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L'an 11696

Benelashiro

port. Fréderic

Touranschah promit de le secourir de toutes ses forces, alors il partit , & il tint parole dans la suite.

Apr. J. C. L'établissement de Saladin dans l’Egypte allarma tous les Noureddin Francs ; par cette conquête Noureddin

se trouvoit en état de Cothbedfaire partir des flottes de l'Egypte pour croiser sur toutes les Guillaume côtes de la Syrie où ils étoient établis; il pouvoit empêcher de Tyr: le passage des Pélerins , & par-là détruire entiérement le Royaume de Jérusalem. A la vûe de tous ces malheurs qui les menaçoient , les Francs tinrent un grand conseil dans lequel il fut arrêté que le Patriarche de Jérusalem , l'Archevêque

de Césarée (a), l'Evêque d’Akka (b), passeroient en Occident pour demander des secours à Louis, Roi de France, à Henri Roi d'Angleterre , à Guillaume Roi de Sicile & aux autres Souverains de l'Europe; mais une tempête qui s'éleva pendant la nuit endommagea si considérablement le vaisseau , qu'elle l'obligea de rentrer dans le Archevêque de Tyr , & Jean Evêque de Paneas , furent chargés alors de passer en Europe ; ce dernier mourut peu de tems après à Paris , & l'autre ne fit qu'un voyage inutile.

Pendant que ces Députés étoient dans l'Occident où ils Guillaume ne recevoient

que des promesses ; l'Empereur de Constan- de Tyres tinople équippa une fotte considérable qu'il envoya au fecours des Francs. Elle étoit composée de cent cinquante grands vaisseaux , appellés Galées, qui étoient à deux rangs de

& portoient en avant un bec ; de soixante autres vaisseaux plus grands pour porter la cavalerie , & de dix ou douze autres encore plus considérables , appellés Dromons; ceux-ci étoient chargés de toutes les provisions, des armes & des machines. Megalducas Maurelius, Général fort expérimenté dans la guerre, & Alexandre de Conversana conduifirent cette flotte (c) à Tyr & ensuite à Akka. Au mois d'O&obre toutes les troupes des Francs & des Grecs s'affemblerent à Ascalon , & se mirent en marche vers l'Egypte. Elles se rendirent à petites journées à Pharamia , ville prefque déserte, située proche la premiere embouchure du Nil appellée Carabes. Tout ce chemin étoit devenu plus long (a) Ernefius.

() Au mois de Septembrco (6) Guillaume

rames

de pouvoir

depuis quelque-tems. Les flots de la mer , à force de battre Apr. J. C. L'an 1169. continuellement contre les monceaux de sable qui s'étoient Noureddin accumulés sur le rivage , avoient ouvert un passage , & après Cothbeddin.

être entrés dans la plaine , ils avoient formé un vaste marais
dont l'embouchure étoit assez étroite. Il en étoit résulté un
avantage considérable pour toutes les villes voisines, ce ma-
rais s'étoit rempli d'une quantité prodigieuse de poisson de
toute espece que l'on y venoit pêcher de tous les environs ;
mais ceux qui vouloient aller de Syrie en Egypte, en sui-
vant le bord de la mer, étoient obligés de faire un détour
d'environ dix milles le long du marais, avant que
regagner le rivage. Les Francs trouverent à Pharamia la
flotte des Grecs qui étoit partie d’Akka. Elle servit à faire
passer les troupes de l'autre côté du Nil , laissant Taphnis à
la gauche. De-là elles se rendirent toutes à Damiete (a), &
camperent entre la ville & la mer, en attendant

que

la Hotte les eut rejoint de nouveau.

Sur le bord du fleuve il y avoit une tour très-fortifiée, d'où partoit une chaîne qui étoit attachée aux murs de la ville , & qui empêchoit que l'on ne pût pénétrer plus haut. Par ce moyen

les habitans recevoient librement des secours du Caire, & il leur arrivoit continuellement des troupes. Les Francs qui comptoient emporter cette ville d'emblée, se virent dans la nécessité d'en former le siége en régle, & de dresser un grand nombre de machines ; mais les assiégés leur en opposerent d'autres , & la négligence & même la trahison de quelques Francs étoient cause que celles des assiégés avoient la supériorité. La fotte manqua de vivres , les Grecs étoient obligés de se disperser dans la forêt des Palmiers qui eft aux environs & de manger les branches les plus tendres pour appaiser leur faim ; les Francs craignoient en leur fournissant des vivres de se trouver dans la même situation. Les pluyes qui tomboient en abondance augmentoient les maux de l'armée Chrétienne. Il souffloit alors un vent du Midi qui augmentoit la rapidité du courant du Nil, où toute la flotte s'étoit rassemblée comme dans un lieu de

(a) Le fix des kalendes de Novembre, gire, dans le mois Sepher de l'an 565 de l’He

sûreté

Guillaume de Tyr.

sûreté. Les habitans remplirent un brûlot de bois secs & d'au. tres matieres grasses, le lâcherent sur le feuve en le dirigeant l'an 1169.

