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pour s'en venger, engagea l’Empe1516. reur à faire une descente dans le Mi

lanès, promettant d'en faire une en France, qu'il ne fit pas pourtant, n'ayant pas jugé à propos d'enfreindre ouvertement les Traités ; mais comme il n'ignoroit pas qu'il falloit que l'Empereur sortît du moins indemne de toutes les expéditions qu'il pouvoit entreprendre, il lui fournit l'argent nécessaire pour entretenir une Armée. L'Empereur tira de ses Etats héréditaires les meilleures troupes qu'il put y trouver ; les cinq Cantons Suisses qui n'avoient pas voulu souscrire à la paix avec François I, lui fournirent le reste pour une fomme assez modique.

La descente de l'Empereur dans le Milanés , fut pour la Noblesse Françoise une nouvelle occasion de fignaler son amour pour le Roi & pour l'Etat. Un Chambellan du Roi, nommé Imbert de Bafternay, Seigneur du Bouchage ( 1 ), courut por

(1) C'est le même qui avoit été un des Plénipotentiaires pour les Traités des 24 & 31 Mars ISIS, entre le Roi & l'Archiduc. Voyez le chap. da de ce Livre premier,

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ter toute sa vaisselle à la caisle mili taire. Ces traits de zéle & de généro- 15164 sité qu’on admireroit tant dans l'Hiftoire ancienne, font très-communs parmi la Noblesse sous le regne de François I.

A l'arrivée de l'Armée Impériale, de Maréchal de Lautrec leva le blocus de Bresle , & recula vers l'Adda dans l'intention d'en disputer le palfage ; mais trop foible pour exécuter ce projet, il fut forcé de se retirer vers Milan, & toujours pourfuivi

par l'Armée Impériale, fa retraite eut l'air d'une fuite. L'Empereur ravagea sans obstacle le Pays situé entre l'Adda & le Pô.

Lautrec arrivé à Milan, y répan. P.Jov. 1. 203 dit l'allarme ; sur son récit le Con-nétable de Bourbon désespéra d'en sauver les Fauxbourgs, & crut devoir les détruire. Ce parti violent pouvoit être dangereux par la terreur qu'il inspiroit aux Habitans; d'ailleurs quel traitement plus cruel pouvoient-ils attendre de l'Ennemi? les Milanois se fouvinrent long-tems avec douleur de cette destruction, ils l'imputerest

aux conseils perfides & à la haine les 1516. crette de Venise, dont la Ville de

Milan étoit la rivale pour le commerce.

La lenteur de l'Empereur laissa aux Milanois le tems de se reconnoître , & l'activité du Connétable pourvut promptement à leur défense. Dans le même tems le Capitaine Al bert de la Pierre, que les violences du Cardinal de Sion avoient jetté dans le parti de la France, arrive à la tête de treize mille Suisses , avant que l'Empereur eût entiérement investi Milan. Ce renfort fit renaître l'audace avec l'espérance, il ne fut plus question de se défendre, on ne parla que d'attaquer l'Empereur & de le forcer à une retraite honteuse. Cependant les Suisses amenés par Albert de la Pierre , eurent horreur de fouiller leurs mains du fang de leurs Compatriotes qui servoient dans l’Armée de l'Empereur , ils refuserent de combattre, quoiqu'ils eussent reçuleur montre (ou folde). Le Connétable ir rité de leur procédé, n'attendit pas que,quittant d'eux-mêmes l'armée, ils

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y répandiflent le découragement, il mit dans son dépit la hauteur d'un 1516. Général , cette hauteur avec laquelle Alexandre avoit traité les Macédo

Quinteniens révoltés ; il les licentia sur le Curcè, liv. champ comme des Soldats rebelles, 10. cap.9, indignes de servir sous lui. Le Connétable vouloit éloigner de son Armée la contagion de la désobéissance, il sentoit aussi que s'il retenoit les Suisses sous ses drapeaux, s'il s'obftinoit à les mener au combat , il ne feroit

que les pousser à la défection , que les jetter dans le parti de l’Empereur , au lieu qu'en les renvoyant bien payés sur leur premier refus il les laissoit dans la disposition de remplir le reste de leurs engagemens & de ne pas du moins combattre contre la France , s'ils ne vouloient pas combattre pour elle; il se doutoit bien d'ailleurs que l'Empereur n'auroit jamais assez d'argent pour les prendre à son service.

Álbert de la Pierre étoit trop attaché aux François, pour les abandonner , il resta & força de rester sa Compagnie de trois cens hommes ;

mais elle exigea que l'on ne l'em1516. ployât que contre les Allemands , &

protesta de ne point combattre contre les Suisles.

L'Empereur averti que les treize mille Suisses avoient quitté l'armée des François , se crut maître de Milan. Il parla en vainqueur , il dicta des Loix, il menaça, il fit souvenir les Habitans que l'Empereur Frédéric Barberousse , ayant détruit leur Ville de fond en comble, avoit femé du sel dans le lieu où elle avoit été bâtie ; il jura de la faire disparoître de nouveau , fi elle n'apportoit ses clefs. Sur le refus qu'on en fit , il distribua fes quartiers autour de la Ville , & crur au moins qu'il alloit lever des contributions sufilantes pour remplacer l'argent du Roi d'Angleterre , qu'il avoit dépensé à toute autre chose qu'à payer ses Troupes ; mais tous ses projets échouerent par le bon ordre que le Connétable établit par-tout , & le défaut d'argent excita bien-tôt une révolte parmi les Suisses de l'Armée Impériale,

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