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1642. elle n'avoit pu, avec ses feuls fonds,

soutenir ses comptoirs au-delà des mers, contre les efforts que firent les Nations Hollandoise, Portugaise, Angloise & Espagnole pour les détruire. Si Richelieu eût vécu , il y a tout lieu de penser qu'il eût vengé les Dieppois, & vivifié la Marine Françoise , car il en sentoit l'importance: mais à peine ce Ministre avoit-il fini à térrasser les ennemis de l'autorité royale, & eut-il remis celle des Grands dans l'ordre , dont ils n'auroient pas dû s'écarter, qu'il fut obligé de rendre compte de son adminiftration, au fouverain Maître des ministres & des fois,

Tout le monde fait que Pierre-Alexis Michaelovitzs'écria avec enthousiasme, quand il vit dans l'Eglise de Sorbone la statue de ce Cardinal : 0 grand homme! fi tu vivois, je te donnerois la moitié de mon empire , pour m'apprendre à gouverner l'autre ! mais tout le monde ne saic pas qu'un Dodeur présent, dit tout haut sur le champ : Je ne le conseillerois pas à votre Majesté ; car le Cardinal se rendroit biencót maître de l'autre moitié. Les lec, teurs décideront lequel des deux cons goissoit mieux ce ministre.

Louis XIII ne survécut le Cardinal, 1643. que de

quatre à cinq mois. Henri IV, son père, lui avoit facilité la tranquille possession de son trône, & le présent règne prépara la grandeur de celui de Louis XIV, son fils.

ÉVÉNEMENTS arrivés dans
Dieppe, sous le règne de Louis XIV.

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ON étoit très-tranquille à Dieppe,
& les habitants ne s'occupoient que
de la prospérité de leur commerce de-
puis la régence d'Anne d'Autriche,
lorsque les Officiers municipaux reçu-
rent un courier de cette Princesla,
qui les invitoit à faire armer avec la 1646.
dernière célérité, le plus grand nom-
bre de vaisseaux qu'il leur feroit pof-
fible, pour une expédition dont elle
leur feroit part, fitôt qu'ils lui annon-
ceroient que leur flotte seroit prête à

Les Dieppois, comme nous l'avons
vu, n'ont jamais menagé ni leurs biens
ni leur vie quand il a s'agi de servir
leur Prince; hommes, vaisseaux, artil-

fortir du port.

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1

au

1640.

lerie , munitions de guerre & de bouche, tout se trouvoit prêt en temps, & à leurs propres dépens. Ils fe mirent donc tous en travail ; & douze jours après l'ordre reçu, ils députèrent à la Reine, pour prendre les ordres.

Cette flotte, composée de douze gros vaisseaux & de cinq à fix plus petits, mais excellents voiliers, retour du député, sortit du port : elle étoit commandée par le capitaine Claude Dablon , & arriva devant le port de Dunkerque, le 26 Septembre 1646. Cette ville étoit assiégée par le jeune Duc d'Enghien : les Dieppois secondèrent fi bien par mer ce grand Général, qu'après la prise de cette place, il dit à la Reine , que fans leur aide, cette ville auroit tenu trois femaines de plus, & auroit été ravi

taillée (1).

(1) Mézeray dit que l'Amiral Tromp vint bloquer Dunkerque par mer : cet Historien, qui paroît avoir ignoré que les Dieppois euffent des forces maritimes suffisantes pour rendre des services à l'Etat, quand nos Rois le requéroient , attribue leurs expéditions à des étrangers ; mais quand Tromp eût amene devant ce port , des vaisseaux Hollandois les nôtres, en le fortifiant, n'en ont pas moins fervi l'Etat.

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La Reine régente & notre jeune 1647. Roi , fatisfaits du zèle avec lequel ils venoient de les servir, eurent la bonté de faire dire aux citoyens, que Leurs Majestés se rendroient à Dieppe l'année suivante , pour leur témoigner leur bienveillance. En effet, elles les honorèrent de leur présence, dans le commencement d'Août 1647. Comme les habitants s'y étoient attendus, ils n'avoient épargné aucune dépense, afin de pouvoir donner des preuves de leur amour & de leur dévouement à leur Souverain.

Ce fut le premier Août que ces bourgeois eurent ce bonheur. Toutes les rues étoient tendues des plus riches tapisseries. La porte de la ville par laquelle Leurs Majestés firent leur entrée, étoit décorée & couverte d'emblêmes à la louange du jeune Roi & de la Reine sa mère. Leurs Majestés passèrent sous quatre arcs de triomphe elpacés à distance égale depuis la porte de la Barre jusqu'à la maison du fieur Miffant, rue du Haut-Pas, où elles furent loger. Tous les habitants étoient fous les armes & rangés sur deux files de chaque côté des rues par lesquelles elles passèrent.

Introduits le sieur de Saincot : 1647• Maitre des cérémonies, les Officiers

municipaux eurent l'honneur de rendre leurs hommages au Roi & à la Reine régente. La Ville donna à Leurs Majeftés, le spectacle d'un combat naval, dont elles virent tout l'effet des fenêtres de leurs appartements qui donnoient sur la mer. On observe qu'alors les flors venoient battre jufqu'au pied des murailles de la ville, dans les hautes marées.

Les armateurs avoient mis en état deux escadres, composées chacune de fix frégates de vingt à vingt-six canons. La première, fous pavillon François, étoit commandée par le plus ancien capitaine de long cours de la ville , breveté du titre de Capitaine de marine royale, nommé de Sesne : la feconde , qui portoit pavillon Elpagnol, étoit sous les ordres du capitaine le plus ancien après de Sesne, & qui étoit également bréveté : il s'appelloit Abraham Duquesne, père du fameux Lieutenant-Général de nos armées navales. Dans ce temps la marine royale n'étoit pas fur le ton où elle est aujourd'hui : c'étoit aux capitaines de marine marchande les

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