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· Le jour qu'ils devoient toucher un mois de leur solde , étoit passé, fans 1516. qu'on eût entendu parler de payement; le lendemain matin le Ćolonel Stafler va trouver l'Empereur dans son lit, & lui demande de l'argent avec l'insolence si familiere alors à ces Troupes étrangeres , lorfqu'elles étoient mal payées. L'Empereur s'irrite, s'appaise, menace, promet, conjure , mais vainement. On lui déclare que si l'on n'est payé dans l'instant, on acceptera la folde

'offroit le Connétable de Bourbon. A ces mots l'Empereur est frappé comme d'un

de foudre ; Ludovic Sforce, l'Oncle de sa femme, livié aux François par les Suisses , se retrace à sa mémoire ; il répond en tremblant qu'il ira le soir au quartier des Suisses avec le Cardinal de Sion. (Ce Cardinal alors languifsant , & en apparence voisin du tombeau, ayant perdu sa force & fa santé, avoit conservé toute sa haine pour les François, & vouloit mourir en les combattant. ) L'Empereur se leve avec précipitation, & au lieu d'al

coup

ler au quartier des Suisses, se réfugie 1516. dans celui des Allemands, où il croit

à peine être en sûreté; Trivulce augmente la terreur par un stratagême heureux , il écrit aux Capitaines Suisses de l'Armée Impériale une lettre qui annonçoit une fausse intelligence & un prétendu complot contre l'Empereur. Il prend si bien

ses mesures, que la lettre est interPaul. Joy. ceptée; Maximilien l'ayant lúe, ne 20. Lib, 3. doute plus que

doute plus que fa perte ne soit jupallime rée, il envoye le Cardinal de Sion

porter au Suisses seize mille écus , & leur en promettre beaucoup davantage afin de les amuser; en même tems il suppose qu'on doit lui payer dans la Ville de Trente une lettre de change de quatre vingt mille écus; il y court en poste, mais

cette lettre de change n'étoit qu'un Guicciard, prétexte, & ce voyage n'étoit qu'une

fuite. Ses troupes l'attendoient en Du Bellay, vain au-delà de l'Adda , il ne re

vint point ; le trouble se met dans cette armée dépourvue à la fois de Chef & d'argent; les Suisses se débandent , & pour l'argent qui leur

liv. 12.

Mém. de

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15162

étoit dû, vont piller Lodi & saint Ange. Le siége de Milan est levé , les Allemans abandonnés ne songent plus qu'à la retraite. Le Connétable envoye à leur poursuite le Comte de saint Pol, Montmorenci & Lefcun ( 1), qui troublerent leur marche , chargerent leur arriere-garde, & leur tuerent beaucoup de monde.

Telle fut la ridicule issue d'une entreprise qui s'annonçoit avec un appareil fi formidable. Cet affront termina la carriere militaire de l'Empereur Maximilien I, il ne reparut plus à la tête de ses armées. Ce Prince qu'on avoit vu dès l'âge de vingt ans, triompher à Guinegaste de l'expérience de Descordes, le plus fameux Capitaine de son tems, démentit toute sa vie les espérances qu'avoit données sa jeunesse', & finit à cinquante-huit ans par être le premier déserteur de son armée.

Ces fréquentes révoltes des Suisses qui rendoient alors leurs services fi

(I) Lescun se nominoit Thomas de Foix, il étoic frere du Maréchal de Lautrec,

15. n. 33.

dangereux, n'étoient après tout 1516. qu'une juste punition de l'impruden

ce des Princes, qui les employant en trop grand nombre dans leurs armées, les mettoit en état d'y faire la loi, & qui joignoient à cette premiere faute l'injustice de ne les pas payer exactement.

Les François ainsi délivrés de Maximilien & de fon armée, retour

nerent au siége de Bresle avec les VéBelcar. liv.

nitiens. Les assiégés vivement pressés, firent une nouvelle capitulation, par laquelle ils demandoient encore du tems pour attendre un nouveau secours, on ne leur accorda que deux jours & on prit des ôtages. Le secours n'arriva point, & les Bressans se rendirent, après avoir mis quelque tems en danger la vie de leurs ôta

ges, en paroissant vouloir se défenBelcar. liv. dre & rompre la capitulation. On Is. n. 37.

alla ensuite faire le fiége de Vérone où commandoit Marc-Antoine Colonne, digne neveu de Prosper, plus vigilant, & plus heureux que Prosper ne l'avoit été à Villefranche ; rien ne putl e forcer de se rendre, quoiqu'il

fût dangereusement blessé d'un coup d'arquebuse , quoique la Ville fut dé- 1516. pourvue de munitions & de

Guicciard, & de bouche, quoique les François Mém. de du côté de Mantoue & les Vénitiens Du Bellay, du côté de Vicence la foudroyassent par de fortes batteries, quoiqu'enfin le Maréchal de Lautrec eût déja livré l'assaut par deux brèches confidérables: sur ces entrefaites le Comte de Roquendolf arrive au secours de la Place avec huit mille Allemands. Son arrivée & un accident horrible qui survint alors, obligerent Lautrec à convertir le siége en blocus. Huit cent barils de poudre avec d'autres provisions venoient par la plaine de Vérone au camp des assiégeans; les Conducteurs par l'empressement d'arriver , forcerent les bæufs qui trainoient ce convoi, de faire violence à leur lenteur naturelle ; les bæufs trop vivement pressés, s'effaroucherent & coururent avec tant de rapidité que les roues s'enflammerent , le feu prit aux poudres. Les voitures, les bæufs, les conducteurs, l'escorte, tout fut mis en pieces.

liv.12.

liv. I.

guerre

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