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tre de la guerre? La neutralité étoit
impossible , le repos & la liberté al-
loient fuir pour jamais de l'Italie; l'é-
tablissement des François dans le Du-
ché de Milan étoit le signal d'une
discorde éternelle. Il falloit donc se
réunir avec Maximilien Sforce contre
cette Puissance étrangere.

Mais cet intérêt général se modi-
fioit suivant les vûes particulieres de
chaque Etat.

Les dangers qu'on vient de dé-
crire , sembloient menacer principa-
lement le Pape &. les Florentins,
dont les Etats étoient situés entre le
Duché de Milan & le Royaume de
Naples; mais ces dangers étoient
éloignés, incertains, partagés avec
d'autres Puissances. Des intérêts par-
ticuliers les occupoient, intérêts pré-
sens & trop forts pour leur laifler
beaucoup d'attention sur le reste; il
s'agissoit des deux plus grands objets
politiques, la liberté & l'autorité.
FLORENCE ET ROME.

La puissance des Médicis, née du
commerce & de l'opulence , s'ac-

croisloit

par

la sagesse , par la prudence, par l'amour des Arts, par toutes les ressources d'un luxe éclairé, bienfaisant , digne des plus grands Rois ; ils ne donnoient à leur Patrie que des fers dorés qu'elle n'appercevoit pas, & qu'elle forgeoir quelquefois elle-même par l'hommage qu'elle rendoit aux vertus des Médicis. L'illustre Côme fut honoré du titre de Pere & autres au

Guicciard. de la Patrie. Laurent & Julien ses pe- ceurs. tits-fils, gouvernerent leur République en Citoyens, mais en Maîtres. La conjuration des Pazzy, qui fit périr Julien, rendit Laurent (1) fon frere plus cher aux Florentins par le danger qu'il avoit couru; ses ennemis en voulant le perdre , ne firent qu'augmenter son pouvoir, il marcha sur les traces de Côme son ayeul, & fit comme lui les délices de fa République. Pierre son fils, moins habile & moins heureux, fit trop sentir le joug aux Florentins qui le secouerent avec indignation; les pas témé

(1) Ce Laurent de Médicis fuc surnommé le Peres des Muses.

faires qu'il fit vers la Souveraineté, le rendirent odieux. Florence s'apperçut qu'elle n'étoit plus libre & voulut le redevenir, elle se fouleva & challa Médicis qui ne put se rétablir.

Le Cardinal Jean de Médicis (1), ; à force d'adresse & de courage, ramena sa Maison triomphante dans Florence, elle reparut à la tête du Gouvernement avec une autorité accrue par la persécution. Le Cardinal parvint au Pontificat à l'âge de 36 ans; il prit le nom de Léon X. C'est ce Pape à jamais célebre par la protection magnifique qu'il accorda aux Arts, par les talens de toute espece qu'il fit éclore en Italie. Une heureuse émulation les

porta

bientôt dans les Etats voisins, & Léon X fut le bienfaiteur de l'Europe. C'é toit ce grand Prince qui occupoit le Saint Siege , lorsque François I parvint à la Couronne. Le jeune Lautent de Médicis fon neveu , étoit, fous la direction, véritable Souve

(1) Oncle de Pierre.

tain de la Toscarie, fans en avoir le
titre. Les Florentins n'osant plus son-
ger à détruire cette autorité, s'occu-
poient à la borner , les Médicis tra-
vailloient à l'étendre, & il étoit na-
turel de penser que ceux-ci seroient,
portés à embrasser les intérêts du
Prince, qui seconderoit le plus utile-
ment leurs vûes.

Jules II avoit tiré parti de ses
guerres contre la France; il avoit dé-
taché du Milanès Parme & Plaisance
qu'il s'étoit appropriées, il avoiç
humilié ou dépouillé la plậpart des
Feudataires du Saint Siege; il avoit
chaffé de Bologne les Bentivoglio
qui , depuis plus d'un siécle, s'en
étoient rendus les maîtres ; il avoit
enlevé au Duc de Ferrare , Modene,
& Regge , &c. Tous ces petits Sou-
verains étoient sous la protection de
la France. On juge bien que Léon X
ne leur avoit point rendu ce que Ju-
les II leur avoit enlevé. François I
voulant faire la conquête du Mila-
nès avoit à choisir entre deux partis;
l’un peut-être plus utile, étoit de s'as-
surer l'amitié du Pape, en lui laissant

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Parme & Plaisance, & en abandonnapt les Feudataires ; l'autre certainement plus honnête, étoit d'avoir te Pape pour ennemi, en revendiquant ces deux Places & en soutenant contre lui les Princes d'Italie.

VENISE. Les Vénitiens avoient trois grands objets qu'ils ne perdoient jamais de vûe: l'aggrandiflement de leurs Etats de terre - ferme, l'intérêt de leur commerce, & la balance de l'Italie. Un même principe réunissoit ces trois objets & les faisoit marcher de front. Ces peuples enrichis par un commerce, qui embrassant l'Océan & la Méditerranée, s'étendoit depuis les ports de l'Angleterre jusqu'à ceux de la Mer Noire & del’Egypte,sentoient que pour n'en étre jamais privés, il falloit qu'ils dominassent seuls sur la Mer Adriatique ; il falloit donc empêcher les diverses Puissances d'Italie, celles sur-tout qui avoient des ports sur cette ener, de s'accroître & de devenir formidables; il falloit donc les tenir dans un juste équili

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