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ÉLOGE HISTORIQUE

DE M. LE COMTE
DE CAY LUS,

Lu à la rentrée publique de l'Académie Royale

des Inscriptions & Belles - Lettres : le Mardi 8 Avril 1766, par M. le Beau Sécretaire

per pétuel de la même Académie.

NNE-CLAUDE-PHILIPPE de

Thubieres , de Grimoard , de Pestels, A

de Levy ,. Comte de Caylus, Conseiller d'honneur né au Parlement de

Toulouse , naquit à Paris le 31 Octobre, 1692. La famille de Thubieres , originaire de Rouergue , jouissoit dès l'an 1200 des prérogatives de la Haute Noblesse. Jean-Anne Comte de Caylus , pere de notre illustre Académicien , fut Menin de Monseigneur le Dauphin , & mourut en 1705, Lieutenant Général des Armées du Roi. Il laisfa deux freres , également distingués dans deux Ordres & dans deux Royaumes différens.

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L'un ayant embrassé le service d'Espagne , fut fait Grand d'Espagne de la premiere classe, Chevalier de la Toifon d'or , Généralissime des Armées de Philippe V , & mourut Vice-Roi de Valence en 1760. L'autre ne posséda qu'un seul titre; mais ses vertus y ajouterent un éclat supérieur à celui de toutes les dignités humaines : ce fut le célebre Evêque d'Auxerre. M. le C. de Caylus eut un frere Chevalier de Malte , Chef d'Escadre , & Gouverneur Général des Illes du Vent , où il mourut en 1750. Leur

mere Marthe-Marguerite de Valois , Marquise de Vilette , eut pour bifayeul Théodore Agrippa d'Aubigné, auffi renommé par ses écrits que par fa valeur, qui suivit Henri IV. dans toutes ses batailles , & ne l'abandonna

que

dans sa conversion. Madame de Maintenon étoit tante à la mode de Bretagne , de Madame la Comtesse de Caylus. Le

pere du jeune Comte songea sur-tout à lui faire un tempéramment vigoureux , & il y réussit. Nous l'avons vû supporter les maux les plus douloureux , auxquels nous étions plus sensibles, qu'il ne fembloit l'être lui-même. La mere employa fes soins à lui former l'esprit & 'le cæur , & personne n'en étoit plus capable. Elle faifoit par les qualités aimables l'ornement de la Cour. Elle sçut lui infpirer l'amour de la vérité & de la justice , la générosité, une franchise qui n'étoit pas dépourvue de circonspection, & le plus vif sentiment de

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l'honneur. Mais les graces de l'esprit de la Comtesse prirent dans celui de son fils une teinture hardie & militaire : il tira de son propre fonds la gayeté, le goût des plaisirs , l'amour de l'indépendance, & avec un respect inaltérable

pour

la

personne du Prince, un éloignement invincible pour la servitude de la Cour.

Après avoir achevé ses exercices , il entra dans les Mousquetaires , & dès la premiere campagne en 1709, il se distingua par sa valeur. Le Roi lui donna des éloges en présence de toute la Cour, & le récompensa d'un Guidon de Gendarmerie. En 1711 il fut Mestre de Camp d'un Régiment de Dragons de son nom , à la tête duquel il se fi-. . gnala en Catalogne. Il se trouva en 1713 au siége de Fribourg, où il courut de grands risques à l'attaque du chemin couvert , qui fut très meurtriere. La faveur de Madame de Maintenon , qui pouvoit même suppléer au mérite , auroit fait valoir avantageusement celui du jeune Comte , s'il eut été de caractere à se prêter aux vues de la famille. Sa bravoure naturelle trouvoit une pente aisée & commode pour monter aux plus grands honneurs. Mais la paix de Rastadt le laissoit dans une inaction , dont la vivacité ne s'accommodoit pas.

Il fit le voyage d'Italie. Sa curiosité se promena fur toutes les merveilles de cette contrée , où l'antiquité présente tant de membres épars , & toujours féconde , quoiqu'ensevelie, fort quelquefois

de ses tombeaux pour enfanter des Artistes, qui par une heureuse imitation produisent eux-mêmes de nouveaux modeles. Les yeux du Comte n'étoient pas encore sçavans, mais ils s'ouvroient à la vue de tant de beautés , & apprenoient à les connoître. Il parcourut les côtes de Sicile. L'approche d'un noble péril l’attira dans l'isle de Malte , que la Puissance Ottomane menaçoit alors de foudroyer. Les Chevaliers s'y rendoient de tous les pays

de l'Europe. Le Comte offrit son épée, qu'on accepta. Mais l'allarme fut vaine. Il revint à Paris au mois d'Octobre 1715, après une année d'absence. Le goût des voyages & des recherches d'antiquités le fit renoncer au service.

Huit mois après il saisit l'occasion de passer dans le Levant. Il partit avec M. de Bonac , qui alloit relever M. Defalleurs à la Porte Ottomane. Arrivé à Smyrne il profita d'un délai de quelques jours pour visiter les ruines d'Ephese , qui n'en font éloignées que d'environ une journée. Vainement s'efforça-t-on de l'en détourner en lui repréfentant les dangers qu'il alloit courir. Le redoutable Caracayali à la tête d'une troupe de brigands s'étoit rendu maître de la campagne , & portoit l'effroi dans toute la Natolie. Mais dans le Comte de Caylus la crainte fut toujours plus foible que le désir. Il s'avisa d'un stratagême qui lui réussit. Vêtu d'une simple toile de voile , ne portant sur lai rien qui put tenter le plus modeste voleur , il se mit sous la conduite de deux brigands de la bande de Caracayali, venus à Smyrne , où par crainte on les souffroit. Il fic marché avec eux sous la condition qu'ils ne toucheroient l'argent qu'au retour. Comme ils n'avoient d'intérêt qu'à le conserver , jamais il n'y eut de guides plus fideles. Ils le conduisirent avec son interpréte vers leur chef, dont il reçut l'accueil le plus gracieux. Instruit du motif de lon voyage , Caracayali voulue servir fa curiosité ; il l'avertit qu'il y avoit dans le voisinage des ruines dignes d'être connues ; & pour l'y tranfporter avec plus de célérité , 'il lui fit donner deux chevaux Arabes , de ceux qu'on appelle chevaux de race , qui font estimés les meilleurs du monde , tant leur allure a de vitesse & de douceur. Le Comte se trouva bien-tôt comme par enchantement sur les ruines indiquées ; c'étoient celles de Colophon. Il y admira les restes d'un théâtre , dont les siéges pris dans la masse d'une colline qui regarde la Mer , joignoient autrefois au plaisir du spectacle celui de l'aspect le plus riant & le plus varié. Il retournà passer la nuit dans le fort qui servoit de retraite à Caracayali ; & le lendemain il se transporta sur le terrein , qu’occupoit anciennement la ville d'Ephese.

Je ne dirai rien de l'état où il trouya cette Ville , & le fameux Temple de Diane : il en a rendu compte dans un Mémoire. On me permettra d'en citer un trait ingénieux. La vue des rui

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