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Cethbeddin,

troupe d'Egyptiens, gens assez lâches , & quelques cavaliers armés à la légère , appellés Turcoples. Il est difficile l'antica:

Apr. J. de concilier deux récits si opposés; Schirkouh regardoit Noured dia l'armée des Francs si supérieure à la fienne, qu'il n'osoit hazarder un combat. Quoi qu'il en soit, on se rangea de part & d'autre en ordre de bataille sur un terrain inégal, rempli de collines qui étoient formées par les fables. Ce lieu étoit appellé Babaïn , c'est-à-dire, portes ou détroits, parce qu'il étoit resserré entre les collines. Schirkouh plaça tous ses bagages au centre, dans la crainte qu'ils ne fussent pillés par les paysans des environs. Il en donna le commandement à son neveu Selah eddin, qui est le fameux Saladin si connu par nos Histoires des Croisades. Il comptoit que les Francs , persuadés qu'il étoit lui-même (a) au centre, viendroient l'attaquer ,

il lui ordonna de reculer à mesure qu'ils avanceroient, & il se mit à la droite avec les plus braves de son armée. Il avoit eu auparavant la précaution de s'emparer de toutes les collines , & comme elles n'étoient formées

que de sable, les Francs ne pûrent s'y établir, ni en faire déloger ses troupes. Les choses arriverent comme ce Général l'avoit prévû. Les Francs qui le croyoient au centre chargerent d'abord de ce côté, & se persuaderent déja d'avoir remporté la victoire; mais Saladin en se retirant & paroissant prendre la fuite, ne faisoit qu'exécuter les ordres de son oncle. L'aile droite où les Fraics croyoient que Saladin commandoit, fut attaquée par Hugues de Césarée ; mais ayant trouvé trop de résistance, ils se débanderent, & Hugues de Césarée fut fait prisonnier ; alors le reste de l'armée de Schirkouh fondit sur le corps qui avoit la garde des bagages, & le mit en fuite. Cependant la victoire étoit encore incertaine, on se battoit par pelotons dans les différentes vallées dans lesquelles les Francs avoient voulu se retirer. Les uns étoient victorieux pendant que leurs compagnons étoient battus d'un autre côté. La nuit fit cesser le coinbat. Les Francs se rallierent auprès du Roi, qui avoit fait placer son étendart sur une colline. L'armée de Schirkouh s étoit re

(a) Il ne se trompoit pas , puisque étoit au centre. Guillaume de Tyr dit effectivement qu'il

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din.

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tirée vis-à-vis sur deux autres collines,& il falloit que les Francs
Apr. J. C.
L'an 1167. pour s'en retourner passassent à travers les ennemis. Ils se
Noureddin rassemblerent le lendemain , marcherent en bon ordre , ayant
Cothbed-

à droite & à gauche les troupes de Noureddin, qui sur-
prises de leur courage les laisserent continuer leur route. Ils
se rendirent à Lamonia , où Gérard de Pugi & le fils de
Schaour venoient d'arriver avec cinq cens cavaliers & cent
Turcoples. Ce secours inattendu répandit la joie parmi les
Francs; car ils avoient appréhendé jusqu'alors que les Turcs
ne vinssent à chaque inftant les attaquer. Après s'être arrêtés
pendant trois jours, ils fe rendirent au Caire & camperent
proche le pont. Les Francs prétendirent qu'ils n'avoient
perdu dans cette action que cent hommes, & que Schirkouh
en perdit quinze cens. "Il est certain cependant que la vic-
toire fut du côté de Schirkouh ; les Historiens Arabes la
regardent même comme une des plus signalées que l'on ait

jamais remportées.
Benelathir. Pendant que les Francs reprenoient le chemin du Caire,
Aboulfedha Schirkouh fe rendit à travers le desert du côté de la mer,

& s'étant présenté aux portes d'Alexandrie, les habitans lui
Bohaeddin. remirent cette ville. Aussi-tôt que les Francs en furent ins-
Aboulfa-
radge.

