Imágenes de páginas
PDF
EPUB

manqué; que ce n'étoit qu'à cette con. 1636. fidération que les navires des autres ports , partis pour cette traite, pouvoient la faire ; que d'ailleurs ce commerce ne pourroit se continuer, qu'autant que les armateurs y travailleroient

у de concert; sans quoi, la concurrence le rendroit infructueux. Le Ministre ayant examiné la question, leur accorda un privilége exclusif pour la traite des Nègres, sous la dénomination de Compagnie du Sénégal.

Pour donner plus de consistance à cette partie , ces négociants équipèrent deux gros vaisseaux, qu'ils chargèrent de matériaux & d'ustensiles

propres

à construire un Fort, & l'on embarqua sur les autres navires qui alloient faire la traite des Nègres, les provisions de bouche nécessaires pour ceux qui devoient l'habiter. Le capitaine Lambert fut chargé du commandement : ils abordèrent au Sénégal sur la fin de 1637 : ils y bâtirent un Fort dans le

1637. quel ils laissèrent quarante Dieppois. Ils furent donc les fondateurs de cette colonie, comme leurs pères l'avoient été du petit Dieppe, situé sur la partie supérieure de cette côte de l'Afrique, plus près de l'équateur,

1637.

Le capitaine Lambert, de retour de fon voyage, rendit compte

à ses armateurs du bon état des choses. Ils armèrent encore les mêmes vaisseaux, auxquels ils en ajoutèrent un autre monté de vingt-quatre canons, dont ils donnèrent le commandement à Lambert; & pour affurer à la nouvelle colonie, une confiftance plus durable, ils y envoyèrent du monde des deux sexes & de différents métiers. Lambert, en faisant ronte, toucha à l'ille SaintVincent du Cap-verd, dans laqueile il jugea à propos de mettre douze hommes avec une pièce de canon , pour y

faire une espèce d'entrepôt, & une iste 1639. de ralliement aux navires de Dieppe,

qui feroient leur traite le long de cette côte..

Les négociants avoient par l'usage, acquis une parfaite connoissance de la force du corps & du caractère des dif- . férentes nations de Nègres qui habitent les côtes de l'Afrique; & ils avoient préféré de faire leur établissement sur celle du Sénégal, parce que les Negres en font plus dispos & plus travailleurs,

Cette compagnie du Sénégal a procuré à la ville de Dieppe, de gros pro

16.39.

[ocr errors][merged small]
[ocr errors]

fits : mais les citoyens sont-ils louables d'avoir été les premiers à entreprendre un pareil commerce ? C'est une question qui n'est pas encore jugée : en notre particulier, nous avouons que fi la loi que nous nous sommes imposée de rapporter exactement tous les faits historiques de notre Ville, ne nous y obligeoit pas, nous omettrions cet article, car nous sommes fachés de ce que nos pères, qui étoient de fi grands hommes, n'ont pas écouté les cris de l'humanité, qui devoient fe faire entendre dans le fond de leurs çæurs, & y réclamer ses droits avec plus d'empire que ceux de l'intérêt.

Cette compagnie a existé dans Dieppe, plus de cinquante années, & jusqu'au temps où les Anglois s'emparèrent de notre Fort. Nous croyons devoir borner à cette époque, le récit des voyages des Dieppois au-delà des mers, parce que le Cardinal de Richelieu , dont le génie alors fécondoit le royaume, donnoit de l'émulation aux autres ports, pour les imiter ; & qu'au moyen des Professeurs d'hydrographie que les Dieppois y envoyèrent sur les ordres , leur science de la navigation se communiqua & s'étendit par toute

os

1639.

la France, comme nous le dirons dans l'article de l'hydrographie. Nous devons faire observer ici que nos ancêtres, qui ont fait tant de découvertes & tant d'expéditions maritimes, auroient procuré à la France, la poffeffion des Indes & de l'Amérique , fi nos malheureuses guerres civiles n'avoient empêché le Gouvernement de les seconder. Il est malheureux, pour leur mémoire, que Vasco-de-Cama & Chriftophe Colomb se soient emparés d'une gloire qu'ils avoient acquise avant eux. Nos Rois ont fenti trop tard cette vérité, qu'ils ont reconnue dans plufieurs de leurs Lettres-Patentes , rapportées à la fin de ces Mémoires. Enfin, une preuve démonstrative de cet avancé, c'est qu'aucune nation ni aucune ville ne peut disputer aux Dieppois, l'honneur d'être les auteurs de la théorie & des règles de l'hydrographie: c'est ce qui est constaté par l'article de cette science

, que nous venons d'annoncer , qui fait voir que Dieppe a été le berceau de l'hydrographie, & que ses marins ont été les premiers du monde qui en aient fait usage,

Le sieur Guillaume de Montigny étaoc mort en 1639, le gouvernement

de Dieppe fur donné au fieur de 1642. Torcy. Ce dernier ne le posséda pas

long-temps, & le fieur Philippe de Montigny, fils de Guillaume, obrint cette place en 1642.

Les Protestants de cette ville , dont' le nombre diminuoit fucceffivement, furent tranquilles pendant le ministère du Cardinal de Richelieu. Le génie de ce grand homme parvint à étouffer l'esprit de mutinerie, qui, avant lui , ravageoit le royaume, Ce Miniftre encouragea la navigation dans Dieppe, du moins par des louanges & quelques privileges , puisqu'il ne put la protéger autant qu'il le desiroit par une marine respectable ; que les fonds épuisés de l'Etat ne lui permirent pas d'écablir.

Alors la dilette d'argent, ou, pour mieux dire, la misère, étoit presque générale dans le royaume. Les Grands s'étoient obérés pour soutenir leurs fadions; & le peuple avoit été dépouillé de son nécessaire , par les incursions des différents part is. Dieppe étoit, proportion gardée , la ville la plus riche du royaume, comme elle en avoit été la plus heureuse ; puifqu'elle n'avoit point partagé l'infornune des autres depuis 1567 ; mais

[ocr errors]
[ocr errors]

06

« AnteriorContinuar »