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vinrent du mariage de l'Archiduc
avec Madame Renée, belle-feur du ISIS.
Roi, qui devoit avoir en dot six cens
mille écus & le Duché de Berry,
en renonçant à toutes successions.

Les deux articles importans du
Traité, étoient pour l'Archiduc , la
succession future d'Espagne; pour

le Roi, la restitution de la Navarre à Jean d'Albret, son Allié.

Charles craignoit que Ferdinand ne voulât faire passer la Couronne d'Espagne à l'autre Archiduc, son petit-fils , nommé Ferdinand comme lui , & plus cher que Charles aux Efpagnols, chez lesquels il étoit élevé; mais Charles ne voulant point trop montrer ses inquiétudes à cet égard, l'article fut tourné de la maniere la plus clairement obscure , dont on put s'aviser; les deux Princes promirent de s'entr’aider dans leurs justes projets de conquête , dont ils se feroient

part l'un à l'autre.

Quant à la Navarre, ils convinrent

Princes citene Aristore, pour prouver qu'ils ono
raison de traiter ensemble,

d'envoyer une Ambassade commune 151 5. au Roi d'Espagne , pour l'engager à

rendre justice au Roi de Navarre ; on eut pour le Roi d'Espagne le foible égard de lui donner un an pour se déterminer.

Il paroît que ce Traité fut accordé

part & d'autre (1) aux conjonctures, sans aucune intention réciproque de l'exécuter , le Roi ne vouloit point donner sa belle-feur à un Prince ausli puissant, que l'Archiduc devoit l'être un jour;à un Prince, qui, au moyen de ce mariage, pût lui difputer la Bretagne ; il ne vouloit pas plus donner le Berry à la Princesse

de

(1) On prétend qu'un article secret de ce Traité, fut que le Comte de Nassau épouseroit Claude de Chalon, foeur de Philibert Prince d'Orange, qui étoit élevée auprès de la Reine de France. Ce mariage, seul article du traité qui ait eu son exécucion, fit passer la Principauté d'Orange & tous les biens de la Maison de Chalon dans celle de Nassau, le Prince Philibert étant more en 1530 sans enfans ; il seroit remarquable que l'Archiduc eûc pris aflex d'intérêt au mariage du Comte de Nassau pour vouloir qu'on en fît un article secret du traité , comme s'il eût été poussé par une espece de fatalité à procurer l'élévation de cette Maison de Nassau, qui devoit un jour faire perdre à la sienne une partie des Pays-Bas.

Renée. L'Archiduc de son côté n'avoit aucune intention de restituer la 1515. Navarre , quand il seroit Roi d'Efpagne.

Au reste, ce Traité si peu sincere de part & d'autre, produilit aux deux Souverains le fruit qu'ils en attendoient; d'un côté, les Pays-Bas furent paisibles; de l'autre , Archiduc ne prit aucune part à la querelle du Milanès.

Les Vénitiens pressoient le Roi de Guicciard ; renouveller avec eux la ligue qu'ils liv. 12. avoient faite avec Louis XII. Îl les Belcar. liv. fit attendre quelque tems , parce qu'il traitoit d'une trève ou d'une paix du Bellay, avec le Roi d'Espagne & avec l'Em- liv. 1. pereur.

Le Roi d'Espagne consentoit à la trève; mais pénétrant les desseins de François, il exigeoit de la part une renonciation à la conquête du Milanès; Ferdinand l'eût faite sans balancer, pour empêcher son ennemi d'agir, & l'eût violée au premier moment favorable. François , plus fier & plus franc, ne voulut point se lier aink les mains; Ferdinand examina

IS.n. 3:

Mém. de

encore s'il n'accepteroit point la très 1515. ve, sans exiger cette renonciation;

mais considérant que ses fréquentes défections avoient déja irrité contre }ui le Roi d'Angleterre , & pourroient encore déterminer le Pape & les Suisses à l'abandonner au besoin, il declara qu'il ne trahiroit point la cause du Milanès, & que si ce Pays étoit attaqué, il le défendroit.

Maximilien, que Ferdinand gouvernoit, prit auffi par foiblesse ce parti courageux, & les François s'unirent plus étroitement que jamais avec les Vénitiens; ils jurerent encore de ne poser les armes, qu'après qu'ils auroient recouvré de part & d'autre tout ce qu'ils avoient perdu en Italie.

Ce Traité ne fut point public, & quoique François eût refusé au Roi d'Espagne de sacrifier ses droits sur les Milanés , rien n'annonçoit encore qu'il dût les faire valoir fi-tôt ; il continuoit toujours ses armemens avec une vivacité sourde , qui n'étoit prefque pas apperçue de ses voisins, & qu'il tâchoit de leur dérober.

Il falloit d'abord que l’Europe, s'il étoit poslible , ignorât ces prépara- 1575: tifs; mais comme on devoit peu se Aatter de les lui cacher long-tems, il falloit du moins qu'elle se méprît sur l'objet. Pour l'amener à cette erreur, on sçut profiter habilement des conjonctures ; les Suisses menaçoient la Bourgogne, parce que le Traité humiliant, conclu par la Tremoille , pour sauver cette Province, après la défaite de Novare, n'avoit point été ratifié par Louis XII. François I, sans le ratifier davantage, affecta les vûes les plus pacifiques, & nomma le Seigneur de Jamets, fils de Robert de la Mark ( 1 ) pour Ambassadeur auprès des treize Cantons; les Suisses animés par le Cardinal de Sion , refuserent des passeports , & déclarerent que si le Traité de Dijon n'étoit pleinement exécuté, ils alloient entrer en armes dans la Bourgogne. C'étoit précisément cette déclaration Franc.Garmi que François I demandoit ; il fut le ciard, 1. 12, premier à la publier, il se plaignit hau

1) Seigneur de Sedan.

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