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Avant qu'avoir dompté tant de monftres divers, N'eût triomphé d'amour & brifé tous les fers. LINCO.

Comment ? tu t'abuses toy mesme.

Helas que ton erreur fur ce point eft extréme
Que je plains ton aveuglement !
Où ferois-tu prefentement,

Si ce Heros fi redoutable

N'euft fenty de l'amour la flâme inévitable?
Si par mille & mille combats
Il fignala par tout la force de fon bras,
S'il remporta toufiours l'honneur de la victoire
Il en doit à l'Amour & le fruit & la gloire,
Sçais-tu que l'on a veu ce Heros glorieux,
Dont la force eftoit fans égale,
Languir pour la charmante Onfale,
Et montrer hautement le pouvoir de fes
yeux :
Souvent pour plaire à cette belle,
Il s'habilloit comme elle,
Et charmé d'un objet fi beau

Il quittoit fa maffue, & tournoit le fufeau.
Ainfi dans le beau sein de sa chere maistresse,
Comme en un port d'Amour favorable à fes vœux
Il alloit foulager les travaux & fes feux.

Parmy les doux plaifirs d'une aimable tendreffe,
Les amoureux foûpirs que l'on pouffe en aimant,
Apportent du foulagement
A toutes les peines paffées,

Et pour les hauts projets élevent nos pensées.
Et comme le fer le plus dur,

Si d'un metal plus doux il fouffre l'alliance,
Se laiffe manier, s'affine, devient pur:
Et fert aux grands deffeins de la magnificence
Teleft un courage indompté,

Qui par fa fureur emporté,
Trouve fouvent des précipices,

Si l'amour ramolit fa brutale fierté

Par fes plus charmantes delices,

Il change tout à coup fes inclinations

Et fon ame eft plus propre aux belles actions:
Veux-tu donc imiter ce Heros invincible?
Veux-tu te montrer aujourd'huy

Digne de fon fang & de luy ?

Commence à devenir moins fier & plus fenfible,
Ayme la chaffe, j'y confens,

Mais ayme Amarillis, & fes feux innocens.
Si tu fuis Dorinde & fa flâme,

Bien loin de t'en blâmer, j'approuve ce mépris:
Parce qu'enfin une belle ame,

Et le cœur d'un Heros qui de gloire eft épris,
Garde tout fon amour & toute fon eftime
Pour fon époufe legitime.
SILVIO.

Que dis-tu mon épouse? Elle n'eft pas pour moy.
LIN CO.

Ne te fouviens-tu pas d'avoir receu fa foy?
Ne pouffe pas plus loin ton orgueil temeraire,
Et ne t'attire pas la celefte colere.

SILVIO.

La liberté de l'homme eft un present des Cieux, Que ne forcent jamais les hommes ny les Dieux.

LINCO.

Rien ne fait violence à ton ame tebelle,
Mais le Ciel te con vie à te montrer fidelle,

A ton heureux Hymen il promet tant d'honneur
Qu'il nous doit tous combler de gloire & de bon

heur.

SILVIO.

Vrayment c'est bien des Dieux le foin & la pensée,
Et leur ame fans doute en eft embaraffée.
Souffre que je te parle aujourd'huy franchement,
Je fuis Chaffeur, & non Amant,

Je dédaigne l'amour des Nymphes les plus belles;
Pour toy qui n'as jamais foûpiré que pour elles,
Contente fi tu peux tes amoureux defirs,
Et va-t'en en repos fonger à ces plaisirs.

LINCO,

Ha cruel! je vois bien que ta noble origine,
N'eft ny celefte ny divine.

Ce n'eft ny Venus ny l'Amour;

Mais c'eft quelque Furie à qui tu dois le jour.

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SCENE II.

MIRTIL, ERGAST E.

MIRTIL.

IMpitoyable Amarillis,

Pour qui mon cœur languit, foûpire, & le confume;
Ton nom & mon amour font remplis d'amertume,
Et ton teint eft plus blanc mille fois que les lis:
Mais auffi ton humeur, malgré tous mes hommages,
A plus de cruauté que les beftes fauvages.

Si lors que je me plains de mon rude tourment,
Mes pleurs & mes foûpirs attirent ta colere,
Hé bien, cruelle pour te plaire

Je mourray fans pouffer un foûpir feulement:
Mais les montagnes & les plaines,

Et ces fombres forefts où mille fois le jour
Je fais dire aux échos ton nom & mon amour,
Te parleront affez de mes cruelles peines.
Pour plaindre mon tourment,les vents murmurerent,
Et les fontaines pleureront,

La pitié, la douleur peintes fur mon visage,
En diront encor davantage;

Et quand ces infenfibles corps,

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Pour parler de mon mal ne feroient point d'efforts;
Mon trépas parlera de mon cruel martyre,

Et ma mort te dira ce que je n'ofe dire.
ERGAST E.

Je fçay bien que l'amour eft un rude tourment,
Mais il a plus de violence,

Lors qu'un refpectueux filence

Le retient dans le cœur d'un malheureux Amant;
Et lors qu'il luy deffend les foûpirs & la plainte,
Ce feu qui brûle dans fon cœur,
Ne pouvant fouffrir la contrainte
Prend une nouvelle vigueur;
Ce qui s'oppose à fon paffage,
Augmente fa rapidité,

Et quand il eft captif il fait plus de ravage
Que s'il eftoit en liberté:

Pourquoy donc me cacher la cause de ta flâme,
Si tu ne pouvois pas me cacher ton amour?
Helas! combien de fois ay-je dit que ton ame
Brûloit d'un feu fecret & la nuit & le jour?
MIRTIL.

Pour ne l'irriter pas j'ay fouffert le martyre,
Et je ferois peut-eftre encore à te le dire,
Si la neceffité qui ne peut rien celer,

Ne me contraignoit à parler:
J'entens un bruit fourd qui réveille
Ma trifte & mourante langueur,

L'hymen d'Amarillis a frappé mon oreille
Et m'a percé le cœur.

Elle ne parle point & souffre fans murmure,
Toutes les peines qu'elle endure:

Moy qui me veux toûjours tenir dans le repect
Je n'ofe m'éclaircir & je n'ofe me plaindre,

De peur de me rendre fufpect,

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