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fort que les médecins approuvassent les peintures qu'Asmodée fait ensuite remarquer à l'écolier sur les ailes de la Mort, qu'il lui rend visible. Il faut avoir une imagination diabolique pour y voir de jeunes médecins qui se font recevoir docteurs en présence de la Mort qui leur donne le bonnet. Je ne conseillerais pas à des hommes malades de parler de la médecine avec tant d'irrévérence.

Admirez, monsieur, l'adresse d'Asmodée: pour effacer de l'esprit de l'écolier les tristes images des tombeaux et de la Mort, il fait venir une histoire dont la force de l'amitié fait le sujet. Elle est aussi bien écrite que les amours du comte de Belflor: cependant, à cause du tragique qu'elle contient, je suis bien aise de la voir suivie du chapitre des songes. Le boiteux les explique d'une manière qui approche souvent de la vérité : par exemple, ceux d'un procureur et de sa femme n'en sont pas bien éloignés. Le mari rêve qu'il va à l'hôpital visiter et assister de ses propres deniers un de ses cliens qu'il a ruiné; et la procureuse songe que son mari chasse un grand clerc dont il est devenu

jaloux. Et cette femme titrée, en rêvant que Jupiter est devenu amoureux d'elle, et qu'il se met à son service sous la forme d'un grand page des mieux bâtis, ne fait peutêtre pas un rêve si extravagant.

Je finis, monsieur; je ne vous dirai rien des observations que continue Asmodée sur les mouvemens de Madrid et sur les captifs rachetés: c'est toujours Asmodée qui parle, et qui peint avec le même esprit et la même solidité. Le tableau est achevé comme il avait été commencé, et les lecteurs judicieux y trouveront jusqu'à la fin des coups de béquilles dont ils feront bien de profiter.

J'ai l'honneur d'être, etc.

SÉRIEUX ET COMIQUES

DES CHEMINÉES

DE MADRID.

ENTRETIEN PREMIER.

LA CHEMINÉE A et la cheminée b.

LA CHEMINÉE A.

C'EN est fait, ma chère voisine, tout est perdu; les dieux lares se glacent à mon foyer, et je sens le même froid me saisir depuis les pieds jusqu'à la tête.

LA CHEMINÉE B.

Vous m'alarmez: d'où vient cette affreuse maladie ? Comment pouvez-vous passer subitement du chaud au froid? je vous ai toujours vue tout en feu.

LA CHEMINÉE A.

Hélas! il faut bien que je suive la bonne

et la mauvaise fortune de mon savant, et le

pauvre homme.....

LA CHEMINÉE B.

Que lui est-il donc arrivé ?

LA CHEMINÉE A.

Le plus grand des malheurs. Ses revenus, c'est-à-dire ceux de sa plume ( car il n'en a pas d'autre), sont arrêtés.

LA CHEMINÉE B.

Je ne vous entends point encore.

LA CHEMINÉE A.

Eh bien! écoutez-moi donc : je vous parle d'un auteur; son revenu était établi sur le produit certain des brochures amusantes qu'il composait, et l'on a proscrit ce genre. LA CHEMINÉE B.

Comment ses brochures le faisaient

vivre ?

LA CHEMINÉE A.

Et même fort à son aise; il ne perdait pas son temps à limer un volume, il en donnait sept ou huit au moins par an.

LA CHEMINÉE B.

C'est grand dommage de liér les mains à un si bon ouvrier: et comment peut-on défendre l'amusement, qui est la meilleure

chose du monde ? Le public aime à être amusé, et il doit avoir la liberté d'acheter ce qui l'amusé.

LA CHEMINÉE A.

Vous avez raison, et ce goût du public fait les intérêts des auteurs et le profit des libraires; mais voilà ce qui excite l'envie. On crie qu'on ne s'occupe aujourd'hui qu'à écrire des folies, des riens, et qu'on appellera notre siècle le siècle des romans et de la futilité. On dit que le bon goût se corrompt, que les brochures à parties sont une vraie exaction; qu'on allonge un roman à l'infini; enfin qu'actuellement un homme projette d'en composer un à trois cent soixante et cinq parties pour tous les jours de l'année. LA CHEMINÉE B.

Après les Mille et une nuits, les Mille et un jours, les Mille et un quarts-d'heure, et tant de mille et une autres choses, un roman à trois cent soixante-cinq parties ne devrait pas révolter les esprits.

LA CHEMINÉE A.

Jugez donc si on devrait chicaner mon auteur, qui n'est jamais allé, dans ses ouvrages, au-delà de la huitième partie.

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