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1650.

» sons, de l'avis de la Reine Régente,
» notre très-honorée Dame & Mére,
» afin

que

vos enfants la montrant aux Monarques qui Nous succéderont, » les excite à les avoir en la même » considération

que

Nous vous avons, » & que vous l'avez mérité. Cependant » Nous vous assurons que durant le » cours de notre règne, Nous serons » soigneux de vous départir les effets » de notre bienveillance, & toutes les » faveurs qui pourront contribuer à » votre avantage, & à l'accroissement »& richesle de votre ville. Donné à » Rouen, le dix-huitième jour de Février » mil fix cent-cinquante. Signé:LOUIS. » Et plus bas : PHELIPPEAUX ».

Et sur la fufcription :

« ANOS CHERS ET BIEN-AMĖS LES MAIRE, » CONSEILLERS ÉCHEVINS, PROCUREUR» SYNDIC ET HABITANTS DE NOTRE VILLE DE » DIEPPE. »

Sa Majesté ne borna pas à cette lettre, la preuve de la satisfaction qu'elle avoit de la fidélité & de la bonne con duite des bourgeois, dans une conjondure ausli difficile ; elle honora

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10 so. encore de lettres de noblesse, les Echen

vins en exercice , & plusieurs capitaines des compagnies bourgeoises. Il est vrai qu'ils méritoient cette décoration: mais qu'on nous permette une -réflexion sur ces ennoblissements de bourgeois ; il en réfulca que loir d'avoir été avantageux à la ville, ils lui ont au contraire été très-préjudiciables.

Cercainement les citoyens de Diepe pe qui ont été ennoblis par nos Rois, fur-tout ceux qui l'ont été par Henri IV, ainsi que dans cette occasion par Louis XIV, avoient mérité & même gagné cet honneur au péril de leur

vie : mais cette décoration personnelle a fait perdre à la navigation & au commerce de leur ville, une grande partie de leur étendue. En effet, ces nouveaux nobles, la plupart négociants & les plus forts armateurs de Dieppe, quitcèrent le négoce, & acquirent, avec leurs fonds, des terres sur lesquelles ils furent demeurer, & où leurs descendants vivent encore. Toutes ces familles refpe&ables ont donc été perdues pour Dieppe : il y a plus, c'est que plufieurs des autres familles de négociants riches , & qui

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ne s'étoient pas trouvés dans l'occafion d'être ennoblis comme les autres,

IOSO. devinrent jaloux de la diftin&ion de ces nouveaux nobles, qu'ils avoient regardés, de père en fils, comme leurs égaux. Ces négociants ne purent étouffer une passion qui dévore & terrasse les ames les plus fortes, & ils tournèrent leurs vues sur des charges qui leur donnoient la même distinction. Par cette désertion, la navigation & le commerce furent encore privés do leurs fonds & de leur industrie. Enfin, du côté du moral, l'émigration de ces bons citoyens fic encore un grand préjudice à la ville ; puisqu'elle n'en reçut plus les exemples de vertu , qui auroient porté au bien, les autres citoyens.

M. le Duc de Longueville rentra en grace, & le Roi lui rendit le gouvernement de Normandie. Ce Seigneur Te rendit à Dieppe le 21 Juin 1651:1654 les bourgeois fe mirent sous les armes, & tâchèrent, par les honneurs qu'ils lui rendirent, de lui faire oublier la disgrace que Madame de Longueville avoir eue dans leur ville. Ce Prince n'y refta

que deux jours ; & comme à son arrivée M. Dupleffis-Bellières s'étoit

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165,3. retiré du Château , il y laissa le fieuf

de Dampierre pour y commander, en attendant le fieur de Montigny , qui y arriva peu de jours après.

Le Parlement ayant en 1653 ; condamné au feu, un livre contre le Jubilé, dont Fouguebergue, Ministre des Calvinistes de Dieppe, étoit l'auteur; celui-ci prit la fuite, pour ne pas voir brûler son ouvrage dans la place du marché, & par crainte , qu'on ne se saisît de la personne.

Privés de leur Pasteur, les Proteltants folliciterent fi fort M. de Longueville en sa faveur , que ce Prince obtint du Roi que ce Ministre ne seroit point poursuivi pour sa faute , à la condition néanmoins qu'il comparoî. troit en l'audience du Bailliage d'Ars ques, & qu'il y reconnoîtroit son livre pour mauvais & erroné; & qu'il sę soumettroit à subir tel fupplice qu'il appartiendroit, s'il recomboit en pareille faute. Ce Ministre satisfit à cette humiliante condition , & reprit ses fondions dans Dieppe. Cette année 1653, la Cour des Aides rendit un Arrêt, qui condamna les Bouchers dų Pollet à payer, comme ceux de Dieppe, l'o&roi sur leurs suifs.

à ces

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Le 24 Avril 1659, Messieurs les 1659. Comtes de Dunois & de Saint-Paul, jeunes fils de M. de Longueville, arrivèrent dans Dieppe avec leur gouverneur. Les habitants s'empressèrent de leur donner des témoignages de l'attachement & de la reconnoiffance dont ils étoient pénétrés pour leurs ancêtres: enfin ils voulurent

prouver jeunes Princes, qu'il n'y avoit eu que la fidélité qu'ils devaient au Roi, qui eût pu les empêcher de rendre, à Madame leur mère, le service qu'elle avoit exigé d'eux.

Le fieur d'Ablon, quoique trèsâgé, s'étoit chargé, comme plus ancien Echevin, du soin de faire les honneurs de cette réception; mais ce vieillard, qui avoit trop pris sur les forces, mourut environ douze heures après avoir complimenté ces jeunes Princes.

Le fieur de Montigny avoit été inftruit, plusieurs mois avant, de ce voyage des jeunes Seigneurs ; & ce Gouverneur de Dieppe , pour marquer aux fils, la reconnoiffance des obligations qu'il devoit à leur père, avoit fait orner très-élégamment une petite frégate, armée de fix canons , dont il leur fit présent. Ces jeunes Princes s'y

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