truits, ils rassemblerent leurs armées ; & comme Alexan-
drie tiroit-toutes ses provisions du haut du Nil, ils disper-
serent un grand nombre de vaisseaux sur ce fleuve, pour
empêcher qu'on ne portât rien dans la ville , ensuite ils
vinrent camper entre Toroge & Demenehut à huit milles
d'Alexandrie, ils envoyerent de tous côtés des partis qui
enlevoient les convois, de sorte qu'au bout d'un mois la
ville se trouva sans provisions, & le peuple commença à mur-
murer; Schirkouh qui craignit d'être obligé de se rendre,
laissa son neveu Saladin dans Alexandrie avec mille ca-
valiers , reprit pendant la nuit à travers le desert le che-
min de la haute Egypte, & passa tout à côté de l'armée
des Francs. Le Roi Amaury le suivit jusqu'au Caire; mais
dans le tems qu'il alloit continuer sa marche, un Emir Egyp-
tien (a) le vint trouver, lui dit qu'Alexandrie étoit réduite à

Guillaume de Tyr.

(a) Guillaume de Tyr le nomme Bene carselle.

Cothbed

la derniere extrémité, que par le moyen de ses parens , qui

Apr. J. C. étoient les principaux de cette ville , il étoit en état de la L'an 1167. lui faire remettre avec tous les Turcs s'il vouloit

y retour

Noureddin ner , Amaury après avoir tenu conseil, prit aussi-tôt le che- din. min d'Alexandrie, & en forma le siége.

Cette ville, une des principales de l'Egypte, est située à l'entrée du desert du côté de la Lybie, assez près du bras du Nil qui passe par Rosette. Elle a deux ports qui sont séparés l'un de l'autre par une langue de terre qui s'avance dans la mer. C'est sur cette langue qu'est élevé le phare d'Alexandrie. On y voit un grand nombre de vaisseaux qui s'y rendent de toutes parts. Par la mer Rouge & la ville d'Aideb, & ensuite par le Nil, on y apporte toutes les raretés de l'Inde. Les Francs de la Syrie , informés que le Roi Amaury faisoit le siége de cette ville, profiterent de la facilité de s'y rendre par mer pour y accourir en foule & y apporter des vivres. Amaury fit élever des machines & dresser des pierriers, avec lesquels il faisoit lancer des rochers immenses. Les Turcs qui étoient en petit nombre ne pouvoient résister aux assauts. Déja le peuple parloit de chasser Saladin ; celui-ci en instruit son oncle , & tâcha de calmer la populace en lui promettant un prompt secours. Le Roi Amaury qui n'ignoroit pas ces divisions poussoit le siége avec d'autant plus de vivacité, qu'il étoit à craindre que Schirkouh ne revînt. En effet, ce Général s'étoit enfoncé dans la haute Egypte où il faisoit le siégé de Kous; mais la difficulté de prendre cette ville, & la nécessité de venir délivrer son neveu , le ramenerent dans la basse Egypte, après avoir råmassé tout l'argent qu'il put trouver. Lorsqu'il se fut approché du Caire, & qu'il fut parfaitement instruit de la situation de son neveu & de ses affaires en général, il proposa à Hugues de Césarée qu'il retenoit prisonnier, de faire la paix avec le Roi Amaury', à condition qu'on rendroit de part & d'autre les prisonniers, qu'on leveroit le siége d'Aléxandrie, & qu'on lui laisseroit le chemin libre pour retourner en Syrie. Ses propositions furent communiquées à Amaury & acceptées par tous les Francs. Les Historiens Benelathiri Arabes s'expriment d'une autre façon sur les conclusions de Aboulfedha

Apr. J. C. ce traité. Ils prétendent d'abord que la paix fut proposée L'an 167. par les Francs qui s'engagerent à payer à Schirkouh cinCollbed." quante mille piéces d'or, à lui laisser tout ce qu'il avoit din. pris dans le pays, à rendre Alexandrie aux Egyptiens , &

à leur égard, à sortir de l’Egypte où ils ne posséderoient rien.

