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devant Rhodes, & à

envoyer

und nouvelle armée en Italie. Bajazet II attaqua Rhodes avec aussi peu de succès. Selim I son fils ayant conquis la Palestine, les Turcs devinrent encore plus ennemis des Chevaliers de Rhodes, qui prétendoient n'avoir point abandonné le projet de délivrer Jérusalem & les lieux Saints. L'Ordre de Saint Jean réunillant des Chrétiens de presque tous les Etats de l'Europe, formoit une espece de Croisade perpétuelle contre les Infideles. Cette énorme Puillance Mahométane qui avoit englouti tant d'autres Puissances, sentoit que la Chrétienté ne subiroit jamais son joug, tant que la barriere qu'opposoient les Chevaliers de Rhodes ne feroient point renversée; Selim se disposoit donc aussi à faire le siége de Rhodes vers le tems de l'avénement de François I.

Après les Chevaliers de Rhodes, l'Allemagne dans sa partie orientale, & l'Italie dans toutes ses parties , étoient les Puissances de l'Europe le plus essentiellement ennemies des INTRODUCTION. 173 Turcs , & les plus exposées à leurs incurfions.

La France n'avoit pour s'armer contre les Turcs , que l'intérêt commun de la Religion, qui pouvoit cé der aux intérêts particuliers de la politique; les Turcs pouvoient faire d’utiles diversions contre le Roi d'Erpagne, dans le Royaume de Naples, & contre l'Empereur en Allemagne; mais une telle alliance eût paru infâme & monstrueuse. On n'avoit point encore assez compris que

dans les alliances d'Etat à Etat , c'est la seule conformité d'intérêts qu'on doit consulter. Il faut avouer cependant que s'il n'y avoit qu'une indécence apparente , il y avoit un danger réel à attirer les armes des Infideles dans des Etats chrétiens.

RECAPITULATION.

En résumant tous ces objets politiques, & en embrassant le tableau général de l'Europe dans l'Etat où il se présente à la mort de Louis XII, on trouve que le nouveau Roi, dans ses projets de conquête sur l'Italie ,

devoit être traversé par l’Empereur, par le Roi d'Espagne, par les Sforces, par les Suisses , & fecondé par les Vénitiens & par le Duc de Savoye.

On ne sçavoit encore quel parti prendroient les Génois, les Médicis, le Roi d'Angleterre , l’Archiduc Charles.

La France , outre ses Alliés, avoit un certain nombre de protégés foibles ou malheureux, mais qui pouvoient la servir utilement dans l'occurrence, moyennant les secours qu'elle leur fourniroit; tels étoient en Italie les Feudataires du S. Siége; du côté de l'Espagne , le Roi de Navarre & le Roi de Portugal; entre l'Allemagne & les Pays-Bas, le Duc de Gueldres; dans les Illes Britanniques, le Régent d'Ecoffe.

La France pouvoit encore être fecondée par les Turcs , fi elle osoit accepter leurs dangereux secours.

On n'avoit presque rien à espérer ni à craindre des autres Puissances,

INTRODUCTIO No

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CHAPITRE I V.

Constitution & resources intérieures

de la France. Après avoir vu, les facilités & les obstacles

que la France devoit trouver au dehors à l'exécution de ses projets, il reste à examiner ses reffources intérieures , & les moyens qu'elle tiroit de sa constitution même pour combattre ses ennemis & pour secourir les Alliés.

La France ne possédoit alors du côté du nord, ni la Flandre ni l’Artois ; elle n'avoit au levant, ni la Lorraine, ni la Franche-Comté, ni l’Alface ; le Roussillon & la Cerdagne avoient été rendus à Ferdinand le catholique, par Charles VIII. Avec des ports sur l'Océan & sur la Méditerranée, l'Etat n'avoit point de marine (1); malgré des guerres conti

lu) Quand on avoit quelques transports de tronpes a faire par mer , ce qui étoit assez rare, ou quelque expédition maritime à center , ce qui étoit en.

nuelles, il n'avoit point d'Infanterie nationale ; les arts, ornemens de la paix, ne fleurissoient point encore dans la France , le commerce ne l'enrichiffoit point, les manufactures n'y attiroient pas les Etrangers & leur argent; on croiroit d'abord qu’une telle nation ne devoit avoir d'éclat ni dans la paix, ni dans la guerre ; cependant, comparée aux autres nations de l'Europe, la France en étoit le modele ; comparée à elle-même , elle voyoit luire ses plus beaux jours; elle n'étoit plus ni tyrannisée par des ennemis étrangers, comme sous les premiers Valois, ni déchirée par des ennemis domestiques, comme sous Louis XI & fous Charles VIII. La Bourgogne ni la Bretagne n'étoient plus le siége des deux Puissances ennemies, elles faisoient alors partie de ce même Royaume, qu'elles avoient core plus rare , le Gouvernement louoit des vaisseaux Marchands qu'il armoit en guerre, comme il pouvoit. Au commencement du regne de François I, Claude da Seyssel, Maître des Requeres , donna le premier conseil d'établir en France une Marine continuellement entretenue; cet avis eut le sort de la plậpart des propositions nouvelles , il fut rejette.

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