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foit tous ces Parvenus, ont en effet une cour & des flatteurs. Mais attendez : après qu'ils ont mangé le Peuple, on les mange à leur tour. Leur vanité s'en applaudit tant que dure le prestige : c'est-à-dire jusqu'à la Banqueroute, leur écueil ou leur reffource ordinaire.

Ils ont nourri le Vice, ils volent l'Artifan, rien de plus fimple: ne font-ils pas de ceux que la fortune, en fe jouant, ramasse dans la fange pour les y replonger plus avant, après les avoir élevés au fommet de fa roue (1)?

QU'UNE Courtisanne ait des Colonnes, un Portique, & tout l'attirail d'un luxe ridicule: c'est un phénomène qui ne tire pas à conféquence. Que des femmes qui prétendent à nos respects, imitent des Courtifannes; que des hommes d'hier foient mieux logés que nos Princes, & qu'ils reculent fans ceffe les bornes d'une ville déja

(1) . .

Et cur non omnia? cum fint

Quales ex humili, magna ad faftigia rerum
Extollit, quoties voluit fortuna jocari.

Juv. Sat. VIII, v. 140.

vaste : voilà ce qui indignoit les Juvénal & les Tacite.

trop

N'ÉCRIVONS point pour ces gens-là. Ecrivons, pour engager les familles modeftes à perfifter: pour leur faire fentir qu'elles peuvent jouir décemment d'un patrimoine bien acquis, & le transmettre à leurs enfans fous la garde des bons exemples.

ON n'eft avide que pour briller; c'est la manie du fiècle. On veut du monde quoi qu'il en coûte, par conféquent il faut du jeu. Un joueur, quel qu'il foit, en amène un autre ; ainfi de fuite. Voilà comme le Cercle fe forme, s'accroît en peu de temps. Tout va bien, tant que les Acteurs font en état de dorer le Tapis: quand leurs fonds baiffent, on en eft quitte pour leur fermer la porte.

LE charmant commerce ! On ne parle que des jeux & des foupers de nos Amphytrions quelques-uns, cependant, font connus à peine de la plupart de leurs convives qu'ils ne connoiffent pas euxmêmes. Chilon refufoit de s'affeoir aux tables, dont on ne pouvoit pas lui nommer

les Affiftans (1): fi ce Philosophe avoit vécu de nos jours, il auroit mangé chez lui.

UN Prince, chez qui des gens fufpects arrivoient de toutes parts à la faveur du jeu, fetrouvoit à l'étroit & comme étranger dans fon propre palais : quelqu'un lui confeilla d'en bannir les joueurs. La chose faite: -Convenez que c'eft un autre ton. Maintenant on s'aborde, on fe parle, & l'on ne fe demande plus : Quel eft cet homme ?

LES Ancêtres parcimonieux de nos Riches mal-aisés, feroient bien furpris s'ils renaiffoient tout-à-coup, de la vie que ménent leurs Defcendans! Où prenez-vous, leur diroient-ils, de quoi faire ces énormes dépenses ? quoi! tous les jours des fêtes & du jeu? votre maifon, comment la foutenir? vos enfans, comment les élever & que leur laifferez-vous?

A CELA, deux choses à répondre : parmi nos gens du monde, les uns font Célibataires, les autres prennent garde d'avoir des

(1) PLUTARQUE. Banquet des Sept Sages.

enfans; s'il en vient, ils fe font des rentes viagères à mesure que leurs capitaux diminuent. Après eux, le Déluge.

JE suis en état de prouver, disoit Mandeville, que le Commerce languiroit, que l'Etat s'appauvriroit, files Mères s'avifoient d'être chaftes & les Pères économes (1).

CHAPITRE X I.

De la conduite des Maitres & Maîtresses de Maifons, relativement au Jeu.

QUAND le fafte ne fe trahit pas lui-même, on le trahit : les Valets d'un grand Hôtel, viennent de déclarer que dans l'efpace de vingt ans, les profits des cartes étoient montés pour leur vieille Maîtreffe, à plus de cinq-cents-mille livres.

ON va plus vîte maintenant : je pourrois nommer cent maisons brillantes qui ne fubfiftent, du moins en partie, que des profits du jeu. On a foin, en faisant mettre dans

(1) Fable des Abeilles, &c. Tom. I, pag. 292,

la Corbeille, de dire que ce font les profits des Gens: demandez-leur ce qu'il en eft. Les plus difcrets vous répondront, comme dans les Plaideurs :

Il eft vrai qu'à Monfieur j'en rendois quelque chofe.

ON ne s'en cache plus: chez les Millionnaires on fait contribuer pour les cartes fans employer de cartes; on y paie pour les inftrumens de certains jeux, quoiqu'ils ne s'ufent qu'à la longue; on y paie pour les Tableaux & pour les Fiches du Loto. Les plus riches, font argent de tout (1).

POUR fe fouftraire aux rétributions, quelques joueurs des deux fexes ont imaginé de fe raffembler, à frais communs, dans des Tavernes de campagne : de s'y rendre, avec le convoi de tout ce qui peut fervir à ranimer le jeu.

On m'a dit que des femmes opulentes, & dont les maisons voisines fe nuifoient réciproquement, avoient pris en commun un appartement fitué près d'un spectacle.

(1) Quis feret iftas luxuriæ fordes ?

Juy. Sat. I, v. 139.

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