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, ques-unes de ces piéces, dit-il, te déplairont, fçache auffi que je ne les juftifie pas toutes, & que je ne les donne qu'à l'importunité du Libraire » pour groffir fon Livre. Je ne crois pas ,, cette Tragi - Comédie fi mauvaife, » que je me tienne obligé de te recom,, penfer par trois ou quatre bons Son,, nets". Comme rien ne m'obligeoit d'avoir la même complaifance, je n'ai pas fait difficulté de fupprimer des plaifanteries d'un goût peu délicat, & divers traits d'une galanterie trop libre. J'ai également rejetté quelques piéces du même caractére, inférées dans le Recueil de Sercy.

En retranchant les morceaux d'une galanterie licentieuse, je n'ai fait que me conformer à l'éxemple de M. Corneille qui a purgé fes premieres Comédies de tout ce qui en pouvoit rappeller l'idée. Pour les autres piéces du même genre, ouvrage de fa premiere jeunesse, & imprimées dans ce Recueil, il m'a paru qu'en général elles font plûtôt

l'ouvrage de l'efprit & de l'imagina tion, que celui du cœur: ce qui eft d'autant plus fingulier que l'amour avoit fait éclore le talent de M. Corneille pour la Poëfie. Il y a pourtant dans quelques-unes de ces piéces, des fentimens vrais & naturels; & les unes & les autres fervent à connoître les différentes formes que cette paffion avoit prises dans l'efprit & dans le cœur de ce grand homme. On nous accufe de faire de notre goût actuel, la régle fouveraine de nos jugemens, & de n'eftimer les chofes que par le rapport qu'elles ont avec nous: fi cela eft, des idées rélatives au goût d'un fiécle qui n'étoit ni auffi poli, ni auffi rafiné que le nôtre, déplairont peut-être à des efprits exceffivement délicats, & affez injuftes pour vouloir que tout reffemble à ce qui frappe leurs yeux ou à ce qui excite en eux des fenfations agréables. Perfuadé que les mœurs de différens fiécles forment un tableau intéreffant pour un efdrit Philofophe, je n'ai pas balancé à

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réimprimer des piéces compofées vraifemblablement avant l'année 1625.qui rappellent des plaifirs, & des amufemens inconnus à notre fiécle.

On trouve dans ce Recueil trois Madrigaux, où M. Corneille fait parler des fleurs d'une maniere galante.Ne paroîtront-ils pas infipides à un fiécle dégouté des ouvrages où l'efprit remplace les fentimens du cœur ? Peut-être que la conjoncture qui fit naître ces Madrigaux, leur fervira de paffe-port. Voici ce que M. Huet* nous apprend à ce fujet.,, Jamais l'amour n'a inventé de ,, galanterie plus ingénieufe, plus polie & plus nouvelle que la Guirlande de Julie, dont le Duc de Montaufier „régala Julie d'Angennes un premier ,, jour de l'an, lorfqu'il la recherchoit ,, en mariage. Il fit peindre féparément „, en mignature, toutes les plus belles fleurs par un excellent Peintre, fur des morceaux de vélin de la même » grandeur. Il fit ménager au bas de

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Huetiana, pag. 103.

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,, chaque figure affez d'efpace pour y faire écrire un Madrigal fur le fujet de la fleur qui y étoit peinte, & à la ,, louange de Julie. Il pria les beaux efprits de ce temps-là, qui prefque ,, tous étoient de fes amis, de fe char,, ger de la compofition de ces piéces, ,, après s'en être réfervé la meilleure ,, partie. Il fit écrire au bas de chaque fleur fon Madrigal, par un homme » qui avoit alors beaucoup de réputation pour la beauté de fon écriture. Il fit enfuite relier tout cela magnifi,, quement : il en fit faire deux éxem,,plaires tout pareils, & fit enfermer chacun dans un fac de peau d'Efpa,,gne. Voilà le préfent que Julie trouva à fon réveil fur fa toilette le mier jour de l'année 1633. ou 1634.“ Les Auteurs du Menagiana T. II. p. 300. attribuent l'invention de cette Guirlande aux beaux efprits qui fréquentoient l'Hôtel de Rambouillet; mais je préfére le témoignage de M. Huet, mieux informé que ces com

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pilateurs. M. Corneille fut chargé des Madrigaux pour la Tulippe, la Fleur d'Orange & l'Immortelle blanche. Ces amusemens de focieté étoient innocens, & n'excitoient dans les cours que des fentimens vertueux.,, L'Hôtel de Rambouillet fi honoré dans le fiécle paf,, fé, dit Madame Lambert *, eft devenu le ridicule du nôtre. L'on fortoit de ces Maifons, comme des repas de Platon, dont il eft dit qu'on fe fentoit long-temps; non que la fanté ,, en fût dérangée, mais l'ame s'en trou,, voit nourrie & fortifiée. Ces plaifirs là ne coûtoient rien aux mœurs, ni à la fortune; les dépenses d'efprit ,, n'ont jamais ruiné perfonne. Les jours couloient dans la paix ; mais à pré,, fent, que ne faut-il point pour l'em», ploi du temps, pour l'amufement d'u,,ne journée? Quelle multitude de goûts

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fe fuccédent les uns aux autres! La table, le jeu, les fpectacles". Pour peu qu'on réflechiffe fur le caractére de

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*Réfléx. fur les Femmes, p. 14. Edit. de Paris 1730 a vj

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