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le n'étoit qu'ennemie de la Comteffe d'Angouleme : il ne souffrit point qu'une passion aveugle décidât aingi du deftin de sa fille & de celui de l’Etat; il sçut trouver de la fermeté con tre sa femme dans cette occasion, & le mariage de Renée avec le Prince d'Espagne ne se fit point , mais celui de Claude avec le Duc de Valois ne se fit point non plus pendant la vie d'Anne de Bretagne , elle sçut y mettre des obstacles que ni le mérite da Duc de Valois, ni la sensibilité qu'il avoit inspirée à la Princesse, ni les vaux de la Nation entiere, ni les instances de Louis XII ne purent jamais vaincre

La mort de la Reine (1) fut le Leo Janvier

moyen violent dont la fortune se ferJournal de- vit pour terminer les divisions de la

Cour. C'est aux ames sensibles à juMartin du ger de la douleur de Louis XII. IL Bellay, 1.1.

s'enferma pour s'y livrer, pour en jouir, pour en dérober les excès aux Courtisans , devant qui les plus malheureux osent pleurer le moins.

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vove.

(1) Elle mourut à trente-sept ans.

Rendu par le tems à ses devoirs, il bannit de la Cour tous les plaisirs & tous les spectacles, dislipations peut-être nécessaires, mais toujours odieuses à une ame profondément blessée. L'image de la douleur plaît seule à la douleur. Louis signala son deuil

par une étiquette extraordinaire ; il le porta en noir contre l'usage, peur, - être parce qu'Anne de Bretagne l'avoit porté ainsi de Charles VIII qu'elle avoit très-sincerement regretté, malgré son goût pour Louis XII: car une ame tendre s'attache

par l'habitude aux objets même qu'elle n'aime pas.

Tout sembloit concourir alors à désespérer Louis XII. Les plus rudes épreuves exerçoient fa vertu ; l'injustice de ses ennemis étoit par-tout triomphante ; les objets de son attachement, les appuis de fon Trône lui étoient ravis. Ce Gaston de Foix (I), le Foudre de l'Italie , dont l'activité incroyable avoit puni l'audace des Suisses, confondu l'orgueil de Ju

(1) Son neveu , fils de Marie-Madeline d'or léans, sa seur,

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les II, déconcerté tous les efforts de
la Ligue Papale , écrasé les forces
réunies des Vénitiens, des Romains,
& des Espagnols , Gaston s'étoit en-

seveli à vingt-quatre ans au milieu de
Baraille de
Ravenne,l.

ses triomphes par le seul trait d’imAvril 1512. prudence qu'on ait pu lui reprocher.

Cette mort avoit été le terme des
fuccès de la France & le signal de ses
infortunes ; les Suiffes avoient de
nouveau inondé le Milanès, ils en
avoient disposé à leur gré: les Fran-

çois étoient chassés d’Italie; leur inFavin, Hit. fidéle allié , l'Empereur Maximilien, de Navarre, s'étoit tourné contre eux; le fourbe

Ferdinand , Roi d'Espagne, après
avoir englouti la Navarre, menaçoic

la Guyenne; le jeune Roi d'AngleBayard. terre Ilenri VIII, entraîné par une Angleria. inquiétude qu'il prenoit pour l'amour mm. de de la gloire descendoit en Picardie ;

Journal de une nouvelle entreprise des François
Icuife de Sa- sur le Milanès, plus malheureuse que
Brantôme. les précédentes , n'avoit fait que

Feron. fournir aux Suiffes l'occafion de vain-
DuBellay:
Aliipal: cre la Tremoille à Novarre , & de

pénétrer jusqu'au milieu de la Bour-
gogne. Le Duc de Longueville , en.

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Guicciard

Mariana IS12,

Hiit. du Chevalier

ز

Petrus de

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fim, 6 Juin 1513.

1513

voyé contre le Roi d'Angleterre, avoit achevé de Alétrir la réputation des armes Françoises à la bataille de Guinegafte ; le Roi d'Ecofle Jac

18 Août ques IV, foible & généreux allié 1513. d'une Puissance accablée , ayant voulu faire une diversion en faveur des François en Angleterre, y avoit été tué, & son armée taillée en pieces. 17. Sept? Que ne peut une femme aimée ! Louis XII dévoroit ces affronts & ces défastres ; Anne de Bretagne le consoloit

par son amitié, le fortifioit par son courage; cette ressource fi nécessaire lui est encore enlevée, & ce qui mettoit le comble à la douleur du Roi , son peuple alloit fouffrir.

Malgré son accablement, il jugea que ce qu'il devoit à la mémoire d'Anne de Bretagne, étoit subordoniné à ce que l'Etat & sa famille exigeoient de lui. Le tems étoit venu de lever l’injuste opposition que cette Reine avoit eu la foiblesse de mettre à l'union de la Princesse Claude avec le Duc de Valois ; le mariage Du Bellay,

Mém. de

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s'accomplit le 18 Mai 1514 à Saint Germain-en-Laye.

La Princesle, outre la Bretagne, dont Louis XII la mit dès lors en posseffion , outre les droits sur le Milanès,-portoit en dot à son mari les Comtés d’Aft, de Blois, d'Etampes, de Vertus, Coucy & Montfort-l'Amaulry ; elle lui portoit une dot plus précieuse encore, un fonds inépuisable d'humanité, de douceur , de fagesle, de piété, enfin toutes les vertus de fon Pere : les Auteurs de son tems ne balancent point à l'honorer comme une sainte ; il y en a même qui descendent dans le secret de la conscience , & qui assurent qu'elle ne

pécha jamais mortellement. · Journal de La Comtesse d'Angoulême dans son

journal prend l'univers à témoin qu'elle a toujours honorablement & amiablement conduit la Reine fa bru ; chacun » le sçait, dit-elle, vérité le cognoist, ex» périence' le démontre, aussi fait publi» que renommée. De pareilles protestations sont superflues quand elles sont vraies; ce témoignage que la

Jouise de Sawoye.

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