévenu par Octavien & irrité

contre Alexandre depuis la legation de Besançon AN. 1157. reçût mal ses nonces, & ne fit point de réponse à la lettre. Alexandre écrivit auffi une grande let- sup. n. 22. tre à Gerard évêque de Boulogne, aux chanoines de son église, & aux docteurs legiftes & autres de la même ville: ce qui marque en quelle consideration étoit deflors l'école de Boulogne. En cette lettre Alexandre raconte tout ce qui s'étoit paffé à fon élection & à son ordination, comme je l'ai raporté : ajoûtant qu'Octavien quoiqu'il eût emploïé les menaces de l'empereur & la violence des laïques, n'avoit encore pû trouver d'évêque qui lui voulut imposer les mains. Ce qui marque que la lettre eft écrite vers la fin de Septembre entre le facre d'Alexandre & celui d'Octavien. Après ce recit Alexandre exhorte le clergé & les docteurs de Boulogne à demeurer fermics dans l'unité de l'églife Romaine, & rejetter les écrits qui leur pouroient venir de la part d'Octavien. Il ajoûte : Sachez auffi que huit jours après nôtre facre, qui est le terme que nous lui avions donné pour fe noître, nous l'avons excommunié folemnellement avec les cierges allumez, lui & tous ceux qui oseront lui imposer les mains pour lui donner une ordination facrilege.

A

recon

Alex. epist. x. ap. Rad. 6. 51.

Les cardinaux attachez au pape Alexandre écris ap. Rad. c. 534 virent auffi une lettre à l'empereur Frideric, dans le titre de laquelle ils fe nomment au nombre de vingt-deux, savoir cinq évêques : Gregoire de Sabine, Ubalde d'Oftie, Jules de Prenefte, Bernard de Porto, Gautier d'Albane : c'eft-à-dire tous les

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cardinaux évêques excepté Imar de Tusculum partifan d'Octavien. Enfuite font les noms de huit cardinaux prêtres & de neuf diacres. C'est tout ce qu'il y avoit alors de cardinaux, avec les cinq du parti d'Octavien, car il n'y en avoit point de neutres. Ceux d'Alexandrie, après avoir representé à l'empereur l'obligation qu'il a de fecourir l'églife Romaine, racontent ce qui s'étoit paffé dans l'élection emploiant les mêmes termes de la lettre d'Alexandre: puis ils ajoûtent: Vôtre majesté doit favoir de plus qu'Otton comte Palatin prenant occafion de l'intrufion d'Octavien, nous a perfecutez le pape Alexandre & nous, & s'eft efforcé de divifer l'églife. Car il eft entré violemment avec Octavien dans la Campanie & le patrimoine de S. Pierre ; & a fait tous les efforts pour lui foûmettre ces provinces. C'eft pourquoi nous vous fupplions, comme défenseur spécial de l'église Romaine, d'apporter le remede convenable à ces maux & ne donner aucune protection à l'ufurpateur.

XXXIX. Lettres

pour

Radev. c. so.

Octavien de fon côté fous le nom de Victor Octavien. écrivit une lettre adreffée aux patriarches, archevêques, évêques, abbez, ducs, marquis, comtes & autres feigneurs de la cour de l'empereur Frideric: où il les prie d'exhorter ce prince à prendre la protection de l'églife en ce tems de trouble. Il raconte fuccintement fa promotion, fans en marquer les circonstances, puis il ajoûte: quant à ce Roland ci-devant chancelier, qui étant attaché à Guillaume de Siçile par une conjuration contre l'église

&

& l'empire, s'eft intrus douze jours après nôtre élec-
tion : s'il vous vient quelques écrits de fa part, re-
jettez-les comme pleins de menfonge & envoyez
par un
un schismatique. La datte eft de Segni le vingt-
huitiéme d'Octobre.

Les cardinaux du parti d'Octavien écrivirent aussi une lettre adreffée à tous les prélats, à la tête de laquelle ils mettent ainfi leurs noms. Imar évêque de Tufculum le premier des évêques ; Jean du titre de S. Silveftre & S. Martin, & Gui de Crême du titre de S. Callifte prêtres cardinaux : Laimond diacre cardinal de fainte Marie in vita lata, & Simon de fainte Marie in Dominica & l'abbé de Sublac. Ce ne font en tout que cinq cardinaux. Leur lettre commence ainfi : Dès le temps que le pape Adrien fit alliance à Benevent avec Guillaume de Sicile contre l'honeur de l'église & de l'empire : il y eut une affez grande divifion entre les cardinaux; c'est-à-dire entre nous qui n'aprouvions point ce traité & les autres qui le foûtenoient, étant engagez au Sicilien par l'argent & les promeffes dont il les avoit aveuglez, & qui en attiroient plufieurs autres à leur parti. Quand donc on cut avis que l'empereur étoit entré en Italic & qu'il en avoit fubjugué une grande partie : ces partifans du Sicilien commencerent à folliciter puiffamment le pape, de prendre quelque pretexte pour excommunier l'empereur & fes adherans. Nous difions au contraire, qu'il falloit excommunier le Sicilien, qui avoit ôté à l'église par violence tous ses droits fpirituels & temporels: plûtôt que l'empe

Tome XV.

L

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C. 52.

Sup. n. 14.

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reur, qui travailloit à recouvrer les droits de l'empire & à tirer l'église de fervitude. A ce difcours les partifans du Sicilien demeurerent confus, & se defifterent de leur entreprise.

que

Enfuite pendant que nôtre frere Octavien, alors cardinal & maintenant pape, étoit en légation près de l'empereur avec Guillaume cardinal de S. Pierre aux liens : le pape fortit de Rome & vint à Anagni avec les partifans du Sicilien. Ce fut là par unc confpiration manifefte ils s'engagerent avec ferment, à faire excommunier l'empereur & à s'oppofer jufques à la mort à fa volonté ; & que file pape mouroit, ils n'éliroient pour lui fucceder qu'un de ceux qui avoient fait ce ferment. Ils firent auffi jurer aux évêques voifins, de ne facrer pour pape que celui qui feroit élu par la faction du Sicilien. Le pape Adrien étant mort & fon corps porté à Rome, avant que de l'enterrer nous convînmes tous par écrit, que l'élection fe feroit selon la coûtume de l'églife Romaine ; c'est-à-dire que l'on fepareroit quelques perfonnes d'entre nous pour recevoir les fuffrages & les écrire, & que tout fe feroit d'un commun confentement. Nous étant afsemblez dans l'église de faint Pierre, l'élection proceda lentement ; & le troifiéme jour étant presque paffé, quatorze cardinaux de la conjuration nommerent le chancelier Roland; & nous au nombre de neuf nous élûmes Octavien, fachant qu'il étoit le plus convenable pour la paix & pour l'union entre l'églife & l'empire,

Alors voïant que le parti contraire vouloit vio

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