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nuyé d'une guerre où il avoit autant à craindre ses propres troupes que ses 1517. ennemis , avoit envoyé proposer un combat singulier à Laurent de Médicis, qui pour toute réponse fit mettre dans les fers & appliquer à la torture son Emissaire. C'est ainsi que les Puiffances d'Italie se faisoient la guerre, Heureusement les François n'eurent d'autre part à cette indigne guerre , que d'avoir offert suivant les Traités un secours qu'ils ne purent faire agréer. Les Médicis gagnerent peu à peu à prix d'argent la pluparţ des troupes du Duc d'Urbin. Celui-ci voyant les défections & les conspirations augmenter de jour en jour dans son armée , craignit enfin d'être livré à ses ennemis, il quitta son armée qui le quittoit & alla chercher un asyle à Mantoue. Le Duché d'Urbin fut la proye de Laurent de Médicis.

Le Roi traita de nouveau avec Léon X, & comme il falloit toujours qu'il perdît dans ces Traités, il fut encore obligé de facrifier un autre allié, le Duc de Ferrare, & de reTome I.

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mettre à Léon X l'écrit par lequel I517. ce Pontife s'étoit engagé à la restituGuicciard. tion de Modene & de Regge, exigée. liv. 13.

par le Roi en faveur du Duc de Ferrare à la Conférence de Bologne (I).

Graces à tant de succès & de facri1518. fices, le Milanès n'avoit plus d'ennePâques le 4 mis étrangers à craindre, lorsque la Auril.

jalousie imprudente du Maréchal de Lautrec contre le Maréchal de Trivulce , jetta dans ce pays le germe des révolutions qu'on y vit éclorre dans la suite. Trivulce issu d'une des plus riches & des plus puissantes Maifons de la Lombardie, n'avoit pu autrefois échapper aux fureurs de Ludovic Sforce qu'en se dévouant au service de la France; il avoit acquis beaucoup de gloire fous Charles VIII, Louis XII & François I. Louis XII. l'avoit fait Gouverneur du Milanes sa Patrie. Nul autre Général n'avoit eu fi souvent les armes à la main & n'avoit vu tant de combats. Des conjonctures dont on a rendu compte dans l’Introduction (2),l'avoient fait (1) Voir le Cha, icre second de ce premier Livre.

(2) Voir l'Introdu&ion, Chapitre second, article Milanès,

dépouiller du Gouvernement de Milan. Il paroissoit se contenter alors 1518. d'y vivre en Citoyen presque indépendant ; mais ce rang de Gouverneur qu'il avoit eu autrefois & qu'il regrettoit fans doute, cette magnificence royale qu'il se plaisoit à étaler parmi ses concitoyens; la considé. ration que ses services, ses talens, ses vertus lui avoient acquise , & que son luxe rendoit plus éclatante, blefserent les yeux inquiets de Lautrec. On voyoit encore dans plusieurs villes d'Italie , sur-tout à Milan, quelques restes des Guelphes & des Gibelins; ils avoient perdu de vue l'ancien objet de leurs divisions, c'est le sort de toute querelle qui vieillit, on ne les distinguoit plus qu'à une haine aveugle & insensée qu'ils conservoient les uns pour les autres. Trivulce étoit à la tête des Guelphes, & cette qualité de Chef d'un parti alors assez puissant, lui donnoit un crédit qui pouvoit quelquefois balancer l'autorité du Gouverneur. Lautrec entreprit de détruire ce rival de puissance qu'il ne falloit que laisser

mourir. Ses lettres le peignirent à la 1518. Cour comme un chef de factieux,

comme un sujet mal soumis , dont la fiére indépendance choquoit trop ouvertement l'autorité du Roi.On lui fit un crime d'avoir accepté pour lui & pour toute sa famille un droit de Bourgeoisie parmi les Suisses. On affecta de regarder cette espece d'afsociation avec une République étrangere , comme incompatible avec les fermens & les devoirs d'un sujet. Il vouloit, disoit-on , se fortifier contre son Prince de l'appui de cette Nation.

Une telle démarche cachoit des pro: jets ambitieux. On s'en prit ausli à lui

de ce que son frere & ses neveux s'éGuicciard. 'toient engagés au service des Véni

tiens. Tous ces chefs d'accusation, apparemment grossis par la Comtessé de Château - Briant , inspirerent au Roi de fortes préventions contre Trivulce.

Trivulce étoit prompt, fier & fenfible, il apprend qu'on le noircit dans l'esprit de son Maître , il part en pofte, il traverse à quatre-vingt ans au milieu de l'hiver les glaces & les

Liv. 13.

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DE FRANÇOIS.I. 341 neiges des Alpes. Pendant son absence, Lautrec fait arrêter à Vige- 1518. vano la veuve & les enfans du Comte de Musocco son fils ; cependant Trivulce arrive à la Cour pour se justifier, ne croyant pas qu’un regard de la Comtesse de Château-Briant pût effacer quarante années de service. On refuse de le voir & de l'entendre. Ce malheureux & respectable vieillard , outré de désespoir, se fait porter en chaise dans un endroit où le Roi devoit passer. Dès qu'il l'apperçut, il s'écria : Sire, daignez accorder un moment d'audience à un homme qui s'est trouvé en dix-huit batailles rangées pour le service de vos Prédécesseurs

le vôtre. Le Roi furpris jette un coup d'æil, reconnoît Trivulce, détourne la tête & passe sans répondre. Ce trait de mépris perce le cœur de Trivulce ; la fiévre le faisit, le dépit & la douleur le consument, il rentre chez lui & se met au lit pour n'en plus relever.

Le Roi n'étoit pas fait pour la cruauté, il ne tarda pas à sentir qu'un accueil si dur n'avoit pas dû

& pour

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