Après que le traité, quel qu'il soit eût été signé, on fit cesser les hostilités ; les Francs entrerent dans Alexandrie, y dresserent l’étendart du Roi; Saladin sortit, & avant que de prendre le chemin de la Syrie, il vint trouver le Roi Amaury, & resta dans le camp des Francs. Le grand Vizir Schaour prit (a) possession d'Alexandrie & y établit de nouveaux Officiers. Après cette expédition Schirkouh & son neveu Saladin s'en retournerent à Damas (6). Amaury s'en alla au Caire où il fit un nouveau traité avec le Grand Vizir , car le Khalif dépouillé de toute autorité n'étoit inftruit de rien. Ils convinrent ensemble qu'il y auroit dans le Caire une garnison de Francs , & que les Egyptiens leur payeroient cent mille piéces d'or. Ensuite Amaury s'en alla (c) à Ascalon. Pendant

que

le Général Schirkouh avoit été occupé de l'expédition de l’Egypte, Noureddin avoit porté la guerre dans le

pays

des Francs, il avoit pris le château d'Akaph dans le désert, Saphia & Arima , de-là il avoit été obligé de marcher contre la ville de Manbedge, où Ghazi qui en étoit le Gouverneur , venoit de se révolter contre lui. Noureddin la prit & la donna à Cothbeddin Inal frere de Ghazi. Ensuite , dans le dessein de continuer la guerre contre les Francs, il se rendit à Hama où il fut joint par son frere Cothbeddin Roi de Moussoul, & par Zeïneddin appellé Aly Koutchouq, fils de Balkteghin. Ils allerent ensemble détruire Hounaïn (4), & ce fut après cette expédition que Schirkouh revint de l’Egypte avec son armée qui étoit en mauvais état.

(a) Dans le mois Schoual, vers le (c) Il y arriva , selon Guillaume de milieu.

Tyr, le 12 des kalendes de Septembre, (6) Ils y arriverent le 18 de Dzoulcaa- la quatrieme de son regne, l'an 1167. da de l'an 562.

(d) Dans le mois Schoual.

Dans

Dans le même tems (a) le Roi de Moussoul perdit Zéïn

Apr. J. C. eddin. Cet Eịnir gouvernoit depuis long-tems le Royaume l'an 1167. de Moussoul avec la réputation d'un homme sage, éclairé, Noureddin généreux, & qui n'étoit occupé que du bien public. Lors- din. que son âge & fes infirmités ne lui permirent plus de va- Aboulfedha quer aux affaires du gouvernement (il étoit devenu aveugle & Benelathir. fourd) il se retira dans la ville d’Arbel qui lui avoit été donnée par Emadeddin zenghi , & remit entre les mains de Cothbeddin celles de Sandgiar, de Harran & autres. Ce Prince nomma à la place Phakhreddin abdolmesih,qui par sa conduite opposée à celle de Zeïneddin , encourut l'indignation de tout le peuple & du Roi son maître qui le déposa trois ans après (b).

D'un autre côté Noureddin (c) fit une conquête à la- L'an 1168. quelle il ne s'attendoit pas; le château de Dgiaber situé près de l'Euphrate , appartenoit depuis le regne du Sulthan Malek schah'à la famille des Ocailites. Celui qui le possédoit alors étoit nommé Schehabeddin Malek; un jour qu'il sortit de ce château pour aller à la chasse , il fut arrêté par les Kelabites, & conduit à Noureddin qui le renferma dans Alep. C'est alors qu'il conçut le dessein de s'emparer du château , il essaya inutilement d'engager Schehabeddin à le lui remettre. Noureddin ne donna point ici des preuves de cette justice dont il faisoit profession ; mais il s'agissoit d'étendre ses Etats. Il envoya des troupes qui firent le fiége du château, la résistance de la garnison l'obligea d'y en envoyer de nouvelles, sans qu'il pût s'en rendre maître de force, & il ne l'eut que parce que Schehabeddin consentit ensuite à le lui céder en échange de Sandgiar & de quelques autres villes. Il donna le gouvernement de ce château à Madgededdin fils de Daieh. · Ce Prince étoit toujours attentif à toutes les démarches des Francs qui ne cherchoient que l'occasion de pouvoir s'emparer de l'Egypte. Mais en s'efforçant de les chasser de ce pays, il n'avoit point envie de le conserver aux Phathimites. Les Francs de leur côté, bien inftruits de ses desseins, craignoient de voir l’Egypte réduite en province du Royau

(a) L'an 563 de l'Hegire.
(6) L'an 566 de l'Hegire, & de J.C. (c) L'an 564 de l'Hegire.
Tom. II. Part. 11.

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1170.

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