Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[ocr errors]

a pensé de même, & c'est encore l'opinion commune. M. Thomassin avoit cependant soutenu que ce sentiment étoit une erreur : il convenoit bien que lorsqu’un bateau passe par une écluse immédiatement après un autre bateau, ce second bateau ne dépense effectivement que deux éclusées pour tout le trajet; mais lorsque les bateaux paffent alternativement, l'un venant d'un côté, & l'antre de l'autre, il en coûte , dit-il, autant d'éclusées que chaque bateau traverse d'écluses en montant:il appuie cette assertion par deux lettres, l'une de M. de Caligny, & l'autre de M. de Regemorte, qui font de cet avis. L'un des deux assure même, ainsi que M. Thomasfin, que la dépense d'eau est la même , soit que les écluses soient contigues, soit qu'elles soient séparées : mais c'est dans cette distinction, qui sans doute n'a pas été approfondie, où se trouve une seconde erreur; ce qu'il y a de certain, c'est que lorsque les écluses font contigues , elles dépensent souvent beaucoup plus de deux éclusées; & ce que l'on n'avoit pas remarqué, c'est que lorsque les écluses sont éloignées à plus de cent toises, elles n'en dépensent le plus souvent qu'une seule pour toute la traversée d'un bateau.

Pour établir ces propositions, il faut distinguer quatre cas principaux.

Le premier, est celui où les écluses étane éloignées les unes des autres , les bateaux passent alternativement, l'un venant d'un côté , & l'autre du côté opposé ; alors il arrive que le bateau

les rem

qui passe après le premier, trouve en montant toutes les écluses vuides , & que pour les remplir , il faut tirer une éclusée de chaque bief, & une du point de partage.

En descendant, comme il trouve les écluses pleines, il n'en tirera aucune de ce point de partage , par conséquent il ne dépensera qu'une seule éclusée dans toute sa traversée; il en sera de même de tous les bateaux qui passeront alternativement & qui viendront ensuite.

Secondement, lorsque les écluses étant éloignées les unes des autres, les bateaux se suivent : alors le second bateau traverse toutes les écluses pleines du côté de la montée, & pour le faire monter lui-même, il faudra commencer par les vuider toutes, plir successivement avec l'eau prise dans les biefs, & la plus élevée avec celle prise dans le point de partage.

A la descente , le bateau traverse toute les écluses vuides, & l'on sera encore obligé de remplir avec l'eau du point de partage, la premiere écluse qui servira à remplir toutes les autres, de sorte que ce bateau aura dépensé deux éclusées dans la traversée.

Troisiémement , lorsque les écluses font assez proches les unes des autres, pour que l'eau d'une éclusée prife dans le biet qui est entre deux écluses, diminue assez la profondeur du bief pour empêcher ou gêner la navigation , ou lorsque les écluses font contigues , & que les bateaux paffent alternativement; alors le second bateau trouve en montant toutes

[ocr errors]

les écluses vuides; & comme l'on ne peut point tirer l'eau des biefs intermédiaires, puisque les écluses sont supposées très-proches les unes des autres, ou même contigues , l'on eft obligé de les remplir toutes avec l'eau du point de partage,

En descendant, le bateau trouvant toutes ces écluses pleines , n'a pas besoin de tirer aucune partie de l'eau du point de partage, par conséquent il dépensera dans toute la traversée, autant d'éclusées qu'il y aura d'écluses conrigues de suite en montant.

Quatriémement enfin , lorsque les écluses font proches ou contigues , &

que

les bateaux passent à la suite les uns des autres, le second trouve en montant toutes les écluses pleines; il faut, pour le faire entrer dans le sas de la premiere écluse, la vuider dans le bief inférieur , & la remplir ensuite avec l'eau de la seconde écluse, & fuccessivement des unes aux autres jusqu'à la derniere , que l'on remplit avec l'eau prise dans le point de partage.

En descendant on tire encore une éclusée de ce point de partage ; de sorte que dans ce cas, comme lorsque les écluses ne sont pas contigues, on tire deux éclusées du point de partage.

Quoique les quatre cas précédens renferment toute la théorie du passage des écluses, on peut cependant encore remarquer, 1°. que fi deux bateaux s'étant rencontrés au point de partage, les deux suivans se rencontrent

[ocr errors]

avant ou après ce point de partage , ces quatre bateaux dépenseront cinq éclusées.

2o. Si deux bateaux s'étant rencontrés au point de partage, les deux suivans s'y rencontrent encore, ces quatre bateaux ne dépenseront que quatre éclusées.

3o. Si deux bateaux qui ont passé fe font rencontrés avant ou après le point de partage, & que les deux bateaux qui viennent après se rencontrent aussi avant ou après le point de partage, alors ces quatre bateaux ne dépenseront que quatre éclusées , si le

premier bateau estvenu du côté opposé à celui qui avoit passé précédemment , & cinq s'il est venu du même côté.

Et en général on a dû observer qu'un bateau tire toujours une éclusée du point de partage pour y monter , mais que souvent il n'en tire point pour descendre de l'autre côté.

L'on voit par conséquent que lorqu'il n'y a point d'écluses contigues dans un canal, les bateaux ne dépenseront qu'une éclusée pour toute leur traversée, toutes les fois qu'ils passeront au point de partage alternativement, l'un venant d'un côté, & l'autre venant du côté opposé; que dans ce même cas, lorsqu'il y aura des écluses contigues, les bateaux dépenseront dans leur traversée, autant d'écluses qu'ils en rencontreront, en montant dans le corps d'écluses où il y en aura le plus, & que ce n'est que lorsqu'un bateau en suivra un autre , qu'il dépensera deux

éclusées, soit que les écluses soient contigues, ou qu'elles soient toutes isolées.

L'on remarquera que l'on ne doit confidérer le passage des bateaux que par rapport aux écluses qui joignent le point de partage, lorsque les écluses ne sont pas contigues, & que leur chûte est égale ; ce qui arrive dans les biefs inférieurs n'influe en rien sur la dépense des eaux, fur-tout lorsque les bateaux ne s'arrêtent pas un long-temps dans les biefs.

En donnant cent toises au moins de longueur à chaque bief, il est certain que quand même deux bateaux se suivroient, ils ne se trouveroient pas ensemble dans le même bief, puisque pendant que le second passeroit par l'écluse , le premier auroit eu le temps de parcourir le bief& d'entrer dans l'écluse suivante: ainsi deux bateaux ne peuvent se rencontrer dans les petits biefs, que lorsque l'un y monte

у & que l'autre y descend; & dans ce cas, com

; me l'un tire une éclusée du bief, tandis que le second en verse une autre, l'eau de ce bief ne diminue ni n'augmente.

On remarquera encore que lorsque les écluses contigues sont éloignées du point de partage, il arrive assez souvent que l'on n'en tire pas immédiatement les éclusées , & qu'on la prend dans des réservoirs intermédiaires; mais lorsqu'il n'y a pas de seconde prise d'eau entre le point de partage & les écluses contigues , c'est toujours ce point de partage qui fournit seul à la partie du canal qui est au dessus de ces écluses contigues , & cela

revient

« AnteriorContinuar »