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leur port.

1650. guerre civile: mais, foit que leze le

politique de ce Gouvernement fût réfroidi par l'emprisonnement imprévu des Princes, soit par quelqu'autre cause heureuse pour les Dieppois, ces troupes n'arrivèrent point dans

La conduite de cette Princesse , & sur-tout celle du fieur de Montigny, qui lui avoit remis la Citadelle & le Château de Dieppe, donnèrent une grande inquietude aux bourgeois de cette ville : ils comprirent que leur deffein étoit de se rendre maîtres de la ville. Les Officiers municipaux alfemblèrent les notables en l'Hôtel-deVille, afin de délibérer sur la manière dont on se comporteroit dans une occurrence fi épineuse. Le plus grand nombre opina pour conserver la ville au Roi; & ceux qui avoient représenté qu'il étoit impossible de le faire · sans être écrasés du canon du Château & du Fort du Pollet, convinrent qu'il valoit mieux périr, que de paroître infidèles au jeune Prince , qui les avoit honorés de la confiance.

Dès que ce parti fut pris, l'Hôtelde Ville ordonna à trois Capitaines de la bourgeoisie, de faire promptement

mettre leurs compagnies fous les ar

1650. mes , & de se rendre à la descente du Château, pour empêcher sa communication avec la ville : mais dans ce temps même , avertie de cette affemblée, Madame de Longueville en delcendoit avec le fieur de Montigny & plusieurs gentilshommes. Cette Princeffe fe rendit à l'Hôtel-de-Ville: les notables en forcoient ; & il n'y en restoit plus que quelques-uns avec les Echevins. Cette Ducheffe leur fit un assez long discours, pour leur prouverque fon deffein n'avoit rien de contraire au service du Roi; qu'elle ne vouloit, par l’union des villes qui s'intérefferoient en faveur des Princes, que faciliter leur liberté ; ce qui étoit jufte , puisqu'ils n'étoient prilonniers d'Etat, que parce qu'ils l'avoient voulu servir contre l'étranger Mazarin , qui ne méditoit que la ruine : qu'enfin, elle ne leur demandoit leur concours, que pour obtenir cette liberté ; qu'ils seroient les plus ingrats des hommes, s'ils refusoient ce service à la mémoire du Comte de Dunois & de fes defcendants, qui leur avoient rendu tant de bons offices.

Le fieur Martin , qui étoit le pre

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1650. mier Echevin, répondit que les ci

toyens de Dieppe prenoient la plus grande part à la décencion des Princes; mais

que

leur ville appartenoit au Roi, & qu'ils supplioient instamment la Princesse de ne rien exiger d'eux, qui pût paroître contraire au service qu'ils devoient à Sa Majefté; qu'en toute autre chose, la Princesse pouvoit disposer de leurs biens & de leurs per- . sonnes. Après lui avoir ainsi parlé, le fieur Martin se tourna du côté du fieur de Montigny, & lui dit, avec la noble assurance de la vertu : Monsieur, vous connoisez notre amour pour le Roi , ne nous mettez pas dans le cas de vous en donner des preuves. Le fieur de Montigny ne lui répondit qu'en balbutiant quelques mots, qui n'exprimoient rien de positif; tant il est dans l'ordre des choses , qu’un homme qui remplit lon devoir, ait tout l'avan. tage sur son supérieur qui trahit le fen.

Madame de Longueville & le fieur de Montigny remontèrent au Château, sans avoir pu ébranler la fidélité des bourgeois : ils furent, ainsi que leur suite, obligés de passer à travers les trois Compagnies qui venoient

d'arriver

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d'arriver pour en garder la descente, 10 gók
suivant l'ordre de l'Hôtel-de-Ville. Le
fieur de Montigny demanda au plus
ancien des trois capitaines , ce qu'il
prétendoit faire , & par quel ordre ces
compagnies bourgeoises étoient sous
les armes, puisqu'il ne l'avoit pas
commandé. Ce capitaine lui répondit ,
que dès l'instant qu'il avoit abandonné
le parti du Roi, il avoit perdu le droic
qu'il avoit de le faire. Le fieur de
Montigny savoit bien qu'on n'insul-
toit pas alors impunément les Diep-
pois sous les armes : aussi, sans relever
cette réponse, prit-il le parti de real
joindre Madame de Longueville, qui
montoit au Château.

L'Hôtel de - Ville fit mettre tous
les jours sous les armes, cinq com-
pagnies bourgeoises : deux étoient pof:
tées au bas de la descente du Château,
afin d'empêcher fa garnison d'entrer
dans la ville; une troisième, qui pou-
voit seconder les deux premières ;
gardoit la porte de la Barre ; la qua-
trième gardoit la porte du Pont &
le Quai ; & la cinquième étoit poftée
dans la grande place, avec l'obliga-
tion de poser des sentinelles aux
portes de la mer, qu'on tint fermées

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1650. pendant tout ce temps d'inquiétude.

La Reine régente avoit été inftruite, de la démarche de Madame de Lon.. gueville ; & quand Sa Majesté put, disposer de son temps, elle partit de Paris avec le Roi, pour se rendre à Dieppe. L'Hôtel-de-Ville venoit dans le même temps d'arrêter que le fieur du Caron, Procureur-Syndic, & deux autres notables se mettroient en route pour faire

part à Leurs Majestés, de la presse où les habitants se trouvoient. Les députés eurent la satisfa&tion de les rencontrer dans le bourg d'Ecouy. Le fieur du Caron les harangua à gea noux, ainsi qu'il suit :

«SIRE, la fidélité des habitants de » notre ville de Dieppe a trop d'éclat » dans toute la France & dans les na» tions étrangères, pour manquer l'oc» casion qui se présente , d'en donner » une nouvelle preuve à Votre Map jefté. Quoique la disgrace de M. de » Longueville les ait couchés d'un ► grand déplaisir , & que la retraite, » en leur ville, de Madame la Du>> cheffe, ait ouvert leurs cæurs à la > fenfibilité de son infortune, cepen - daat ils ne le départiront jamais de

.

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