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NEWTON avoir toute sa gloire au terme de la moitié de son âge, il employa l'autre moitié à servir fa patrie ; des emplois importans l'éloignerent des sciences :: nous avons pu le placer tout entier à l'époque où nous sommes. Il pasfa le reste de la vie à recueillir le fruit de les travaux, à jouir d'une estime & d'une admiration qui furent universelles. On le combla de biens & d'honneurs, qui ne valent pas cette estime & cerce

. admiration, & qui honorent moins.encore l'homme qui les reçoit que la nation qui les donne. L'éloge des Anglois le trouve nécessairement lié à celui de Newton : cette nation a également le difcernement du mérite & la constance de l'ada miration; chez elle le génie a un rang & devient l'objet d'un hommage durable. Newton, peut-être le génie le plus rare de toutes les nations & de tous les liecles, excita un enthousiasme général; sa philosophie éroie celle de l'Angleterre , tous les grands hommes étoient les disciples. Le peuple des façans, plus libre encore chez un peuple libre, l'avoit choifi pour chef ou pour dictateur , & la nation lui rendoic une efpece de culte, Ce grand homme montra encore la supériorité en conservant sa modestie, elle ne l'abandonna jamais ; sa raison ne fut point troublée

par le concert de tant de suffrages illustres, il posséda toujours son ame; il fut toujours aussi grand par elle que par ses talens : après avoir long-tems joui de ce que les hommes ont de plus cher, la vertu & la gloire, il s'endormit à quatreving-cinq ans dans la paix" qu'il avoit cherchée, & dans cet âge avancé, qui semble être la récompense de la vertu & la suite du calme de la vie.

On exposa, comme les Rois, aux regards publics le grand homme qui n'étoit plus, & qui devoit à jamais honorer la Tome II.

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patrie. Le grand Chancelier & cinq autres Pairs d'Angleterre porterent le poële du cercueil. Ces honneurs, accordés par la justice, devroient être du moins répétés par la politique ; quand on honore un grand homme par ces funérailles, il peut

, renaître de ses cendres : tout un peuple se rend attentif à sa gloire ; il est enflammé par la récompense , & il demande qu'on lui ouvre la voie où il peut l'obtenir. Newton étoit digne d'un enthousiasme. si jaste & d'honneurs si rares. Peutêtre le hasard l'a-t-il ausst-bien servi

que la nature, en le plaçant dans des circonstances de tems où les connoissances. amassées étoient en proportion avec son génie; il est poslīble. que ces circonstances heureuses ayent permis à son génie de fe déployer & de se montrer entier ; mais dans aucun genre, aucun homme n'a eu une supériorité plus grande ! 'Si, comme Platon: l'a pensé, il existoit dans la nature une échelle d'êtres &c. de substances, intelligentes jusqu'à l'Être suprême, l'espece humaine défendant ses droits, auroit une foule de grands hommes à présenter; mais Newton, suivi de les vérités pures, montreroit le plus haut degré de force de l'esprit humain, & luffiroit seul pour lui afligner sa vraie place.

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Recherches, Observacions relatives aux planetes , & Progrès de

l’Astronomie depuis les découvertes de Newton , ou depuis 1687 jusqu'en 173o.

S. P R E MI E R Le livre des Principes mathématiques de la philosophie naturelle écoit destiné à faire une révolution dans l'astronomie, mais cette révoluţion ne se fit pas tout-à-coup. La ,

