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sa bouche, à ses yeux, et ensuite sur sa tête.

Pour commencer à t'en donner des marques, reprit Mézomorto, je te dirai que j'ai dans mon sérail les plus belles femmes de l'Europe. J'en ai une entre autres à qui rien n'est comparable : je ne crois pas que le grand-seigneur même en possède une si ́ parfaite, quoique ses vaisseaux lui en apportent tous les jours de tous les endroits du monde. Il semble que son visage soit le soleil réfléchi, et sa taille paraît être la tige du rosier planté dans le jardin d'Eram. Tu m'en vois enchanté.

Mais ce miracle de la nature, avec une beauté si rare, conserve une tristesse mortelle, que le temps et mon amour ne sauraient dissiper. Bien que la fortune l'ait soumise à mes désirs, je ne les ai point encore satisfaits : je les ai toujours domptés, et, contre l'usage ordinaire de mes pareils qui ne recherchent que le plaisir des sens, je me suis attaché à gagner son cœur par une complaisance et par des respects que le dernier des musulmans aurait honte d'avoir pour une esclave chrétienne.

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Cependant tous mes soins ne font qu'aigrir sa mélancolie, dont l'opiniâtreté commence enfin à me lasser. L'idée de l'esclavage n'est point gravée dans l'esprit des autres avec des traits si profonds; mes regards favorables l'ont bientôt effacée : > cette longue douleur fatigue ma patience. Toutefois avant que je cède à mes transports, il faut que je fasse un effort encore; je veux me servir de ton entremise. Comme l'esclave est chrétienne, et même de ta nation, elle pourra prendre de la confiance en toi, et tu la persuaderas mieux qu'un autre. Vante-lui mon rang et mes richesses: représente-lui que je la distinguerai de toutes mes esclaves; fais-lui même envisager, s'il le faut, qu'elle peut aspirer à l'honneur d'être un jour la femme de Mézomorto, et dis-lui que j'aurai pour elle plus de considération que je n'en aurais pour une sultane dont sa hautesse voudrait m'offrir la main.

Don Juan se prosterna une seconde fois devant le dey, et, quoique peu satisfait de cette commission, l'assura qu'il ferait tout son possible pour s'en bien acquitter. C'est

assez, répliqua Mézomorto, abandonne ton ouvrage et me suis je vais, contre nos usages, te faire parler en particulier à cette belle esclave. Mais crains d'abuser de ma confiance: des supplices inconnus aux Turcs même puniraient ta témérité. Tâche de vaincre sa tristesse, et songe que ta liberté est attachée à la fin de mes souffrances. Don Juan quitta son travail et suivit le dey, qui avait pris les devans pour aller disposer la captive affligée à recevoir son agent.

Elle était avec deux vieilles esclaves, qui se retirèrent d'abord qu'elles virent paraître Mézomorto. La belle esclave le salua avec beaucoup de respect; mais elle ne put s'empêcher de frémir; ce qui lui arrivait toutes les fois qu'il s'offrait à sa vue. Il s'en apercut, et pour la rassurer: Aimable сарtive, lui dit-il, je ne viens ici que pour vous avertir qu'il y a parmi mes esclaves un Èspagnol que vous serez peut-être bien aise d'entretenir : si vous souhaitez de le voir, je lui accorderai la permission de vous parler, et même sans témoins.

La belle esclave témoigna qu'elle le voulait bien. Je vais vous l'envoyer, reprit le

dey puisse-t-il par ses discours soulager vos ennuis! En achevant ces paroles, il sortit; et, rencontrant le Tolédan qui arrivait, il lui dit tout bas: Tu peux entrer, et après que tu auras entretenu la captive, tu viendras dans mon appartement me rendre compte de cet entretien.

Zarate entra aussitôt dans la chambre, poussa la porte, salua l'esclave sans attacher ses yeux sur elle, et l'esclave reçut son salut sans le regarder fixement; mais, venant tout à coup à s'envisager l'un l'autre avec attention, ils firent un cri de surprise et de joie. O ciel! dit le Tolédan en s'approchant d'elle, n'est-ce point une image vaine qui me séduit ? Est-ce en effet dona Théodora que je vois ? Ah! don Juan, s'écria la belle esclave, est-ce vous qui me parlez? Oui, madame, répondit-il en baisant tendrement une de ses mains, c'est don Juan lui-même. Reconnaissez-moi à ces pleurs que mes yeux, charmés de vous revoir, ne sauraient retenir, à ces transports que votre présence seule est capable d'exciter: je ne murmure plus contre la fortune, puisqu'elle vous rend à mes vœux........... Mais

où m'emporte une joie immodérée ? j'oublie que vous êtes dans les fers. Par quel nouveau caprice du sort y êtes-vous tombée ? Comment avez-vous pu vous sauver de la téméraire ardeur de don Alvaro? Ah! qu'elle m'a causé d'alarmes ! et que je crains d'apprendre que le ciel n'ait pas assez protégé la vertu.

Le ciel, dit dona Théodora, m'a vengée d'Alvaro Ponce. Si j'avais le temps de vous raconter.... Vous en avez tout le loisir, interrompit don Juan le dey me permet d'être avec vous, et, ce qui doit vous surprendre, de vous entretenir sans témoins. Profitons de ces heureux momens: instruisez-moi de tout ce qui vous est arrivé depuis votre enlèvement jusqu'ici. Eh! qui vous a dit, reprit-elle, que c'est par don Alvaro que j'ai été enlevée ? Je ne le sais que trop bien, repartit don Juan. Alors il lui conta succinctement de quelle manière il l'avait appris, et comme, Mendoce et lui s'étant embarqués pour aller chercher son ravisils avaient été pris par des corsaires. Dès qu'il eut achevé son récit, Théodora commença le sien dans ces termes.

seur,

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