Imágenes de páginas
PDF
EPUB

a

car quoique les deux Tontines foient à 20 ans de diftance, fi ce Rentier à été des premiers à conftituer à la Tontine de 1689, & des derniers à la Tontine de 1709, & qu'il eût 29 ans ou 29 ans & demi en 1689, il étoit poffible qu'il eût 50 ans lorfqu'il a conftitué à la Tontine de 1709, parce qu'il a pû ne conftituer qu'en 1710 ou 1711. les conftitutions de cette derniere Tontine ayant été très-lentes; & c'est pour cela que je ne m'en fuis pas fervi, comme je le dis page 49, dans l'Effai fur les probabilités de la durée de la vie humaine. Ce Rentier fe trouve donc dans la Tontine de 1689. avec des gens beaucoup plus jeunes que lui, & en 1709. avec des gens plus âgés ; tellement qu'à la Tontine de 1709, ce Rentier fe trouve plus avancé d'une claffe qu'il ne devroit, fi toutes chofes étoient d'ailleurs égales; car s'il n'avoit eû que 27 ans en 1689 ou 1690, qui eft l'âge où l'on doit fuppofer tous les Rentiers de la fixiéme claffe, il n'auroit eu que 47 ans en 1709 ou 1710, & il n'auroit par conféquent été que dans la dixiéme claffe, & ce font les Rentiers de ces deux claffes qu'on doit comparer, & non la fixiéme de 1689, avec la onzième de 1709, quoique le Rentier en queftion fe trouve dans toutes les deux.

M.Thomas ne doit donc pas être furpris,s'il trouve plus de Rentiers vivans dans une des claffes de ce Rentier que dans l'autre s'il m'eût fait l'honneur de me confulter, j'aurois tâché de répondre à son objection, comme l'auroit pû faire toute perfonne qui auroit. lû mon Livre avec attention. Je prie ceux qui n'auront pas de difficultés mieux fondées à me faire, & dont le Public ne pourroit pas tirer plus d'avantage, de me faire l'honneur, s'ils font à Paris, de me propofer eux-mêmes leurs objections: je me ferai toujours un plaifir de leur donner tous les éclairciffemens dont je fuis capa ble. Je fuis mon R. P. &c.

Journal de Trevoux, May 1746.

REPLIQUE de M. THOMAS; dans le Journal de Verdun, d'Aout 1746.

J'A

C'est l'Auteur du Journal qui parle.

'AI annoncé il y quelque tems le Livre de M. Deparcieux, intitulé: Effai de probabilités fur la durée de la vie humaine. Dans cet Ouvrage, M. Deparcieux fonde ces probabilités; 1o. Sur les Regiftres mortuaires de quelques Villes étrangères; 2°. Sur les Nécrologes de quelques Communautés Religieufes; 3°. Sur les

[ocr errors]

Tontines. Une Lettre de M. Thomas, inférée dans le premier volu me du mois d'Avril dernier des Memoires de Trevoux, effaye de prouver que ces fondemens de probabilités font peu folides en difant que le premier, dénué de principes fûrs, doit être rejetté; que le fecond eft équivoque à plufieurs égards, & que le troifiéme, quoiqu'inconteftable, avoit une difficulté qu'o prioit l'Auteur de vouloir bien réfoudre. M. Deparcieux répondit au mois de May fuivant dans les mêmes Mémoires, article 59, que les autorités des grands hommes ne doivent point être rejettées; qu'il donnoit la preférence aux Regiftres mortuaires de Breflaw en Siléfie; & en infinuant que les Nécrologes de M. le Curé de faint Sulpice, & de quelques autres Communautés Réligieufes, par leur grande exactitude, font des monumens authentiques pour établir des ordres de mortalité du genre humain, il prétendoit que la difficulté propofée étoit facile à réfoudre, d'un côté, par le retardement de la confection de quelques Tontines, & d'autre côté par la pofition d'un Rentier dans la dixiéme claffe plutôt que dans la onzième..Ceci fuffira pour inftruire le Lecteur du fujet de la difpute littéraire dont il s'agit, & pour lui faciliter l'intelligence de la réplique fuivante de M. Thomas.