à lumiere céleste n'est pas instantanée, les lumieres de l'esprit, qui se distribuent avec inégalité, qui trouvent des obstacles , ont besoin d'un tems pour les vaincre & pour se répandre, Nevcon étoit dans une sphere si haute , que peu

d'hommes pouvoient l'entendre; il a fallu l'étudier lui-même, comme il avoir étudié la nature devinée par son génie. Il a fallu que

a

quelques disciples soient montés près de lui pour prendre ses enseignemens, pour développer ses principes & ses démonstrations. Certaines vérités ont besoin d'être répétées ; les connoissances descendent, ou plutôt les espries' s'élevent : il est pour eux une espece de niveau , comme pour les eaux ; mais ce niveau de connoissances ne s'établit qu'avec une lenteur extrême. Depuis un siecle l'astronomie avoit fait de grands progrès par les travaux de Tycho, de Kepler, de Galilée, de Bouillaud, d'Hévélius & de D. Cassini. "Les caufes du mouvement, le mécanisme de l'univers étoient restés long-tems inconnus; Newton parut, ; il fit un pas de géant , & tout-à

coup la connoissance des causes fut, plus avancée que celle des faits. Il falloit donc multiplier les observations & amasser des faits : il falloit fe mettre en état de conftruire des Tables des mouvemens célestes, qui fussent aussi exactes que les déterminations de Newton; car si fon syftême est la nature, on ne doit le comparer qu'à une nature bien connue. Les Tables Rudolphines de Kepler vieillissoient, elles s'écartoient du ciel (u); le tems montroit leurs défauts , & la précision des nouveaux instrumens permettoit d'examiner le ciel de plus près. Les Tables Carolines de Street , construites avant l'invention de ces instrumens, ne pouvoient avoir ni plus d'exactitude, ni plus de durée ; il falloit donc s'occuper d'une réforme devenue nécessaire. Ce fut l'objet des travaux de Flamsteed & de Halley en Angleterre , & en France de D. Callini, aidé de Jacques Callini son fils, de Maraldi son neveu , & de la Hire , qui marchoient sur ses pas , enflammés par fon exemple , & guidés par ses instructions.

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(Mém. Acad. Scica. Tom. X, p. 142,

S. II.

LA HIRE & Maraldi examinerent les mouvemens de Jupiter; la Hire trouva que le lieu de l'aphélie dans les Tables Rudolphines n'étoit pas assez avancé (a); Maraldi reconnut que les Tables de Bouillaud avoient besoin d'une correction semblable. La longitude des aphélies est comptée du point de l'équinoxe du printems ; & puisque l'équinoxe rétrograde , il faut bien que ces aphélies paroissent avancer. Mais leur progression ne doit pas furpasser cette rétrogradation , & comme elle étoit plus grande , il s'ensuit qu'ils avoient un mouvement propre, par lequel ils s'avançoiene lentement le long de l'écliptique. Les næuds de l'orbire de Jupiter fur cet écliptique doivent , en conséquence de la rétrogradation des équinoxes , paroître s'avancer comme les aphélies. Maraldi compara la position des næuds, déduite d'une observation chaldéenne faire trois siecles avant notre ère, à la position moderne de ces mêmes næuds; en 1934 ans ils devoient avoir avancé de vingt-sept degrés , ils n'avoient avancé réellement que de douze degrés & demi; ils avoient donc rétrogradé de quatorze degrés & demi par un mouvement qui leur étoit propre (6). Maraldi se contenta de donner ces résultats , & ne se presla pas d'en tirer des conclufions. La Hire soupçonnoit que ces næuds pouvoient avoir un balancement semblable à celui qui avoit été observé dans les noeuds de la lune (c). Le mouvement progressif de l'aphélie

(a) Elles annoncerent un passage de Mercure sur le Soleil pour le 6 Mai 1674. Ce paffage n'eut point lieu, il arriva peut-être la vuit, lbid. Tom. I, p. 119.

(b) Mém. Acad Scien. 1706, p. 61.
(0) loid. p. 485
Le méme la Hire compara ca 1691 la

position des neuds de Vénus , à leur posuion
déterminée par Horrox en 1639. Ces noudo
n'avoient pas avancé de 41', comme ils
lauroient dû faire, selon les Tables Rudol.
phines, ils avoient plutôt rétrogradé de 3 à 4.

3 Mém. Acad. des Scien. Tom. X,

p. 145). Comme cette quantité n'étoit pas décifiye, ,

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