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ensemble, soit dans ses détails, rappelle, à qui sait observer, toute la vie intellectuelle de son possesseur. Elle nous montre M. Walckenaer portant en lui, dès ses plus jeunes années, ce désir de voir et de savoir, d'apprendre et de connaître, qui forme le trait dominant, le caractère distinctif des intelligences privilégiées. Aux jours de l'adolescence, où l'âme est en quelque sorte bien plus au dehors, les grands aspects de la nature l'avaient séduit et charmé; aussi ses premieres études ont-elles en l'histoire naturelle pour objet. En avançant dans la vie, la mème ardeur d’investigations le conduit rapidement à l'amour des recherches géographiques, et l'entraîne, pour ainsi dire, à la suite des plus hardis voyageurs. Parvenu à une vigoureuse maturité, puis à une vieillesse qui fut presque également vigoureuse, de nouvelles études vinrent s'ajouter aux anciennes, sans les exclure et sans leur nuire; et alors M. Walckenaer, avec une activité qui rappelait toute l'ardeur de sa jeunesse, se consacra, avec une prédilection évidente, à notre histoire, à l'histoire de notre littérature, étudiée principalement dans ce siècle mémorable où elle brilla d'un éclat si vif et si pur, sous l'espèce d'auréole que formaient les noms unis d'un grand roi et des illustres écrivains dont la France est et sera toujours fière; restant toutefois assez maître de son esprit pour rattacher à cette littérature française qu'il aimait tant, un nom ancien qui avait été aussi l'une des gloires d'un siècle non moins illustre que celui qui porte le nom de Louis XIV. C'est ainsi

que M. Walckenaer savait, par l'étendue de son esprit et la délicatesse de son goût, admirer tout ce qui était digne d'être admiré, et qu'il écrivait la Vie d'Horace et l'histoire de ses poésies, en même temps qu'il publiait sa Vie de la Fontaine, et donnait une excellente édition de ce poëte, le meilleur travail littéraire que nous possédions sur la Bruyère, et enfin ses curieux Mémoires sur madame de Sévigné, sur cette nière devenue célèbre sans le savoir et sans le vouloir, autour de laquelle son aimable biographe semble avoir pris plaisir à grouper toutes les illustrations du siècle dans lequel elle a vécu.

Cette rapide esquisse de la vie littéraire de M. Walckenaer fait pressentir ce que peut et ce que doit être sa bibliothèque. Cette bibliothèque est considérable, et relativement assez complète dans tous les genres; mais ce qui y domine principalement, c'est l'histoire naturelle dans quelques-unes de ses spécialités; ce sont surtout la géographie, les cartes et les voyages;

; c'est la littérature du grand siècle; c'est enfin l'histoire générale et particulière de la France. J'ai entendu quelques personnes s'inquiéter et se plaindre de ce que les grandes bibliothèques semblaient, dans notre pays, devenir de plus en plus rares tous les jours. La lecture du catalogue de la bibliothèque de M. Walckenaer pourra servir en partie à dissiper de pareilles inquiétudes, et j'ajouterai, pour rassurer les esprits timorés, qu'il ne me serait

pas

très-difficile d'indiquer encore quelques autres bibliothèques dignes comme celles-ci de l'attention et de l'estime des savants et des amateurs de tous les ordres.

G. D.

Nous aurions voulu pouvoir mentionner ici tous les ouvrages qui, dans cette bibliothèque, mériteraient d'être signalés; mais, en présence d'une collection de livres si abondante et si bien remplie, nous sommes forcés de nous borner à quelques indications, qui, sans faire connaître complétement toute l'importance de la bibliothèque de M. Valckenaer, suffiront néanmoins pour en donner une idée.

Dans la classe de l'histoire naturelle, suffisamment riche en traités généraux, mais surtout très-complète en ce qui se rapporte à l'entomologie, et, dans cette sous-division, à l'étude des insectes désignée sous le nom d'arachnides, nous indiquerons : les Mémoires de Réaumur (n° 548), ceux de Ch. Geer (552), les divers ouvrages de Fabricius et de Linné, et un très-grand nombre de monographies spéciales; dans la section des arachnides, les nos 483 et 486, Natural history of Spiders, d'Eb. Albin (485), publié de nouveau et augmenté par Martyn (486); Clerk, Aranei suecici, Stockholm, 1757 (510); Hydrachnæ quas in aquis detexit Muller (513 bis); et un autre ouvrage d'une haute imporlance, qui peut-être eût dû être cité le premier (no 513): Abbot, recueil de 535 espèces d'araignées de la Géorgie d'Amérique.

