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P. DE fçavantes conferences, où l'on veBOISSAT. noit préparé fur les matieres qu'il avoit indiquées. Boiffat y eut entrée, & Chorier fait mention de deux Difcours qu'il y recita, l'un fur l'Amour des corps, & l'autre sur le rien.

Ce fut là qu'il eut occafion de faire connoiffance avec ceux de nos Ecrivains qui primoient alors, & nommément avec Baudoin, Faret, Theophile, Bourbon & Balzac. Il s'étoit fait un habitude, même à l'armée, d'apprendre tous les jours quelque chofe par cœur, & de le

reciter à hauté voix. Cette habitude lui avoit donné une grande facilité à parler d'un ton foûtenu, qui approchoit fort de la déclamation, & lui avoit rempli la memoire de mille traits remarquables, qui le faifoient briller beaucoup dans ces Affemblées.

Quelques duels, où il fut heureux, acheverent de le mettre bien dans l'efprit de Gafton, qui s'étant retiré de France, l'emmena avec lui en Lorraine, en Flandres & en Allemagne, & le fit Gentilhomme

de fa Chambre pendant fon fejour P. DE à Nanci.

BOISSAT.

Après la bataille de Nortlingue, Gafton, reconcilié avec le Roi, revint à Paris, & garda toujours auprès de lui Boiffat, à qui l'une des quarante places de l'Academie Françoife, qui ne faifoit que de naître, fut alors donnée par le Cardinal de Richelieu.

On trouve dans l'Hiftoire de l'Academie Françoife de M. Pelliffon, que pour répondre à l'obligation où étoient les Academiciens de faire chacun à leur tour un Difcours fur telle matiere qu'il leur plairoit, il en prononça un » de l'Amour des » corps, où des raifons Phyfiques, prifes des fympathies & des antipathies, & de la conduite » du monde, il voulut faire voir

par

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» que l'amour des corps n'est pas >> moins divin que celui des efprits. C'est apparemment le même que celui qu'il avoit déja recité dans les conferences de M. le Duc d'Orleans.

Boiffat étoit eftimé & aimé des Sçavans & des Perfonnes de la Cour,

P. DE & voyoit fa fortune plus riante que BOISSAT. jamais, lorfqu'en 1636. le defir de revoir fes parens le fit retourner dans fa Patrie; ce qui fut pour lui une fource intariffable de chagrins.

Après avoir fait quelque fejour à Vienne, il alla à Grenoble faluer M. le Comte de Sault, Lieutenant de Roi en Dauphiné. On étoit alors dans le Carnaval, & ce Seigneur donnoit un Bal. Boiffat s'y trouva déguifé en femme, & fe fervit du privilege des mafques pour tenir des difcours libres à Madame la Comteffe de Sault. Elle s'en offença, & la chofe alla fi loin, qu'elle fe porta le lendemain à une cruelle vengeance, en faifant donner des coups Boissat de bâton à Boiffat par les gardes du Comte de Sault & par fes domeftiques.

Toute la Nobleffe du Dauphiné fe croyant intereffée dans cette affaire, fe plaignit de cette injure & en demanda hautement réparation. On fut feize mois entiers à convenir des faits, & ce ne fut qu'au bout de ce tems que fe fit Faccommodement, dont l'acte fo

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lennel eft inferé dans l'Hiftoire de P. DE l'Academie par M. Pelliffon.

BOISSAT.

Après cet accident, Boiffat perdit toute idée de reparoître à la Cour, & fe confina pour toujours à Vienne.

Heureusement il avoit une refource qui étoit l'amour de l'étude, à laquelle il fe livra plus qu'il n'avoit encore fait jufques-là. Il crut auffi qu'une femme pourroit lui être de quelque confolation ร & il époufa Clemence de Geffans ̧« niéce d'un Grand-Maître de Malthe, dont il eut deux enfans, un fils, nommé André Ignace Jofeph, qui fur tué à fa premiere campagne, & une fiile, nommée Marie-Françoife Gertrude, mariée en Savoye au Comte de Saint-Maurice.

Un autre fecours, mais encore plus efficace, qu'il oppofa à fes adverfitez, fut la devotion folide qu'il 'embraffa pour le refte de fes jours, & même avec quelque forte d'excès.

Il pouffa effectivement l'efprit de pénitence jufqu'à des fignes extérieurs, que les bienféances du

P. DE monde ont peine à fouffrir. Il neBOISSAT.gligeoit fes cheveux, fe laiffoit cro tre la barbe, affectoit de porter des habits groffiers, attroupoit & catéchifoit les pauvres dans les carrefours, faifoit de fréquens pelerinages à pied. En un mot il ne mettoit aucune difference entre les vertus d'un Cavalier & celles d'un Moine.

La Reine de Suede paffant en 1656. par Vienne pour aller à Rome, les principaux de la Ville prierent M. de Boiffat, qui lui étoit connu par des Poëfies qu'il avoit faites à fa loüange, de marcher à leur tête, pour la complimenter. Il fe prefenta devant elle avec un air de malpropreté qui la choqua, & lui fit un fermon pathetique fur les Jugemens de Dieu, & fur le mépris du monde, qui lui déplut encore davantage; elle fouffrit impatiemment qu'au lieu de lui donner des loüanges, il fe jettât fur une matiere fi lugubre; & quand il se fut retiré : Ce n'eft point là, dit-elle, ce Boiffat que je connois, c'est un Prêcheur qui emprunte fon nom. Après quoi elle.

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