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1660. fendoient toutes inveđives & toutes

voies de fait.

Rien de fi funeste, que l'esprit de fédition, quand il n'a pas été réprimé exemplairement & à propos; car, sans cela , il se communique à toutes les conditions de la même ville : c'est ce qui arriva dans Dieppe. Nos ancêtres avoient jusques-là respecté la voix de leurs Magiftrats; mais leurs enfants ne l'écoutèrent plus. Voici ce qui donna

lieu à cette sédition. 1661. Le 20 Juin 1661, il se répandit dans

Dieppe, le bruit qu'un étranger, logé chez le nommé Gruchy Organiste de la paroisse de St Jacques, étoit un monopoleur, qui venoit pour percevoir un droit sur le bled, qui , alors étoit vendu un prix très-haut. Ce bruit, inquiétant pour le peuple , souleva d'abord les poissonnières. Une d'entr'elles, connue sous le sobriquet, le Cheval échappé, parce qu'elle étoit plus harangère & plus difficile à appaiser que les autres, prit d'une main un chauderon , & de l'autre un morceau de fer , dont elle le frappoit pour alfembler le peuple. Quand elle eut amassé autour d'elle, ce qui s'en trouva dans la poissonnerie, elle passa aves

1661.

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cette suite, dans le marché, où elle fit
la même manæuvre. Dès qu'elle se vit
accompagnée d'une grande partie de
la populace, qui y accouroit de toutes
les rues, elle cria; qui m'aime, me fuive,
& se rendit à la tête de tout ce monde
à la maison de Gruchy. Le peuple en
enfonça la porte , & en jetta les meu-

&
bles
par

les fenêtres. Après cette expédition, cette poissonnière, toujours suivie de son monde, & d'une quantité prodigieuse de peuple qui s'y joignit, fut à la maison d'un nommé Dubuc, Receveur de la Romaine , en criant qu'il falloit jetter ce B..., de gueux de Commis, dans le quai, parce que c'étoit lui qui avoit donné le conseil aux Fermiers, d'augmenter de cinquante sols par tonneau , le droit d'entrée des marchandises. Soutenu de quelques Commis, Dubuc défendit bravement l'entrée de fa maison, pendant le temps nécessaire à la femme, à les amis & domestiques, pour mettre à l'abri ses effets & principaux meubles, qu'on transporta dans une maison de derrière, qui avoit un passage par la rue au Lait. Quand on eut averti Dubuc & ses Commis, que ses effets y étoient passés, il se fauva

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lui-même, avec ses compagnons, par cette maison ; & il en étoit grand temps, car la

porte de la fienne, brisée, tomba en morceaux.

Dans ce moment, arriva le fieur Desmarets , Sergent-major du Fort du Pollet, avec un détachement de seize foldats de la petite garnison ; mais il fut mal reçu par les mutins , & fut forcé de se retirer au plus vîte. La Dame de Montigny eut la générosité de venir , en l'absence de son mari, leur représenter le tort qu'ils se faisoient à eux-mêmes, & les punitions qui s'en suivroient. Cette populace n'entendoit plus raison : elle eut cependant assez d'égards, puisque, fans faire aucune insulte à cette Dame, les séditieux lui crièrent qu'elle n'avoit point d'autre parti à prendre, que de monter promptement à son château.

Les Officiers municipaux, en corps, se présentèrent alors à cette populace, & lui commandèrent de se réparer sur le champ , finon qu'ils se verroient forcés , malgré eux , de les y contraindre par les armes. En

. effet, il arrivoit dans le marché, deux compagnies bourgeoises , auxquelles Les Echevins avoient commandé de

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prendre les armes; mais la populace, sans respect pour ses Magiftrats, & fans crainte de ces deux compagnies sous les armes, n'écoutoit plus que le plaisir barbare de se venger de ceux à qui elle attribuoit sa misère. Les mutins injurièrent leurs Officiers municipaux, en leur reprochant qu'ils n'étoient

que des gueux, qui n'aimoient pas leur devoir, & qui avoient été assez lâches pour n'avoir osé s'opposer aux mangeries qui les avoient épuisés.

Les Echevins virent, avec chagrin, qu'il falloit employer la force pour appaiser cette sédition: ils commanderent aux deux compagnies, de se présenter, en serrant bien leurs rangs, afin de pousser devant elles, cette populace, en épargnant leur fang le plus qu'ils le pourroient.

Ces deux compagnies gagnèrent peu-à-peu du terrain, parce que le peuple ne fuc

pas

assez téméraire pour leur faire face; mais il courut dans la rue des Cordonniers, enfoncer la maison du Receveur des droits sur le poisson: il pilla ses meubles, & enleva quelques sacs d'argent qu'il y trouva. Les deux compagnies bourgeoises avoient bien suivi ces nucins, mais elles ne l'avoient

1661. pu faire que lentement, parce que les

feditieux s'étoient fait comme une arrière-garde , qui se faisoit poussec pas - à - pas, tandis

que

les premiers avoient couru à la maison de ce Receveur du poiffon. Enfin, dès que les deux compagnies y arrivèrent, cette populace, en la plus grande partie, courut à la porte du Pont , où elle pilloit déjà le bureau des droits d'entrée & de sortie, quand les deux compagnies parvinrent sur ce pont. Celui des deux Capitaines qui commandoit, comme plus ancien, ordonna à l'autre d'aller avec la compagnie, chasser les mutins de ce bureau , tandis qu'avec la fienne, il alloit garder le pont, de manière qu'aucun d'eux ne pourroit rentrer dans la ville. Les séditieux n'attendirent pas l'attaque de la feconde compagnie des bourgeois, ils s'enfuirent; & voyant le pont bien gardé, les uns fe fauvèrent dans les maisons du Pollet qui étoient de leur connoifsance, & les autres dans les villages voisins.

Le Capitaine commandant de ces deux compagnies avoit fait prendre ceux qui avoient marqué plus d'effronterie , & qui avoient fait résistance ;

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