La classe de la littérature, très-riche dans toutes ses parties essentielles, offre, avec un choix des meilleures éditions des anciens auteurs classiques, la collection grecque publiée par MM. Didot, et la grande collection latine de M. Lemaire. Il n'est pas hors de propos de signaler, dans cette section, la série d'éditions et de traductions d'Horace, et de dissertations spéciales sur cet auleur, qui forme en quelque sorte une bibliographie de ce poëte (no 1091 à 1205).

La classe de la littérature française est, comme on le pense bien, très-riche en éditions originales de nos grands classiques. On y remarque :

Les six éditions originales successives de la Rochefoucauld, depuis la première, qui date de 1665, jusqu'à la sixième, qui est de 1693 (no 152 à 158);

Les neuf éditions originales de la Bruyère, depuis la première, de 1688, jusqu'à la neuvième, de 1696, dont M. Walckenaer a fait usage avec tant de succès pour établir l'édition qu'il publia en 1845, et qui est la meilleure que nous possédions de cet auteur (no 169 à 178);

Toutes ou du moins presque toutes les éditions originales des @uvres partielles de la Fontaine, Fables, Contes, Amours de Psyché et autres auvres, qui forment ainsi une série précieuse et que l'on pourrait dire unique (no 1343 à 1448);

Editions originales de Boileau (nos 1449-1469);

Plusieurs éditions originales de quelques pièces de Molière (nos 1686-1691);

Racine (1706-1719);

L'édition originale des Contes de Perraull; Paris, Cl. Barbin, 1697 n° 1842);

La première édition très-rare de l'Heptameron, de la reine de Navarre ; Paris, 1558 (no 1859) ;

Un choix d'éditions rares de quelques recueils de Lettres de Mme de Sévigné (2030-2036);

Les Lettres portugaises, édition de Cl. Barbin, 1669 (n° 2059);

Et un certain nombre d'éditions originales ou anciennes de Bossuet, Fénelon, Mme de la Fayette, etc.

Nous arrivons maintenant à la géographie et aux voyages, qui forment la partie dominante de ce riche catalogue. Ces deux classes occupent, à elles seules, un chiffre de près de 2500 numéros. On peut donc s'attendre à y trouver un ensemble presque complet dans ses généralités aussi bien que dans toutes ses parties.

Dans la géographie proprement dile, nous indiquerons seulement la précieuse collection de trente éditions de la Cosmographie de Ptolémée (nos 2230-2267), depuis l'édition originale jusqu'à la plus récente, et dans la série desquelles on remarquera celle de 1478 (2236), qui se trouve être le premier livre qui contienne des cartes gravées ; la collection des petits géographes grecs, d'Oxford, 1698-1712 (n° 2216), ce qui n'empêche pas

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qu'on retrouve dans ce catalogue les éditions originales et partielles des mêmes géographes ; les grands ouvrages de Strabon, de Pomponius-Méla, l'Itinéraire d’Antonin ; les ouvrages des meilleurs géographes du moyen âge et des temps modernes ; les grands travaux d'Adrien de Valois, de d'Anville, et enfin, ce que les savants sauront bien apprécier, une foule de dissertations particulières et de monographies devenues rares et presque introuvables de nos jours.

A cette réuņion si complète d'ouvrages généraux et spéciaux sur la géographie, vient se joindre, comme complément nalurel, une autre collection non moins importante et non moins précieuse, une suite considérable de cartes anciennes et modernes, propres à en justifier et à en éclaircir les indications. Dans cette série, nous citerons seulement le Portulan vénitien, manuscrit de 1384 (n° 2903), et la Carte de Della Gosa, pilote de Christophe Colomb (2904), le plus précieux document géographique que nous ait légué la fin du moyen age, comme l'a si bien dit M. Vivien de Saint-Martin, à qui est due la rédaction de cette partie importante du catalogue.

Parmi les voyages, où dominent principalement les explorations faites dans toute l'Afrique, dans l'Océanie, et dans certaines contrées de l'Asie et de l'Amérique, il faudrait trop citer pour donner une véritable idée de l'abondante richesse de cette partie. Nous indiquerons seulement les collections de Harris (3243), de Ramusio (3255), de Churchill (3263); la série des voyages aulour du monde (3268 à 3320); le précieux manuscrit latin du voyage de Marco Polo (n° 3385), et les diverses éditions de ce curieux ouvrage (0° 3386-3392); les lettres de Fernand Corlès à Charles-Quint (n° 4187), et le voyage dans l'Amérique méridionale de M. de Humboldt et Boppland (4217), en renvoyant les amateurs au catalogue même pour l'étude de cette série si opulente et si complète.

On doit croire que, dans une collection si abondante et si bien entendue, la classe de l'histoire n'a pas moins d'intérêt et d'importance que celles qui la précèdent. On trouvera donc ici tous les grands travaux anciens et modernes sur l'histoire de tous les temps et de tous les pays : l'histoire de l'Asie, celle de l'Afrique,

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