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Cant troublé autrefois. Toutes les anciennes playes étoient fermées ; la douceur du Gouvernement de Louis XII, avoit fait de l'état un corps robuste & bien constitué; elle procuroit au Royaume une population plus abondante, que n'eût pû faire le commerce avec tous les arts qu'il traîne à la suite ; l'avantage d'être gouvernés par de douces & sages maximes, de vivre dans une terre heureuse, sous une administration

paternelle , de ne porter que des charges legeres , & toujours employées au bien public, ce bonheurgoûté par les François, apperçu par leurs voisins, envié par leurs ennemis , ouvroit le sein de la France à une multitude d'Habitans. Sous Louis XI, la terreur avoit été le ressort des François, elle le fut encore depuis sous Louis XIII. Le respect l'a été de nos jours fous Louis XIV. Sous François Ī, ce fut l'honneur; sous Louis XII, c'étoit l'amour. Le Peuple même aimoit l'Etat & eftimoit le Ministere ; les Grands étoient soumis, sans que la main terrible d'un Richelieu eût écra

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INTRODUCTION.

pucino sé des têtes rebelles ; un attrait doux & puissant les atrachoit à la Cour & à leur devoir ; ils adoroient leur Prince, ils trouvoient du plaisir à lui sacrifier leur fortune , à verser leur sang pour lui. Le caractère chevaleresque de Louis XII, avoit contribué, autant que ses vertus, à exciter parmi les Nobles cet enthousiasme de tendresa fe. On l'avoit vu dans la jeunesse, malheureux & opprimé, chercher un asyle à la Cour de Bretagne, devenir l'amant & le défenseur d'une Princesse malheureuse & opprimée commelui, la disputer à ses rivaux par des services galamment héroïques, combattre pour elle, subir la captivité, pousser enfin l'héroisme de l'amour, jusqu'à déterminer lui-même cette Princesse à renoncer à lui; ce caractère de Gentilhomme & de Chevalier , sublime dans ses vertus , aimable dans ses fautes & ses foiblesses, ne l'avoit point quitté sur le Trône, & on le voyoit renaître avec plus d'éclat encore dans son Successeur. Ausli l'esprit de Chevalerie n'avoit jamais tant animé la Noblesse françoise, n'a

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voit jamais inspiré une valeur si romanesque , ni produit tant d'actions généreuses , que fous Louis XII & fous François I.

La France venoit pour la premiere fois de voir réunis contr'elle le Pape & presque toute l'Italie, l’Empereur, les Suisses , le Roi d'Espagne, le Roi d'Angleterre, cependant à peine avoit-elle été entamée ; & lorsqu'elle eut détaché le Roi d'Angleterre de cette ligue, non-seulement elle s'étoit sentie assez forte pour résister à tous les autres ennemis, mais encore elle avoit cru pouvoir reprendre les anciens & juftes projets de conquête sur l'Italie; tant de force étoit l'effet de la réunion des Grands , du zéle de la Noblesse & de l'obéissance des Peuples. Les ennemis de la France n'avoient eu autrefois de grands succès contr'elle , que par ses divisions.

PRINCES DU SANG.
Les Princes du Sang , si facieux,
fi turbulens, fi funestes à l'Etat fous
Charles VI, se souvenoient, sous
Louis XII, qu'ils étoient les soutiens

naturels dn Trône. Réunis fous un Maître digne de leur commander ; ils ne haïssoient que les ennemis de l'Etat , & ne connoisloient d'autre gloire , que celle de le fervir,

MAISON D'ALENÇON. Le premier parmi eux, étoit Charles, Duc d'Alençon, qui descendoit de Philippe le Hardy par (1) Charles, Comte d'Alençon & du Perche, fils puîné de Charles de Valois. En 1414, Charles VI érigea le Comté d'Alençon en Duché - Pairie

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(1) Mezerai , dans la grande Histoire dic , que la branche d'Alençon commença vers l'an 1325, par un Prince de même nom, fils puiné de Philippe III, dit le Hardi. Cette expression très - impropre feroic penser que Philippe le Hardi, outre les trois fils connus, Philippe le Bel, Charles de Valois, & le Comte d'Evreux, eut encore un autre fils , tige de la branche d'Alençon, ce qui est faux. Ce prétendu fils puiné de Philippe le Hardi, du nom d'Alenfon, n'est autre que Charles de Valois , qui n'a jam mais porté le nom d'Alençon. Il est vrai qu'en 1294 Philippe le Belfon frere lui donna en augmentation d'appanage les Comtés d'Alençon & du Peiche; mais il conserva toujours le nom de Valois , son premier & principal appanage : ce nom passa à Philippe son fils aîné, depuis Roi de France, & le nom d'Alençon à Charles frere puîné de Philippe, & tige de la branche d'Alençon.

en faveur de Jean d'Alençon, bisaïeul de celui dont nous parlons.

Le Duc d'Alençon restoit seul de sa branche. Ce Prince, dont la figure & le mérite répondoient assez mal à la dignité de son rang , fut pourvu par François I, du Gouvernement de Normandie ; il épousa Marguerite d'Angoulême, Princesse d'une beauté rare, d'un esprit élevé, délicat, digne sæur de François I, par son goût pour les arts, qu'elle aima toujours autant qu'elle méprisoit son mari,(1)

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MAISON DE BOURBON,

Les Bourbons s'approchoient alors du Trône qu'ils devoient remplir un jour avec tant de gloire. On sait qu'ils descendoient de S. Louis , par Robert , Comte de Clermont en Beauvoisis, fon fixieme fils, qui avoit

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(1) Elle épousa en secondes nôces Henri d'Ala bret Roi de Navarre. C'est cette célebre Reine de Navarre Marguerite , dont on a des Comédies & d'autres Ouvrages fous ce titre digne du goût du tems ; Marguerite de la Marguerite des Princesses, & des Contes dans le goût de Bocace , fi connus sous le titre de Nouvelles de la Reine de Navarrse

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