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bien résolu de n'en rien faire ; il ne
cherchoit qu'à éluder cette restitu- 1515.
tion, mais les prétextes lui manquant,
il fut obligé de confirmer sa pro-
meffe ; il se borna donc à demander
le remboursement de quelques dé-
penses qu'il prétendoit avoir faites,
& d'une somme de quarante mille
écus qu'il avoit , disoit-il, donnée à
l'Empereur pour être mis en poslef-
fion de Modène. Le Roi, fans exa-
miner si cette demande étoit fondée
ou non, ne la contesta point , il se
contenta de la promesse renouvellée
par le Pape de remettre ces deux Pla-
ces au Duc de Ferrare en recevant
fon remboursement.

Le Duc d'Urbin (1) qui se faisoit Guicciardi
protéger par la France, ne méritoit
point de la part les mêmes ménage-
mens que le Duc de Ferrare, il étoit
neveu du Pape Jules II, il avoit
commandé sous fon oncle les armées
de l'Eglise , il avoit fervi d'instru-
ment aux violences de ce Pontife
contre le Duc de Ferrare & contre,

liv, 12.

(1) François-Magie de la Rovere,

pour

Louis XII. Léon X lui ayant ôté le 1515. commandement des armées le

donner aux Médicis, le mécontentement l'avoit jetté dans le parti des François , il faisoit beaucoup valoir à ceux-ci son refus de servir contre eux dans l'armée de l'Eglise, refus qui l'exposoit , disoit-il, à tout le ressentiment du Pape ; ce refus étoit l'effet de sa vanité, non de son attachement pour les François. Le commandement des troupes de l'Eglise ayant été donné d'abord à Julien de Médicis , frere de Léon X, le Duc d'Urbin avoit promis de servir sous lui, parce qu'étant ami intime de Julien, il espéroit partager avec lui le commandement; mais après la mort de Julien, Laurent son neveu lui ayant succédé, le Duc d'Urbin qui n'avoit pas avec Laurent les mêmes Liaisons d'amitié, crut qu'il lui seroit honteux de servir sous un jeune homme & de servir comme simple Capitaine de Gendarmerie dans une armée qu'il avoit commandée. Sur ce refus, le Pape affectoit de le regarder comme un vallal coupable de félonie &

infidéle

infidéle aux obligations de fon investiture ; on l'accusoit d'ailleurs d'a- ISIS. voir voulu après la bataille de Marignan, exciter les François à faire une irruption dans l'Etat de Toscane; mais fon véritable crime étoit de posséder un Etat trop à la bienséance des Médicis , & qui ajouté à l'Etat de Florence, l'eût étendu de la mer de Toscane à la mer Adriatique. Le Pape saisissant avec ardeur ce prétexte de félonie , avoit commencé contre le Duc des procédures juridiques, qui devoient amener des démarches plus violentes, il affectoit un courroux sévere & implacable; quand le Roi voulut interceder pour le Duc d'Urbin, ille pria de ne point parler en faveur d'un rebelle , dont il falloit absolument faire un exemple. Le Roi ne disputa qu’aurant Belcar. livi qu'il étoit nécessaire pour faire acheter 15.1.27. le facrifice du Duc d'Urbin par la permission de lever une double décime sur les biens Ecclésiastiques de son Royaume, & par la suppreslion des Evechés de Chambery & de Bourg-en-Bresse. Ces deux nouveaux, Tome I.

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Evêchés, créés par Léon X à la con1515. fidération du Duc de Savoye, ou

plutôt de Julien de Médicis qui avoit
épousé la seur de ce Duc, étoient
formés aux dépens de quelques Evê-
ques François, dont on avoit dé-
membré les Diocèses, & qui avoient
appellé comme d'abus de cette in-
novation. Le Parlement, toujours
attentif à réprimer les entreprises de
la Cour de Rome, & plus ardent quel-
quefois à défendre les Libertés de
l'Eglise Gallicane, que l'Eglise Galli-
cane elle-même ne le désireroit , se
disposoit à rendre des Arrêts, qui
pouvoient être le signal d'une guerre
fâcheuse contre le Saint Siege. Le
Roi voulut la prévenir: le Duc de
Savoye dévoué alors à la France, se
désista de la poursuite , Julien de
Médicis étoit mort , & le Pape qui
aimoit mieux mettre le Duché d'Ur-
bin dans sa Maison que d'établir deux
Evêchés en Savoye, consentit qu'ils
demeurassent supprimés, pourvu que
le Roi retirât la protection au Duc
d'Urbin. Le Roi ne voulut ni l'aban-
donner ni le défendre; il fe contenta

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d'une parole vague que le Papedonda de s'appaiser aussitôt que le Duc d'Ur- 1515. bin lui auroit fait une satisfaction convenable, & d'assurances plus vagues: encore que la recommandation du Roi obtiendroit toujours les égards qu'elle méritoit. Après ces conférences, le Pape & le Roi se séparerent, çontens en apparence l'un de l'autre, & peut-être (1) se croyant amis. Léon X. pour témoigner son contentement à François I , & pour l'engager à être le défenseur du Saint Siége & de la Chrétienté contre les Turcs , lui offrit le titre d'Empereur d'Orient qu'Alexandre VI avoit donné à Charles VIII ; François I. le refusa, ne voulant point accepter de titres qu'il ne pût réaliser.

Le Pape alla s'occuper des moyens de recouvrer Parme & Plaisance, de conserver Modene & Regge, & d'envahir le Duché d'Urbin.

(1) Beaucaire dit à ce sujet , liv. 15. n. 28. Rex Juvenis, Italicarum urti im haud fa!is gnarus , Bovori, discedens, magnam d: Leonis amicitia sper Gallicâ fimplicitate concepit, quam Leo mirandum in wodum oftentabas.

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