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croient que c'eft par prudence: s'ils fuccombent, que c'est par méprise. Ils ne font frappés, dans cette dernière circonftance, que des combinaisons heureufes qu'ils avoient confusément envisagées, & qu'ils ont eu, difent-ils, le malheur de dédaigner. C'eft notre faute! n'étions-nous pas les maîtres de choisir? - Confolezvous: le privilège de la Liberté, ne s'étend pas jusqu'à la Prescience.

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POUR gagner, aux jeux de hasard, tous les coups poffibles, je ne fache d'autre moyen que de s'emparer de toutes les chances: fi le jeu est égal, on n'y fait rien; s'il ne l'eft pas, on paie le furplus. Prenez tous les Billets de l'une de ces Loteries politiques, fi communes en Europe: vous verrez quel fera le profit, en gagnant tous les Lots. Malgré les préambules de certains Edits (1), ce n'eft pas pour amuser le Public, ni pour l'enrichir, que l'on fait jouer les Citoyens.

JE ne fache qu'un homme qui ait joué à ces fortes de jeux, encore plus sûre

(1) Voyez le Chap. XVII. pag. 101.

ment que

l'Etat n'y jouoit contre le Peuple. Cet homme avoit remarqué qu'après le Tirage de la Loterie de Parme, on en délivroit encore des Billets dans une autre Ville, trop éloignée pour que l'on pût y être inftruit à temps, des Numéros fortis la veille. Méprisant les calculs, les formules & les autres pratiques, il convint de quelques fignaux avec ses Affociés. La Loterie étoit culbutée, fi l'on n'avoit pas éventé fon coupable ftratagême; je dis coupable, car il n'eft pas permis d'oppofer la fraude à l'injustice (1).

LE Peuple, prefque tous les joueurs font compris dans cette classe, le Peuple ami du merveilleux, loin de s'informer comment les chofes arrivent, ne fauroit concevoir pourquoi ce qui arrive à d'autres ne lui arriveroit pas auffi: ce qui l'aveugle au point, que l'on ne doit pas craindre qu'il s'éclaire.

JE conçois ce que l'on peut faire de l'efpèce humaine, quand les trois quarts

(1) On m'a dit que la même chose étoit encore arrivée de Naples à Rome.

d'une Nation, fe livrent à des jeux où l'on perd d'avance la moitié de fa mife: plus ou moins, felon la difcrétion des Entrepreneurs.

L'IMPOSTURE la plus groffière promettant du gain, même aux jeux de hasard, peut trouver des Gens affez fots pour payer fes promeffes. Quelques Aventuriers foutenus & produits par les Instigateurs des Loteries, fe font avifés depuis peu de vendre des combinaisons toutes faites, dont ils garantiffent le fuccès en vertu de leurs calculs mystérieux. Ils ne demandent qu'un intérêt modefte, en cas de réuffite; & ils réuffiffent toujours, parce qu'ils débitent tous les Numéros. Les Gens d'efprit fe moquent de l'appât; les autres s'y laiffent prendre : ils se disent, comme cette Bonne-femme, Que fait-on ?

QUAND on confidère ce qui meut & décide les joueurs, on a pitié de leur raison intermittente & falfifiée. Sans égard aux motifs précédens, ils foutiendront que l'art de conjecturer n'est pas une chimère : le plus beau privilège de l'efprit,

que

est, dans les cas douteux, de favoir apprécier les probabilités, parce qu'il eft bien des cas où l'on eft forcé à se déterminer indépendamment de l'évidence. Je réponds, premièrement, qu'il n'eft pas néceffaire de jouer, & qu'il eft plus fimple, lorfqu'on le veut abfolument, de fe réfigner en attendant la décifion, que de fe fatiguer par des fuppofitions gratuites : fecondement, que les règles de probabilité, très-utiles & même néceffaires quand on n'en a pas d'autres, ne font point applicables aux jeux de hasard (1).

LA superstition découle de la pufillanimité: les joueurs, crédules par defir, deviennent fuperftitieux par crainte.

(1) Voyez le Chap. XXVIII, pag. 169 & 170.

CHAPITRE XX X V I. De la fuperftition des Joueurs, en général. POUR favoir ce qui se passe dans l'ame des joueurs, lorsque les inftrumens du jeu font étalés fous leurs yeux parmi des monceaux d'or, il ne fuffit pas de l'avoir vu, il faut l'avoir éprouvé. Le paffé se retrace, l'avenir se révèle à ces imaginations brûlantes & déréglées, qui ne prévoient & ne redoutent, que ce qu'elles fouhaitent ou ce qu'elles craignent. C'est alors, que l'ivoire & le carton femblent s'animer: c'eft alors, que le lieu de la Scène devient pour les Acteurs, un Antre magique fécond en Oracles. Henri IV, prêt à jouer aux Dez avec Henri de Lorraine, n'auroit peut-être pas, dans toute autre circonftance, vu ou plutôt cru voir la table enfanglantée (1).

(1) Henri IV, en 1599, déclara aux Députés du Parlement, qu'il avoit apperçu des gouttes de fang, & qu'elles avoient reparu plufieurs fois, quoiqu'on les eût effuyées à diverses reprises. Ignorant la cause

LES

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