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1660.

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gnoit à chaque écolier, de se retirer , &
de rester chacun chez soi ; ainsi qu'à
tous les habitants, d'observer l'ordre
public, & de maintenir la paix , sous
celles peines qu'il appartiendroit con-
tre les contrevenants.

Le calme étoit rendu, les écoliers
suivoient les exercices de leurs claffes,
& les Miniftres avoient ouvert leur
Synode, lorsque quelques jeunes Cal-
viniftes, foutenus par plufieurs étourdis
de leur religion, qui se prévaloient
de la prote&ion qne M. de Montigny
& l'Hôtel-de-Ville leur avoient accor-
dée, s'attroupèrent & furent dans une
des rues qui menoit au Collége, afin
d'y attendre les écoliers à l'heure qu'ils
devoient s'y rendre : ils les y insulte-
rent & les menacerent de les faire
fovetter

par

leurs Professeurs, s'ils n'apprenoient pas à mieux vivre. Piqués de ces injures, ceux-ci le rendirent à leur Collége , non pour y entrer en classe, mais pour s'y plaindre à leurs camarades, des infultes de ces Protestants. Tous y prirent part , & tous ensemble marchérent jusqu'à l'endroit du fauxbourg de la Barre, où l'on enterroit les corps des Calvin Riftes.

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Rien de fi dangereux que d'insulter 1660.

une jeunesse qui fait corps, puisque chaque individu prend sur son propre compte , l'injure qui n'est faite qu'à quelques-uns : l'effervescence de leur âge grossit les objets, & leur raison, encore foible, ne met point de bornes

à leur vengeance.

par

Il y avoit au-dessus de la porte de ce cimetière Protestant, une grande pierre-de-taille sur laquelle les armes du Roi étoient gravées : dès que les écoliers l'eurent démolie & culbutée, ils la posèrent sur un brancard, qu'ils placèrent au milieu d'eux. Ceux qui en étoient chargés, la portèrent de cette manière depuis cet endroit julques devant l'Hôtel-de-Ville. Cette pierre étoit pesante , il falloit, conséquent, rélayer les porteurs; alors

; toute la tronpe s'arrêtoit, & , contente de ce triomphe , elle faisoit retentir les rues du cri de joie , vive le Roi.

Quand ces écoliers eurent déposé cette pierre devant l'Hôtel-de-Ville, voyant que loin d'avoir été réprimés, ils avoient été applaudis par le peuple, dans les rues où ils avoient passé, ils se transportèrent encore au même cimetière, avec une potence; & ces jeunes.

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gens, sans raison, résistèrent assez au cri de la nature & de l'humanité, pour exhumer le cadavre d'un Protestant qui y étoit déposé deux jours avant; & ils alloient l'élever à cette potence, quand deux ' de leurs Professeurs avertis de ce désordre, le présentèrent. Les écoliers furent dociles à leurs re-, présentations, & rentrèrent dans la ville. Les premiers qui arrivèrent dans la grande rue , furent effrayés de s'y voir au milieu de deux rangées de bourgeois sous les armes ; & ceux qui passèrent les derniers la porte de la Barre, furent surpris de l'entendre fermer après eux.

Quand les premières rangées de ces écoliers furent arrivées entre le couvent des Carmelites & la rue du Trou, les Echevins , foutenus de plusieurs capitaines & officiers de la bours geoisie, leur reprochèrent l'indignité de leur conduite. Alors ces écoliers fe crurent perdus ; & pour se fauver voulurent s'ouvrir un passage à travers les bourgeois , en menaçant de les frapper, s'ils s'y opposoient. Ceux-ci se contentèrent d'en saisir trois, & ils ouvrirent un passage, par lequel les autres s'enfuirent par la rue du Trov.

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Ces trois écoliers furent conduits dans 1060.la prison du Château: mais malheu

reusement ils appartenoienc à des principaux bourgeois; & le fieur de Montigny follicité, eut la foibleffe de les mettre en liberté une heure après.

Cette jeunesse qui n'avoit pas été entièrement dissipée, voyant arriver un de ceux qui avoient été en prison, & certaine que les bourgeois n'étoient plus sous les armes, marcha fans crainte d'être punie droit au temple des Calviniftes; en enfonça les portes, arracha les bancs, les armoires , & fit du cout un grand bûcher, auquel elle mic le feu. L'incendie commençoit à faire des progrès, au grand contentement des écoliers , qui apperçurent alors venir M. de Montigny , à la tête d'un détachement de la garnison du Château: ces écoliers s'enfuirent au plus vite , chacun de son côté, sans que M. de Montigny les fit poursuivre ; parce qu'il n'eut pas trop de toute sa troupe pour arrêter l'effet de l'incendie, qui brûloit plusieurs piliers de cet édifice.

Le lendemain les Miniftres fâchés mais trop tard, de n'avoir pas adhéré aux avis que les Officiers municipaux leur avoient donnés , prirent le parti

dc

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de se retirer , sans avoir fini la tenue 1660. de leur Synode. Douze d'entr'eux partoient à cheval, du côté de la porte du Pont, quand ils furent rencontrés par une bande d'écoliers qui ne cessèrent de les suivre, en les huant & en leur jettant toutes les pierres & pourritures qu'ils purent ramasser , jusqu'à ce qu'ils fussent hors de leur portée.

Afin de punir & d'arrêter les suites de ce désordre, le Gouverneur fit fermer le Collége, & sortir de la ville, les écoliers des environs qui y faisoient leurs études. L'Hôtel-de-Ville fit afficher, que les parents des écoliers bourgeois répondroient personnellement de leur conduite. Ce ne fut qu'un mois après, & quand la fermentation des esprits parut assoupie, que cet Hôtel accorda l'ouverture des classes.

On est forcé d'avouer qu'une duite aussi irrégulière qu'indécente, de la part des écoliers, & des bourgeois mêmes, qui paroissoient l'approuver, est une démonstration que leur Catholicité n'étoit pas épurée de préventions, comme elle auroit dû l'être; puis, que la pacience & la charité, que notre Religion nous commandent, leur dé

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