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les bateaux d'Anne de Bretagne sur la Loire, qu'à l'instigation de la Comtesse d'Angoulême ; il raconte que cette Princesse , enveloppée dans la disgrace de son ami le Maréchal de Gyé, fut obligée de se retirer à Coignac, pour éviter , ajoute - t-il, un traitement plus rude ; il ne sçait trop ensuite comment la faire revenir à la Cour, où on la voit paroître vers ce tems avec le plus grand éclat, accompagnée de ses deux enfans, dont l'efprit & les graces séduiserit tous les cæurs, excepté celui de l'implacable Reine.

Louis XII conçut beaucoup de tendresse pour le jeune Comte d'Angoulême; il lui donna le Duché de Valois ( 1), & désormais ce jeune

(1) Mezerai , en rapportant cette donation ; ajoute : Voilà pourquoi ( re que pou de gens rentarquent) re jeune Prince porta le nom de Valois q'il a laissé aux jiens. Mezerai a raison, mais son idée a besoin d'être un peu développée. Philippe de Valois est la tige commune de tous les Rois qui ont occupé le Trône depuis la mort de Charl le Bel jusqu'à l'avenement de Henri IV; il sunble donc que tous ces Rois pourroient être indiftincte meno appellés du nom générique de Valois, à cause de Philippe. Cependant, li Louis XII eut eu des fila

Prince, & Gaston de Foix Duc de Nemours, tinrent lieu à ce bon Roi des deux fils qu'il avoit perdus.

Cependant, un nouveau Traité conclu à Blois, ävoit confirmé le Traité de Lyon , renouvelle la promesse faite au Prince d'Espagne de lui donner Madame Claude en mariage, & sembloit achever d'ôter toute espérance à la Comtesse d'Angoulême & à son fils ; car pour donner plus de poids à ce Traité, on le faisoit figner aux Grands du Royaume, aux Princes du Sang & au Duc de Valois lui-même. La Comtesse d'Angoulême ne fut point découragée. Elle vit d'abord quel remede il falloit appliquer à un tel mal; elle devina que le Roi n'avoit pas souscrit bien volontairement ce Traité; que sa complaisance pour la Reine & les conjonctures avoient tout fait, & que le Roi sçauroit gré à qui le mettroit dans l'heureuse impuissance d'exécuter une convention fi.désavantageuse à l'Etat. En effet, par ce mariage, Claude alloit transporter à la Maifon d'Autriche, non-seulement la Bretagne du chef de fa mere, mais encore le Milanès du chef de son pere, ce Duché, comme on le verra dans la suite , étant le patrimoine de la Maison d'Orléans ; c'étoit renouveller la faute énorme qu'avoit faite Louis XI, de laisser passer la succeffion de Bourgogne à la Maison d'Autriche. On vit donc tout-à-coup les de Montliet Grands du Royaume & les Dépu- XI. tés des Villes s'assembler à Tours de

En 1;04.

1903

qui lui eussent succédé, sa branche seroit désignée,
par le nom d'Orléans, qu'il portoit avant de par-
venir à la Couronne. La Branche dont François I
2 écé la tige , eût pareillerjent porté le nom d'An-
goulême, sans le changement de nom qu'opéra la
donation du Duché de Valois : c'est donc de Fran-
çois I & non de Philippe de Valois que les defcen-
dans de François I ont pris le nom de Valois qu'ils
ont porté. On voit donc pourquoi dans la Race
Capérienne, quoique le Sceptre ait passé fix fois
en collatérale, on ne distingue du tronc princi.
pai par des noms particuliers que les deux branches
de Valois & de Bourbon ; c'est que Philippe le
Long , Charles le Bel, & Louis Xil, n'ont point
frit de branche, étant morts chacun sans enfans mâ.
les , & que la Branche de Philippe de Valois &
celle de François I issues l'une de l'autre, ont porté
le même nom de Valois.

Claude d: leur propre mouvement, disoient- Sevitel, Hist. ils, faire au Roi les remontrances les de Louis XII, plus fortes sur les suites de l'alliance Jean d'Auproposée, & demander que Madame

B üj

S. Gelais

Vie de Louis

année 1506.

son ,ch. i. Claude fût donnée au Duc de Va

Mezerai Abr. Chron. lois. Le Roi fut très-content de leur 1506. accorder leur demande ; on fiança

les deux Parties le 22 Mai 1506; la Reine en fut malade de douleur ; mais bien-tôt elle imagina un moyen d'anéantir le triomphe de la Comtelle d'Angoulême.

On a déja dit qu'il avoit été stipulé dans le contrat de mariage d'Anne de Bretagne avec Louis XII, que si l'aîné des enfans parvenoit à la Couronne, le puîné auroit le Duché ; la Reine affecta d'étendre cette clause aux filles, & elle avoit en effet pour

elle les termes du contrat. » L'aînée, disoit-elle, va parvenir » à la Couronne, puisqu'elle épouse » l'héritier présomptif; le Duché » doit donc appartenir à la puînée, » & la puînée épousera le Prince

d'Espagne ; par-là on remplira tout à la fois , & les veux de la » Nation qui demande le mariage de » Claude avec François, & les en» gagemens pris avec le Prince d'Ef

pagne. L'inconvénient de tranfa> porter à la Maison d'Autriche le

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5 patrimoine du pere & celui de la » mere, fera diminué de moitié; les » droits sur le Milanès appartien» dront à Claude ; Renée n'aura que » la Bretagne , & les Bretons au» ront le Duc particulier qu'ils fouos haitent.

Anne de Bretagne ne vouloit point voir, tant sa haine pour la Comtesle d'Angoulême l'aveugloit , combien ce plan étoit contraire à ses propres vủes pour la liberté de son pays; que fi les Bretons defiroient un Duc particulier, c'étoit un Duc résidant parmi eux & qui les gouvernât par luimême, non par un Viceroi ou un Gouverneur étranger, comme eût fait le Prince d'Espagne, & qu'enfin s'il falloit que la Bretagne fit partie d'une plus grande Souverainteté, il valoit mieux qu'elle devint Province Françoise, puisque tant de næuds l'unissoient d'ailleurs à la France, que Province Espagnole ou Autrichienne. Le Roi sentit bien que la femme

, en voulant transporter la Bretagne à une Monarchie rivale, n'étoit en effet ni Bretonne ni Françoise ; qu'el;

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