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au gré de la force & des conjonctures,
il y en a deux qu'on distingue tou-
jour à un caractere plus puissant &
plus universel que tous les autres; ce
font les droits du sang & ceux des
traités ; c'est qu'ils appartiennent au
droit naturel. La Maison d'Orléans
les réunissoit; aussi François I à fon
avenement au Trône, ne balança-
t-il point à prendre avec le titre de
Roi de France celui de Duc de Mi-
lan.

GÊ NES.

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François I avoit aussi sur l'Etat de Gênes des droits qu'il ne prétendoit point négliger. Les Génois étoient depuis long-tems le peuple de l'Europe le plus malheureux par son inconstance & par ses divisions ; les Nobles étoient tyrans, les Bourgeois séditieux; les principales familles se

disputoient le Gouvernement, & déUbert. Fo- chiroient à l'envi le sein de la Répu

blique sous prétexte d'assurer fali-
berté : d'un côté les Spinola & les
Doria ; de l'autre, les Fiesque & les
Grimaldi , toujours rivaux, toujours

ljettæ hiftor. Genuens,

armés, étoient tour à tour persécutés, opprimés, chassés les uns par les autres; le parti vaincu appelloit des vengeurs & des tyrans étrangers; l'autorité toujours usurpée passoit au plus puissant , au plus heureux : toutes les factions politiques & religieuses se nourrissoient de ces haines intestines ; toutes les formes de Gouvernement étoient essayées : on en compte près de douze différentes, successivement établies dans un espace d'environ trente ans. Quelquefois le peuple reprenoit par des coups violens une partie de la liberté pour la reperdre avec plus d'horreur ; il, Ubert. Fo

lietcæ hiftor, contenoit un moment les Nobles, il Genuens. se faisoit gouverner par des Magiftrats Plébéiens, que bien-tôt leur foiblesse ou leurs diffentions replongeoient dans l'esclavage des Nobles. Les Boccanegres, les Adornes, & les Frégoses, ne furent pas plus unis entre eux que les Spinola & les Doria ne l'avoient été avec les Fiesque & les Grimaldi. Une alternative funeste d’Aristocratie & de Démocratie, une impuissance malheureuse de

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souffrir & le joug & la liberté, accu-
muloient sur les Génois tous les maux
de la tyrannie & de l'anarchie; enfin
après avoir pris pour Maîtres tous
leurs principaux Citoyens, & plu-
fieurs Souverains de l'Europe, ils
s'étoient donnés à Charles VI. Le
premier traité des Génois avec la
France est de 1392; il n'étoit que
l'ouvrage des Nobles qui cher-
choient de l'appui contre le Peuple,
& le Peuple s'en vengea par des ra-
yages; mais en 1396, tous les Or-
dres de l'Etat réunis conférerent à
Charles VI & à ses Succefleurs, l'au-
torité souveraine & lui prêterent ser-
ment de fidélité. Antoine Adorne ,
alors Duc ou Doge populaire de Gê-
nes, en fur fait Gouverneur pour le
Roi. Ony envoya quelque tems après
le Maréchal de Boucicaut. Celui-ci
en arrivant à Gênes, y trouva par-
tout des traces effrayantes de l’A-
nar hie qui l'avoit désolée. Tout
y présentoit* l'image de la destruc-
tion ; des Nobles humiliés & bannis,
une populace insolente, livrée aux
plus grands excès ; des voleurs & des

assallins impunis qui remplissoient la Ville de meurtres & d'incendies; des Marchands effrayés qui se resserroient dans l'intérieur de leurs maisons ; le commerce anéanti ; toutes les boutiques, toutes les banques , tous les bureaux fermés ; des Bourgeois puissans qui se faisoient la guerre de rue en rue ; des tours élevées dans tous les palais ; des Citoyens assiégés par d'autres Citoyens; des factions mal étouffées, & toujours prêtes à se ranimer , &c. La vigilance & la fermeté du Maréchal arrêterent tous ces désordres ; il se fit apporter les armes , il défendit les assemblées, il fit trancher la tête aux plus factieux, il punit avec plus de rigueur ceux qui avoient commis de plus grands crimes ; des Compagnies exactement entretenues firent la garde dans toutes les Places ; deux châteaux élevés, l'un à l'entrée du Port , l'autre dans la Ville , continrent les habitans ; les Génois se firent pendant douze ans l'effort d'etre heureux & tranquilles; mais en 1405. ils se jettent sur les François & les mallacrent ; le Marés

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chal de Boucicaut échappe à peine à leur fureur. Ils appellent le Marquis de Montferrat & le chassent peu de tems après. Ils se jettent entre les bras du Duc de Milan, qu'une sédi

lietræ hiftor. Genuens.

tion chasse à son tour en 1436. Les Uberti Fc-Génois se replongent dans l'Anar

chie. En 1444 ils parurent vouloir revenir à la France, mais ce n'étoit qu'un artifice de Jean Frézofe, qui voulant enlever la Seigneurie à Barnabé Adorne, se servit de l'argent & des armes des François & leur manqua de parole. La discorde continue ses désordres dans Gênes. Enfin en 1458, ces Peuples éclairés par leurs malheurs, tombent sincerement aux pieds de Charles VII, lui demandent pardon de l'infraction des traités précédens , le conjurent d'être leur Maître, & de leur ramener les jours heureux dont ils avoient joui sous le Gouvernement du Maréchal de Boucicaut; le Roi leur

pardonne , & nomme pour leur Gouverneur Jean d'Anjou, Duc de Calabre & de Lorraine. C'étoit le tems des plus brillans succès de ce jeune

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