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Mezerai

Arnold. Ferron.

L'esprit de Louis XII n'étoit

pas grande bift., indigne de son cæur; on en peut ju

ger par le recueil que nous avons de les Lettres. Ferron rapporte plusieurs de ses bons mots, car il avoit le talent d'en dire, & peut-être le foible d'aimer à en dire. Plusieurs de ces mots sont aujourd'hui oubliés ou méprisés, & ne sont plus guéres que dans la bouche du peuple , parce que la langue a changé, & que les idées ont vieilli. Quelques-uns pourtant conservent encore tout leur fel, & ont à la fois de l'image & de la pensée.

C'est lui qui a dit le premier ( & il en étoit la preuve ) que l'amour est le tyran

des Vieillards & le Roi des jeu

nes gens.

La plupart des Gentilshommes de mon Royaume, disoit - il encore, font comme Acteon & Dioméde , mangés par leurs chevaux & par leurs chiens.

Dans un tems où il étoit mécontent des Vénitiens, il donnoit une audience à leurs Ambassadeurs. Ceux-ci ayant beaucoup vanté

, que

la sagesse de leur République, le Roi répondit : l'op poserai un si grand nombre de foux à vos Sages toute leur sagesse en sera déconcertée.

Mais le meilleur mot qu’un Roi pût dire , c'est celui

que

difoit fouvent Louis XII : qu’un bon Pasteur ne sauroit trop engraisser son troupeau. C'est le væu que Henri IV exprimoit en termes encore plus populaires.

Louis XII aimoit l'ordre & la décence autant que la justice & l'humanité. Ayant sçu qu'on avoit trouvé un jour deux Magistrats jouant à la paume dans un jeu public, il leur reprocha vivement cet oubli des graves bien-séances de leur état , & les menaça , s'ils y retournoient jamais, de les mettre au rang de ses palefreniers,

Tel fut ce Monarque, dont les François

, ne prononcent encore le nom qu'avec des regrets & des soupirs ; d'autres regnes ont rendu la France plus brillante par les Arts ou plus redoutable par la Guerre, aucun ne l'a rendue plus heureuse par la

douceur du gouvernement, par les mæurs & par les vertus; tout le monde s'empressoit d'imiter un Maître adoré; il avoit mis les vertus à la mode ; mode heureuse, mais par malheur aussi changeante que les au

tres, & qui revient moins souvent. Hist. de Il ne courut onques

du
regne

de nul des Louis XII. autres si bon temps qu'il

a fait durant le fien, dit Saint Gelais de Montlieu.

François I. réunit Louis XII à sa chere Anne de Bretagne dans un tombeau de marbre blanc qu'il leur fit ériger à Saint Denis.

Tous les cæurs se tournerent bientôt vers ce jeúne Roi, en qui tout annonçoit un héros. Il fut facré à

Reims le 25 Janvier par l'ArchevêMém. de que Robert de Lenoncourt. Jamais Du Bellay,

Roi ne monta sur le Trône avec des applaudissemens si universels, & ne fit naître de fi flatteuses espérances. On aimoit en lui le gendre & l'ami de

Louis XII ; on l’aimoit pour luiFrancisc. même indépendamment de ces tiguil. Com tres ; on s'attendoit à voir revivre les mentar. rer. vertus de son Prédécesseur, embelGallicar. l.

lies d'un éclat qui avoit manqué au is, an. Isis.

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liv. i.

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regne heureux de Louis XII. Tout promettoit cet éclat fi désiré, qui fait la gloire des Nations & qu'on prend souvent pour le bonheur. François avoit fait ses preuves; on l'avoir vu aimable dans la paix, ardent & habile à la guerre, orner la Cour, servir l'Etat , repousser l'ennemi. La Noblesse, qui ne respiroit que la guerre, attendoit tout de cet amour pour la gloire dont elle le voyoit enHammé ; les femmes comptoient sur sa jeunesle & fur fa sensibilité, les Courtisans sur cette libéralité magnifique qui ne favoit rien refuserle Peuple étoit enchanté de sa franchise, de son affabilité ; il ne démentit dans la suite aucun de ces présages; l'amour de la gloire éclata le premier, & bientôt on vit éclorre des projets dignes de son courage.

CHAPITRE I I.

Objets de Guerre. Droits sur Naples.

Droits sur le Milanes & Jur Gênes. L'ITALIE étoit alors le principal théâtre des expéditions militaires des François ; deux grands objets , Naples & Milan , tournoient leur valeur de ce côté. Il est nécessaire d'exposer les droits qu'ils réclamoient sur 'ces deux Etats, de remonter à l'origine de ces droits, & d'en expofer même l'histoire avec quelque étendue.

I°. NAPLES.

Giannoné Pendant les querelles du Sacerdohift. civ. du ce & de l'Empire vers le milieu du Nap es, liv. treiziéme fiécle, Naples & la Sicile, 3. chap. 3. qui ne formoient alors qu'un seul

Royaume sous le nom de Royaume de Sicile, étoient possedés par les Empereurs de la Maison de Suabe, ir

réconciliable ennemie des Papes; Frederic 11. & les Papes prétendoient sur ce

MAISON DE

SUABE.

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