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ECCLESIASTIQUE

Par MR. l'Abbé FLEURY,

Prêtre, Prieur d'Argenteuil, & Con-
feffeur du Roy.

TOME VINGTIME.

Depuis l'an 1339. jufques à l'an 1414.

ENIXA FIDES

A BRUXELLES,

Chez EUGENE HENRY FRICx, Imprimeur de Sa
Majefté, vis-à-vis de l'Eglife de la Madeleine. 1721.

Avec Privilege & Approbations.

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I.

YANT parle dans tout le cours de cetA te Hiftoire de l'origine & du progrès Origine des de la vie religieufe, felon que les occa- Moines religieux fions s'en font prefentées: j'ai crû de- d'Egypte voir raffembler en un difcours mes reflexions fur ce grand fujet, & je l'ai placé au quatorziéme fiecle, où cette fainte inftitution étoit en fa plus grande decadence.

Quiconque connoît l'efprit de l'Evangile ne peut douter que la profeffion religieufe ne foit d'inftitution divine, puifqu'elle confifte effentiellement à pratiquer deux confeils de JESUS- Matth.xix, CHRIST en renonçant au mariage & aux biens 11.21. temporels, & embraffant la continence parfaite & la pauvreté. C'eft ce que nous voïons executé par faint Antoine, faint Pacome & les autres Moi

nes

nes d'Egypte reconnus par l'antiquité pour les plus parfaits de tous ; & qui par confequent doivent fervir de modéles dans tous les fiecles à ceux qui voudront ramener la perfection religieufe.

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Outre les vies particulieres d'un grand nombre de ces Saints, nous avons dans les œuvres de Caffien, fur tout dans fes inftitutions une description exacte de leur maniere de vie, que j'ai rapportée dans l'Hiftoire & qui renferme quatre Hift. liv. principaux articles: la folitude, le travail le XX. 2.3.4. jeûne & la priere. Leur folitude, d'où leur 66. vint le nom de Moines, ne consistoit pas feulement à fe feparer des autres hommes & renoncer à leur focieté mais à s'éloigner des lieux frequentez, & habiter des deferts. Or ces deferts n'étoient pas, comme plufieurs s'imagi

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mais

nent, de vaftes forêts, ou d'autres terres abandonnées que l'on pût défricher & cultiver : c'étoit des lieux non-feulement inhabitez, inhabitables : des plaines immenfes de fables arides des montagnes fteriles des roches & des pierres. Ils s'arrêtoient aux endroits où ils trouvoient de l'eau, & y bâtissoient leurs cellules de rofeaux ou d'autres matieres legeres; & pour y arriver il falloit souvent faire plufieurs journées de chemin dans le defert. Là perfonne ne leur difputoit le terrain; il ne falloit demander à perfonne la permiffion de s'y établir; & ce ne fut que long-tems après, lorf Hift. liv. que les Moines fe furent approchez jufques dans XXVII.2.22. les Villes, que le concile de Calcedoine défendit to. cont. p. de bâtir aucun Monaftere fans le confentement 609. de l'Evêque.

Hift. liv. Le travail des mains étoit regardé comme XIX.25. effentiel à la vie monaftique; & ce fut principalement l'averfion du travail qui fit condamner les heretiques Maffaliens. Les vrais Chrétiens con

fideroient

fideroient que dès l'état d'innocence Dieu avoit Gen 11.15. mis l'homme dans le paradis terreftre pour y 111.19. travailler; & qu'après fon peché il lui donna pour penitence de cultiver la terre, & gagner fon pain à la fueur de fon vifage: que les plus grands Saints de l'ancien Teftament avoient été paftres & laboureurs: enfin que JESUS-CHRIST même avoit paffe la moitié de fa vie mortelle à un mêtier ferieux & penible. Car on ne voit pas que depuis l'âge de douze ans jufques à celui de trente, il ait fait autre chofe que travailler avec faint Jofeph d'où vient qu'on le Mari. vi. z. nommoit non-feulement fils de charpentier, mais charpentier lui-même. Ainfi il nous a montré par fon exemple, que la vocation generale de tout le genre humain eft de travailler en filence, à moins que Dieu ne nous appelle. à quelque fonction publique pour le fervice du prochain.

2. Theff. 11.

Le travail de ces premiers Moines tendoit principalement à deux fins, d'éviter l'oifiveté & l'ennui infeparable de la folitude; & de gagner de quoi vivre fans être à charge à perfonne. Car ils prenoient à la lettre cette parole de faint Paul Si quelqu'un ne veut point travailler, qu'il ne mange point non plus. Ils n'y cher- 10. choient ni glofe ni explication. Mais ils choififfoient des travaux faciles & compatibles avec la tranquillité d'efprit, comme de faire des nattes & des corbeilles, qui étoient les ouvrages des Moines Egyptiens. Les Syriens felon faint Hift. liv, Ephrem, faifoient auffi de la corde, du papier xvII. n. 3. ou de la toile. Quelques-uns même ne dédai- Ephr.paran. gnoient pas de tourner la meule comme les 47. plus miferables efclaves. Ceux qui avoient quelques pieces de terre les cultivoient eux-mêmes: mais ils aimoient mieux les mêtiers, que les biens en fonds qui demandent des foins pour les

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