M. Deparcieux, dit-il, avance dans fa réponse que les obfervations des grands hommes, pour établir des ordres de mortalité du genre humain, ne doivent point être rejettées; qu'il n'a point admis les Regiftres mortuaires de Londres; qu'il a adopté ceux de Breflaw, & que ceux de M. le Curé de faint Sulpice ont une exactitude fupérieure à toutes celles de prefque tous les autres Curés de France. Je réponds d'abord que les obfervations de MM. Halley, Simpson, Kerfeboom, & de M. Deparcieux méritent de grandes confidérations, en les regardant comme des fources conjecturales pour parvenir à établir des ordres de mortalité; mais qu'on doit les rejetter pour probabilités, vû les vices inévitables dont ils font remplis. Et en effet, M. Halley, fuivant l'Ouvrage de M. de Parcieux, page 35, a remarqué qu'il ne falloit admettre que les Regiftres mortuaires des endroits d'où il ne fortit perfonne, & où il n'entrât aucun étranger. C'eft fur ce principe que M. Deparcieux a rejetté les Regiftres mortuaires de la Ville de Londres, défectueux, à caufe du grand concours d'étrangers; & je ne fçais pourquoi le même Auteur admer les Regiftres de Breflaw, Capitale de Silefie, qui, par fes prérogatives, par fa fituation & fon grand commerce, eft une des Villes les plus fréquentées de l'Europe. Je tombe d'accord que les Regiftres de M. le Curé de faint Sulpice peuvent avoir plus d'exactitude que d'autres: mais tout exacts qu'on peut les

fuppofer, ils ne font pas vraisemblablement exempts de plufieurs erreurs. M. le Curé de faint Sulpice, homme refpectable à tous égards, ne peut fe conduire dans cette occafion que moralement en recevant les dépofitions de deux témoins qui commandent l'Enterrement, qui, tout fincères qu'on peut les croire, peuvent fort bien fromper dans la déclaration du plus ou moins d'âge, y ayant plufieurs perfonnes qui ne fçavent pas bien le leur, & beaucoup d'autres, principalement du fexe, qui le diffimulent toujours, de maniere qu'à la mort, les perfonnes intéreffées à leurs funerailles, ne déclarent l'âge qu'à peu-près; je ne dis pas à l'heure & à la minute, mais à trois & quatre années, & quelquefois à dix années près : & qu'on ne dife point que dans cette fituation l'on peut prendre un milieu; ce qui ne paroît pas plus clair que de compter le nombre des Etoiles dans une nuit nébuleufe. En un mot le principe lumineux de M. Halley, qui renferme le caractère des giftres mortuaires qui doivent être reçus en pareille occafion, me emble un argument péremptoire contre ceux de faint Sulpice, qui fans contredit eft la Paroiffe de Paris la plus peuplée, & où il y a un mouvement perpétuel d'entrées & de forties de Provinciaux & d'Etrangers.

Le fecond moyen dont parle M. Deparcieux, & qui roule fur les titres Nécrologiques de l'Abbaye de fainte Genevieve, des Bénédictins de faint Maur, & de quelques Communautés de Filles, tels véridiques qu'ils puiffent être, n'étant obfervés que dans quelques Maifons dans une feule Ville, & ainfi dans un petit coin de la terre, peut-il être une Loi pour en déduire des ordres de mortalité de tout le genre humain; la différence des climats, l'intempérie des faifons, la nature variée des alimens, la diverfité des occupations, influant infiniment fur les tempéramens, & occafionnant des variations étonnantes fur le plus ou le moins de durée de la vie des hommes.

Le troifiéme moyen enfin regarde le Rentier dont j'ai parlé, qui étoit intéreffé dans la fixiéme claffe de la Tontine en 1689, & dans la onzième claffe de celle de 1709, je conviens que ce Rentier avoit so ans jufte lors de la création de la Tontine de 1709, &· qu'ainfi il étoit de fa divifion;mais examinons le rapport de la dixiéme claffe de la troifiéme Tontine avec la fixiéme claffe de la premiere: qu'on me permette de rapporter par extrait le résultat de la fixiéme claffe de la premiere Tontine, & de la onzième claffe de la troisième : ayant affaire à des perfonnes qui entendent le calcul, j'en use ainfi ne point ennuyer par une trop longue narration numéraire. Le réfultat des furvivans de la premiere Tontine étoit d'un feptiéme, & celui de la troifiéme étoit d'un dixième ou environ, toujours au

