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Ferdinand II, toujours cher aux Napolitains, qui ne l'avoient abandonné que par inconstance & par crainte , fut reçu dans toutes ses Places aux acclamations d'un Peuple enyvré de joie, & il ne resta aux François de cette expédition fi brillante, qu’une raison éternelle d'en détester le souvenir (I).

Alphonse voyant ce retour de fortune, voulut quitter son Cloître & reprendre le Sceptre; il en fit parler à son fils. Ferdinand sûr que l'affec-tion des Peuples se bornoit à sa personne & ne remontoit pas jusqu'à fon Pere , répondit qu'il falloit attendre que les affaires fussent affez folidement rétablies, pour qu'Alphonse ne fût pas obligé d'abandonner le Royaume une seconde fois. Il eût pu

suivi quelques années après Louis XII dans l'expédition de Naples, alla prier sur la tombe de Gilbert ; la solitude , le silence , la tristesse du lieu , cette erpece de présence de son Pere , qui lui en retraçoit tous les malheurs , firent sur son ame une imprese son si profonde de tendresse & de douleur , que la fiévre le saisit , & qu'il mourut à Naples où on le Transporta.

(1) On verra cette raison au commencement du premier chap. liv. s. de certe Histoire,

BATARDE.

1496

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DE FRANCE.

INTRODUCTION. 83 épargner à son Pere certe dure ironie.

Au reste il jouit peu de son réta- ARRAGON blissement, il mourut sans enfans l'an

Fréderic. née suivante ; Fréderic son oncle lui succéda, & Naples dans l'espace de trois années avoit vu cinq Rois différens ; Ferdinand I, Alphonse II, Ferdinand II, Charles VIII & Fréderic.

Louis XII en exerçant ses droits COURONNY sur le Royaume de Naples, crut de

Louis XII. voir partager sa conquête , pour l'afsurer davantage , il s'associa le Roi d'Arragon Ferdinand le Catholique (1). Il lui céda la Pouille & la Calabre , se réservant Naples , la Terre de Labour & l’Abbruzze: ce traité fut fecret & Fréderic l'ignora. Le Roi d'Arragon affectoit de pa

ARRAGON

LEGITIME , roître le protecteur de ce Prince, son

Ferdinand proche parent qu'il alloit opprimer le Carboliques Sous prétexte dê le secourir contre les François, il envoya Consalve de

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(2) Ferdinand le Catholique éroit fils de Jean Roi d'Arragon , frere d’Alphonie le Magnanime & son Successeur aux Royaumes d'Arragoa & de Sicile mais non au Royaume de Naples, qu'Alphonse ayois laidé à Ferdinand son bâtard.

ples par

livoso Liv. 6.

Cordoue, dit le Grand Capitaine, avec des troupes pour lesquelles il lui demanda quelques Places dans la Calabre.Frédericouvrit sans défiance ses

Ports & ses Places à Consalve. Le reY50-12 pentir suivit de près son erreur. Louis XII fit attaquer le Royaume de Na

deux armées, l'une de terre, l'autre de mer; en même-tems les

Espagnols leverent le masque, & renGuicciard,

dant public leur traité avec la Frarn ce, commencerent les hostilités : le succès des alliés fut rapide , Fréderic enveloppé de tous côtés, ne pouvoit que s'indigner de la perfidie de Ferdinand ; mais connoiffant la franchise & la bonté de Louis XII, it lui remit ses Places, il se remit luimême entre ses mains, il paffa en France, où on lui donna une pension de trente mille écus , qui fut exactement payée, même après que les François eurent été chassés du Royaume de Naples: Frédéric parut goûter les douceurs d'une condition privée; il regretta peu ses grandeurs passées, & s'il se livra quelquefois à l'espéfance d'être rétabli, ce fut toujours

avec une modération plus digne d'un Philosophe que d'un Prince accoutumé à l’yvresse du pouvoir absolu. Il mourut en 1504.

Ferdinand n'avoit consenti au traité qui lui affuroit une moitié du Royaume de Naples , que dans l'efpérance & dans le dessein d'envahir l'autre moitié. Il supposa que les limites du partage n'avoient pas été clairement fixées; il prétendit que la Capitanate, Pays plus important qu'étendu, faifoit partie de la Poüille; les François la revendiquoient comme appartenante à l'Abbruzze. De-là quelques hostilités suspendues par des tréves perfides que les Espagnols rompoient toujours. Consalve, digne instrument des fourberies du Roi d'Arragon, violant sans pudeur les

François engagemens les plus facrés, pour fer- liv. 6. vir fon Maître & pour l'imiter , reparant les échecs à force de dextérité, dérobant les faveurs de la fortune à force de vigilance & d'adresse, profitant de toutes les conjonctures, & les faisant naître, attaquant à propos les François endormis & désarmés

Guicciard

par des propofitions de paix toujours frauduleuses , gagna en personsonne ou par ses Lieutenans les batailles de Seminare dans la Calabre. de Cérignoles dans la Poüille (1), conquit tout le Royaume de Naples, & se combla de gloire en se perdant d'honneur (2).

Ferdinand devenu maître du Royaume de Naples, ne parla plus du traité de partage , il revendiqua contre la branche bâtarde les droits de la Maison d'Arragon, qu'il prétendoit n'appartenir qu'à lùi : il est à remarquer pourtant qu'il n'alléguoit point la raison de la bâtardise, parce que , comme on l'expliquera dans la suite, il ne possé

(1) La Bataille de Serrinare eft du Vendredi 21 Avril 1503, & ía Bataille de Cérignoles du Vcadredi 28 Avrilsuivant. On prétend que ce sont ces deux échecs , fi voisins l'un de l'autre, & reçus tous deuxle Vendredi, qui ont fait regarder chez les François le vendredi comme un jour inalheureux.

(2) On pouvoit appliquer à ce Général les traits dont Tite-Live peint le cœur d'Annibal, après avoir fait l'éloge de ses vertus Militaires : Has tant as viri virtutes ingentia vitia aquabant, inhumans crudelisas, perfidia plufquàm Punica , nihil veri, nihil fan&ti, nullus Dewm metus, nullum jusjurandum, nulla, Religion

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