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cent à diminuer depuis quelque tems, fur-tout les Capucins & les Augustins; mais vers 1685 & 1700, ceux-là alloient en augmentant, ainsi l'un compenfe l'autre.

Voilà les attentions que j'ai apportées à la formation des Tables VIII. IX. X. XI. &

XII. par le moyen desquelles j'ai établi, ainfi

que pour les Rentiers, les cinq ordres moyens de mortalité des Religieux & Religieufes de la Table XIII. en partant feulement de l'âge de vingt ans, auquel âge j'ai fuppofé par tout 814 perfonnes, qui eft le même nombre que dans l'ordre moyen des Rentiers au même âge de vingt ans, & auffi le même ou environ que dans l'ordre de M. Kerfeboom; par-là on fera plus aifément la comparaison des uns avec les

autres.

Je n'ai cherché les termes de ces ordres de mortalité, que de cinq en cinq ans; & j'ai enfuite rempli le reste par les différences. Elles fe suivent assez bien : j'aurois pû les faire suivre un peu mieux ; mais je n'ai rien voulu changer aux termes de cinq en cinq ans que m'ont donné les Regles de trois, afin qu'on voye mieux l'uniformité que cela conferve.

Si l'on compare maintenant ces ordres entre

L

par

eux, on verra que les deux des Bénédictins le fuivent affez bien; on remarquera pourtant que le fecond ordre on trouve les vies moyennes un peu plus grandes que par le premier; ce qui fait connoître que les Religieux vivent à présent un peu plus qu'ils ne vivoient autrefois ; & cela eft vrai, non-feulement pour les Bénédictins, mais auffi pour tous les autres Religieux dont j'ai pu avoir les âges, ainfi que je l'ai vérifié d'une autre maniere qu'il eft inutile de mettre ici.

On remarquera que les Religieux de Sainte Genevieve vivent un peu moins en général que les Bénédictins, & que les Religieufes vivent plus que les Religieux; ce qui paroît confirmer ce que dit M. Kerseboom, qu'un nombre quelconque de femmes vivent plus entre elles qu'un pareil nombre d'hommes, felon le rapport de 18 à 17. Il dit que toutes les femmes qui naiffent dans un endroit, vivent autant que les hommes. Or le nombre de garçons qui naissent dans un endroit pendant un long efpace de tems, est au nombre des filles comme 18 eft à 17 ou environ, ainfi qu'on l'a obfervé en Angleterre, & qu'on peut le voir à la fin de la feconde édition de l'Analyse fur les Jeux de hazard de M. de

Montmor.Ors'il eft vrai que toutes les femmes ensemble vivent autant que tous les hommes enfemble, leurs naiffances étant à celles des hommes comme 17 est à 18, il faut que leur vie moyenne foit à celle des hommes, comme 18 eft à17. On voit par la Table XIII. que les vies moyennes des Religieux & celles des Religieuses sont fort approchantes d'être felon ce rapport dans tous les âges. Je ferai quelque jour la même recherche pour les hommes & les femmes du monde; elle demande un peu plus de tems que je n'en ai à présent.

Tout le monde croit que l'âge de 40 à 50 ans est un tems critique pour les femmes : je ne sçai s'il l'eft plus pour elles que pour les hommes, ou plus pour les femmes du monde que pour les Religieufes; mais quant à ces dernieres, on ne s'en apperçoit point par leur ordre de mortalité, comparé aux autres. Je tâcherai quelque jour d'éclaircir ce doute; ce pourroit bien être encore une de ces chofes qu'on croit fans fondement, comme bien d'autres.

On remarquera auffi que vers le commencement les Religieux & Religieuses meurent moins que les gens du monde; mais quand ils viennent à l'âge de 45 ou 50 ans & au-delà, ils meu¬

rent beaucoup plus vîte; il y a trois raisons principales pour que cela foit ainfi.

1o. Les Religieux & Religieufes font des gens bien mieux choifis que les Rentiers: car outre qu'on a grand foin de les vifiter pour la plûpart, pour voir s'ils n'ont aucune infirmité extérieure, & qu'on leur demande fous peine d'engager leur confcience, s'ils ne fe connoiffent aucune infirmité intérieure ; le Noviciat fert autant aux Supérieurs pour éprouver la fanté & le tempérament des Novices, qu'à ces derniers pour éprouver la Regle.

2o. Quand les Religieux & Religieuses ont paffé quinze ou vingt ans dans le Couvent, leur fanté commence à s'altérer par les abstinences, les jeûnes forcés, le chant, les veilles, des austérités souvent outrées, & peut-être encore plus que tout cela, le manque de foins pour l'extérieur de leur corps, dont la plupart ne se piquent guere.

3o. Ceux qu'un bon tempérament fait aller jusqu'à un âge un peu avancé, pourroient aller bien plus loin s'ils avoient dans les Couvents mille petites douceurs qu'ils n'ont pas, & que les gens du monde trouvent chez eux, non-feulement les riches, mais auffi ceux qui ne font

que médiocrement aifés, & même les fimples artifans qui fçavent s'arranger dans leur mé

nage.

On remarquera encore en comparant les or→ dres de mortalité des Religieux à celui des Rentiers, & à celui de M. Kerseboom, que c'est un faux préjugé de croire que les Religieux & Religieuses vivent plus que les gens du monde. Choifis comme ils le font, ils devroient vivre beaucoup plus, ou avoir leurs vies moyennes beaucoup plus grandes que celles des Rentiers ; & on voit par la Table XIII. qu'elles font moindres. Cette erreur vient de ce qu'on ne juge que par les apparences. Il y a de vieux Religieux à la vérité, mais bien moins qu'on ne croit: c'eft un fait qu'on ne fçauroit contester, sans nier l'exactitude de leurs Nécrologes; auffi ne m'arrêterai-je pas à le prouver, quoiqu'on puiffe le faire par des raisons très-solides : je laiffe à chacun le foin de les chercher; on les trouvera aifément dès qu'on voudra y faire attention. Combien d'autres préjugés encore plus ridicules ne détruiroit-on pas, fi on vouloit en examiner l'origine, & les illufions qui les favo¬ rifent?

Par tout ce que j'ai dit jufqu'ici, & que je

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