pour

premier

premier Janvier 1744, feule époque de toutes les obfervations préfentes. Je remarquerai en paffant que la premiere divifion de la onziéme claffe de la troifiéme Tontine avoit pour réfultat de furvivans dans la même année un trente-neuviéme. Quant à la dixiéme claffe de cette derniere Tontine, que l'on regarde comme un principe de folution dans la matiere préfente, elle avoit deux divifions; le résultat de la premiere divifion étoit d'un fixiéme, & le résultat de la feconde divifion étoit d'un quatrième. Et l'objection, que la longueur de la confection de quelques Tontines peut occafionner ces difproportions, me paroît tomber d'elle-même, fi l'on fait attention que ceux qui font prépofés pour l'opération des Tontines, n'admettent dans les claffes, quelque longues qu'elles foient à remplir, que des perfonnes fuivant l'âge qu'elles avoient lors de la création, à moins qu'ils ne foient autorifés par quelque Arrêt du Confeil que l'on devroit produire. Je pourrois pouffer plus loin ces obfervations, mais j'en refterai là en faifant cette réflexion : Si de la comparaifon de différentes claffes, de différentes Tontines, & de la combinaifon de plufieurs divifions de semblables claffes de mêmes Tontines, toujours dans les circonftances ifochrones, il est trèsdifficile d'affeoir proportionnellement des ordres de mortalité; combien plus fera-t-il difficile de fixer des claffes générales, en faifant ufage des monumens mortuaires de quelques Villes & de quelques Paroiffes, dont le poids, fi authentique qu'il foit, ne peut jamais balancer la certitude des faftes Tontinaires. Au milieu de toutes ces confidérations, j'efpére que les recherches que de célébres Auteurs ont faites jufqu'à préfent, joint à celles que l'on pourra faire par la fuite, y ayant à préfent neuf Tontines en France, fourniront des moyens fürs de la probabilité de la durée de la vie du genre humain.

REPONSE de M. DE PARCIEUX à M*** Auteur du Journal de Verdun.

MONSIEUR,

J'AUR 015 crû que M. Thomas fe feroit contenté de ce que

j'avois répondu à fa premiere Lettre, ou qu'il feroit venu me propofer lui-même fes difficultés s'il en avoit encore, comme je fe lui avois offert; mais puifqu'il a jugé à propos de fe fervir toujours de la voye des Journaux, je vous prie de vouloir bien inférer ma réplique dans le premier Journal qui paroîtra, je la fais à la vérité moins pour répondre à la fienne, que pour le prier s'il écrit

**

encore, de ne me pas faire parler autrement que je n'ai fait tant dans ma Lettre du Journal de Trévoux, que dans mon Effai fur les Probabilitésde la durée de la vie humaine, & pour faire connoître aux Lecteurs qu'il s'eft totalement éloigné de ma penfée, & que fes expofés en renverfent abfolument le fens je vais rapporter fes expreffions & les miennes. Les Lecteurs jugeront fi la réplique de M. Thomas vient du défaut d'intelligence ou de quel que motif que j'ignore.

M. Thomas diftinguoit fort bien dans fa premiere Lettre les trois moyens dont nous nous fommes fervis, MM. Halley, Simpson, Kerfeboom & moi, pour effayer d'établir quelques probabilités fur la durée de la vie humaine, ces moyens font; 1°. Les Regiftres mortuaires de Breflaw, de Londres & de quelques villes de Hollande; 2°. Les Nécrologes des Maifons Religieufes, 3°. Les Rentiers des Tontines.

Avant que d'aller plus loin, je dois avertir ceux qui n'ont pas lû mon Ouvrage, que je ne me fuis point du tout fervi du premier de ces trois moyens, pour établir aucun ordre de mortalité, quoique M.Thomas tache de l'infinuer dans fa replique. Je rapporte feulement dans mon Livre ceux qu'en ont déduit MM.Halley, Simpfon & Kerfeboom. - M. Thomas difoit dans fa premiere Lettre que le premier de ces moyens devoit être totalement rejetté, fans qu'il fçût comment s'y étoient pris ceux qui s'en font fervi.

Je répondis en ces termes. Tout le monde trouvera comme moi que c'eft aller un peu vite; MM. Halley & Kerfeboom, que cet article regarde, méritent un peu plus de ménagement: il me femble qu'on ne doit pas ainfi rejetter ce qu'un Auteur a fait lorsqu'on ne connoît pas bien les moyens dont il s'eft fervi, ou qu'on ne fent pas affer par foi-même comment il a pû s'y prendre ; je ne dis pas qu'il faille croire aveuglement tout ce qui vient des Auteurs célébres, mais leur réputation doit nous infpirer de la défiance pour nous-mêmes, lorfque nous croyons pouvoir les reprendre, tout au moins jufqu'à ce que nous nous foyons parfaitement éclaircis. Voilà ce que j'ai dit: voyons comment M.Thomas le rapporte dans fa réplique, & ce qu'il y ajoûte de fon propre fonds.

M. Déparcieux, dit-il, avance dans fa réponse, que les obferva tions des grands hommes pour établir des ordres de mortalité, ne doivent point être rejetées qu'il n'a point admis les Regiftres mortuaires de Londres; qu'il a adopté ceux de Breflaw, & que ceux de M. le Curé de faint Sulpice ont une exactitude fupérieure à toutes celles de prefque tous les Curés de France; plus loin il ajoûte encore; M. Halley fuivant l'Ouvrage de M. Deparcieux page 35.à rémarqué

« AnteriorContinuar »