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» la fidélité & des devoirs que de bons

165 One » sujets doivent à leur Souverain. Les » gratifications & les priviléges dont » voś illustres ancêtres ont décoré: » notre ville ; la faveur que votre » Majesté leur a récemment faite, en » leur confianc la garde de la personne » sacrée, a ajouté la tendresse à leurs » sentiments de bons Sujets : ils assurent » Votre Majesté, que quoi que faffe » Madame la Ducheffe, ce ne sera » jamais que pour le service de Votre

Majesté qu'ils répandront jusqu'à la » dernière goutte de leur sang. »

Le fieur du Caron ayant présenté au Roi, la copie de la délibération de l'Hôtel-de-Ville à ce sujet , la Reine eut la bonté de dire qu'il ne falloic pas d'écrits pour assurer le Roi, de la fidélité des Dieppois. Les députés suivirent à Rouen leurs Majeftés : ils y faluèrent le Cardinal Mazarin , qui fic aux personnes qui l'entouroient, l'éloge de l'ancienne & actuelle fidélité des gens de Dieppe.

Dans cet espace de temps, Madame de Longueville avoit mandé les Echevins au Château : ceux-ci , en y montant, exhortèrent les citoyens à être

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1650. toujours fidèles au Roi, quand même

, cetre Duchesse les seriendroit prisonniers, & qu'elle les forceroit, par des tourments, de leur écrire de se rendre pour leur lauver la vie ; que pour tenir termes , les citoyens n'avoient qu'à réfléchir

que

la ville n'avoit plus qu'un ou deux jours à rester dans cette crise, parce que les députés devoient être fur leur retour.

Quand les Echevins furent parvenus devant Madame de Longueville, cette Princesse fit .de nouveaux efforts pour les engager à prendre le parti des Princes ; mais voyant qu'elle ne pouvoit y réussir par de vives follicitations, elle les menaça de faire raser la ville par le canon du Château & celui du Fort du Pollet , s'ils perliftoient dans leur opiniâtreté. Le fieur Martin eut la fermeté de répondre à cette Princesse , qu'il avoit été délibéré par la Communauté, qu'il valoic mieux perdre ses biens & fa vie, que de paroître infidèles à fon Roi. Certe Duchesse les renvoya , en disant au fieur Martin : Tu n'es qu'uri Mazarin fraisé : apparemment la fraise que le fieur Martin portoit, étoit arrangée de la manière dont usoient ceux qui tepoient le parti des Princes.

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Les gentilshommes du pays de Caux jogo. qni eroient vassaux de M. de Longueville, ou déclarés pour les Princes, vinrent faire leur cour à Madame la Ducheffe & lui offrir leurs services. Ces Messieurs, en nombre affez confidérable, tentèrent la nuit suivante , de surprendre la garde des bourgeois de Dieppe la plus avancée vers le Château : mais ceux-ci, exacts dans leur pofte, firent feu,& furent dans l'instant soutenus par les trois compagnies; de sorte que ces gentilshommes furent contraints de remonter au Château plus vite qu'ils n'en étoient defcendus.

Cette attaque, quoique sans succès, porta

l'Hôtel-de-Ville à faire mettre sous les armes une fixième compagnie bourgeoise, qui fut portée dans la grande place, pour donner du fecours où il en feroit besoin. La Ville ayant été avertie par un des députés, revenu en toute diligence, que le Roi étoit arrivé à Rouen, les Echevins y envoyèrent deux des notables, afin d'afsurer Sa Majesté de leur inviolable fidélité ; & de lui dire que les habi- . tants defiroient fi fort lui donner des preuves de leur zèle pour son service,

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1650.

que

fi elle daignoit seulement leur envoyer un Officier général pour met. tre à leur tête , ils étoient sûrs de s'empares du Château & de la Citadelle.

Le Roi donna cette commillion à M. Duplessis-Bellières , Maréchal de camp de ses armées. Les députés arrivèrent avant lui à Dieppe, & annoncèrent à leurs concitoyens , que cet Officier s'y rendroit dans le jour. En conséquence l'Hôtel-de-Ville fit toutes les dispositions nécessaires pour le succès du projet qu'elle vouloit exée cuter. M. Duplessis-Bellières arriva sur les fept heures du soir. Les Echevins firent

part à cet Officier, de leurs are rangements : ils lui dirent que leur deffein étoit d'engager Madame de Longueville à se retirer du Château, en lui faisant croire que le Roi arrivoit à Dieppe; qu'ils avoient répandu dans toute la ville, ce faux bruit, ne doutant pas que quelques amis que le fieur de Montigny pouvoit y avoir, ne le lui fiffent parvenir; qu'ils voyoient avec plaisir, que ce bruit étoit fi accrédité, que les bourgeois âgés, les mariniers, les jeunes - gens , les femmes & les filles forcoient en foule par la porta de la Barre, pour aller au-devant de

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165o.

Sa Majesté : qu'ils avoienc ordonné à chaque maison qui donnoit sur les rues, d'allumer le soir , deux lumières à chaque fenêtre, en réjouissance; qu'ils avoient pareillement, sous ce prétexte, ordonné à toutes les compagnies bourgeoises, de prendre les armes. M. Duplessis approuva tous ces arrangements ; & il fue arrêté qu'on ordonneroit à quatre compagnies, de se rendre par le chemin d'Arques, par lequel on avoit supposé que le Roi arriveroit, pour y actendre Sa Majefté: il fut aussi convenu qu'on enverroit quelques personnes qui se placeroient au milieu du peuple , & crieroient vive le Roi ! cri qui feroit infailliblement répété par-cons les bourgeois, qui aimoient passionnément leur Souverain ; & enfin on donna ordre à la compagnie de Canonniers , de tirer trois décharges des canons de la ville, dès qu'ils entendroient les cris du people.

Toutes ces dispofitions furent exécucées & furent suivies du succès qu'on en attendoit. Madame de Longueville, persuadée que le Roi entroit dans la ville , s'enfuit du Château , par la porte du Secours. Cette Princeffe fe retira

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