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pour l'exécution des Loix, pour l'administration de la Justice , pour en abréger les longueurs, pour diminuer les frais; de-là l'Echiquier rendu sédentaire à Rouen ; de-là l'érection du Parlement de Provence , & de quelques autres Tribunaux qui lui parurent nécessaires au bien public; de-là cette indifférence plus qu'héroïque pour les conquêtes d'Italie, quand il crut ne pouvoir les faire ou les conserver qu'en chargeant trop son

peuple. Libéral sans prodigalité, æconome fans avarice, bon sans trop de foiblesse, pieux sans superstition, affable, accessible, ami de la justice & de la vérité, il fut l'amour des François & l'exemple des Rois. On ne peut lire sans attendrissement & sans volupté les témoignages d'amour que les peuples, toujours bons quand ils sont bien traités, lui prodiguoient. Ses voyages étoient des triomphes ; on yoloit en foule au-devant de lui , on jonchoit son chemin de feuillages & de fleurs ; les gens de la campagne au bruit de la marche abandonnoient leurs travaux ; ils accouroient de dix,

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de vin it, de trente lieues pour le voir, ils l'entouroient , ils le pressoient , ils pleuroient de joie & de tendresse ; ils faisoient toucher des linges à la perfonne, à ses habits, à fon cheval, & les gardoient comme les plus précieuses reliques; on n'entendoit que murmures Aatteurs, que voix paflionnées , que transports d'allégreffe , que cris du ceur pour la conservation de ce Pere , de cet ami, de ce bienfaiteur de la Patrie. Maximilien eut besoin de toute sa prudence pour empêcher les Flamans , jaloux du bonheur des François, de se donner à Louis XII. A sa mort,

les Crieurs des corps disoient d'un
Mém. du ton lamentable : le bon Roi Louis
Natécie de le Pere du peuple est mort; tous les
Fieucanges. François croyoient entendre leur ar-

rêr fatal; le ciel sembla aussi annon-
cer cette horrible nouvelle par des

terpètes; un vent impétueux renver...

sa dans Paris plusieurs maisons. Ce
jour mémorable par l'effroi & par la
douleur fur le 1 Janvier' 1515. Le
Roi se sentant affoibli par la fiévre
& la dyssenterie, mande le Duc de

ISIS.

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Valois, il lui tend fes bras exténués
& languisfans; Je me meurs, lui dit-il,
je vous recommande nos Sujets. Cet
ami de l'humanité que de fi douces
chaînes attachoient au monde, qui
ne pouvoit ouvrir les yeux sans qu'ils
rencontraffent un ami, qui ne voyoit
enfin
que

des raisons d'aimer la vie, témoigna , dit-on, quelque foiblesse, Maréchal de quelque re zret d'être enlevé sitôt(1) à Fleuanges. tant d'objets si chers & fi tendres. Le Duc de Valois fondant en larmes, le consoloit , l'encourageoit dans ces momens où la malheureuse humanité a tant besoin d'encouragement & de consolation : il le conjuroit d'espérer ; personne en effet ne le croyoit encore en danger; il expira au bout de quelques heures entre les bras du Duc de Valois.

Quel Roi la calomnie respecterat-elle, puisqu'elle n'a pas éparné Louis XÍI? Les Courtisans qu'il n'engraissoit pas du sang de la Patrie, ont osé l'accuser d'avarice; quelques-uns d'entre eux, mécontens de n'avoir

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(1) Il n'avoit que cinquante-trois ans.

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puobtenir des graces qu'ils croyoient

dues à leurs services, s'en vengerent Mezerai,

d'une maniere insolente; ils enhardigrande hifto rent les Comédiens qui poussoiene

alors jusqu'à un excès scandaleux la
licence des embléines, à représenter
dans je ne sçais quelle grossiere farce,
le Roi avec un visage pâle & des yeux
avides , fixés sur un vase rempli d'or.
Le Roi se reconnut & se contenta de
dire : J'aimne mieux voir les Courtisans
rire de mon avarice , que de voir mon

peuple pleurer de mes dépenses. Guicciard,

Ce reproche injuste d'avarice n’a été que trop répété , soit par la calomnie, soit par l'erreur son écho. » Car telle est, dit sensément Guichardin, »la corruption des hommes, » que la prodigalité dans les Rois ,

quoiqu'inséparable de la vexation, » est plus admirée qu'une fage eco» nomie qui craint de fouler les » peuples.

Louis voyoit avec inquiétude dans le Duc de Valois le germe de cette prodigalité, mere de la vexation. Ah! disoit-il quelquefois en soupirant, nous travaillons en vain, ce gros garçon gâtera tout.

liv. 12.

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des guer

Louis XII , dit-on , n'étoit pas habile ; ses alliés, ses ennemis le tromperent toujours impunément; il s'enchaînoit par des traités que lui seul exécutoit ; il se ruinoit

par res dont le profit n'étoit jamais pour lui. Il est vrai que Louis XII eut trop d'honneur pour le siécle où il vivoit. Louis XI avoit introduit dans l'Europe une politique pleine d'artifice, c'étoit la fraude érigée en fystême : Maximilien, autrefois son ennemi, se piquoit de l'imiter , Ferdinand de le surpasser. Louis XII ne crut point devoir séparer la politique de la plus exacte probité. Peuton lui faire un crime d'avoir eu plus de justice que. Maximilien, plus de bonne foi que Ferdinand ?

Il faut avouer pourtant que ce Roi Dubos, Lisi prompt

à oublier ses injures per- bray. sonnelles, sentit quelquefois trop vi

Du Beliay vement celles de l'Etat ; il se laissa égarer par un ressentiment aveugle contre les Suisses & sur-tout contre les Vénitiens, ses alliés néceslaires, qui avoient eû à l'égard de la France des torts que la politique devoit disGimuler,

Mém. de

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liv, la

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