Apr. J. C. vers les vaisseaux. Six de ceux qu'on appelle Galées furent Noureddin entiérement brûlés , & toute la fotte eût éprouvé le même din. sort sans le Roi Amaury qui vint au secours. Les Francs Benelashir. resterent ainsi pendant cinquante jours devant Damiete. Voyant alors qu'il étoit impossible de la prendre , ils se préparerent à se retirer , après avoir fait une espece de trêve avec les habitans , par l'entremise de quelques Emirs Egyptions qui n'étoient pas portés pour Saladin.

Cet Emir s'étoit plaint á Noureddin de ce que plusieurs grands Seigneurs de l'Egypte s'étoient déclarés en faveur des Francs, & Noureddin pour conserver ce pays y avoit envoyé des troupes , en même-tems que de son côté il étoit entré dans la Syrie où il avoit fait beaucoup de ravages , qui ne contri- Beneladir. buerent pas peu à la levée du siège de Damiete. L'expédition Aboulfedha de Noureddin avoit non-seulement pour but de faire une diversion , mais encore d'arrêter les courses que quelques Francs faisoient dans ses Etats; ils venoient de lui enlever (a) la forteresse d’Akkar , après avoir fait prisonnier Khathlagh L'an 11701 qui y commandoit pour Noureddin. De plus, comme ce Prince envoyoit alors Nodgemeddin ayoub , pere de Saladin , dans l’Egypte avec quelques troupes , & qu'un grand nombre de Marchands Musulmans s'étoient joints à cette armée, afin de faire leur voyage plus en sûreté, il crut devoir pour cmpêcher qu'ils ne fussent insultés par les Francs, s'approcher du château de Krak ou Pierre du desert , & en former le siége. Dans le tems qu'il étoit occupé à battre les murailles de cette place, il apprit que deux Généraux Francs nommés par les Arabes , l’un le fils de Unfroy & l'autre Carib, fils de Dakik, venoient secourir Krak avec deux cens cavaliers & mille Turcoples ; il marcha contre eux avant qu'ils fussent en plus grand nombre ; mais ceux-ci ne jugeant pas à propos de l'attendre, Noureddin se répandit dans tout leur pays qu'il ravagea , & établit son camp à Aschtara ; un Emir nommé Schehab eddin Mahmoud (b) qui possédoit le château de (a) Dans le mois Rabi elakher de l'an (b) Fils d'Elias, fils d'Ilghazi , fils Tom. II. Part. II

Dd

565

d'Ortoc.

Apr. J. C.

L'an 1170

que les

Bira , fe mit en marche avec deux cens cavaliers pour ve

nir le joindre dans cet endroit. Lorsqu'il fut arrivé à Léboua , Noureddin dans le territoire de Baalbek, il monta à cheval pour

aller à Cathbed- la chasse ; mais il rencontra trois cens cavaliers Francs qui

faisoient des courses dans les environs , il tomba sur eux & les Benelathir. Aloulfedha mit en déroute. Parmi les morts étoit le chef des HospitaGuillaume liers qui étoit maître du château des Kurdes

& Bohaeddin. Francs estimoient à cause de son courage. Sa tête fut portée à

Noureddin. Ce Prince étoit encore campé à Aschtara lorf-
qu'il fut inforıné que de grands tremblemens de terre ve-
noient de détruire (a) la plûpart des villes de la Syrie. Au
rapport des Historiens on n'en avoit point encore senti de si
violens, les villes les plus considérables furent renversées , &
les habitans ensevelis sous les ruines ; de ce nombre étoient
Baalbek , Hemesse, Hama , Schizour ou Césarée , & Alep..
Dabord Noureddin n'apprit que ce qui regardoit Baalbek
il s'y rendit en diligence pour en faire réparer les fortifica-
tions ; mais lorsqu'il sçut le sort des autres villes il laissa dans
Baalbek des troupes, courut à Hemesse & à Hama où il fit
de même, & ensuite au château de Barin qui étoit dans le
voisinage des Francs , & qui par cette raison l'inquiétoit d'a-
vantage; toutes ses fortifications avoient été détruites , il y
laissa une garnison , & après avoir donné des ordres afin qu'on
travaillât jour & nuit pour le réparer , il se rendit à Alep qui
avoit souffert plus que toutes les autres villes. Il n'y avoit
pas une maison dans laquelle on pût demeurer', & les habi-
tans étoient campés hors de la ville: il fut présent aux tra-
vaux & les accéléra , il craignoit toujours que les Francs ne
profitassent de ce désastre pour entrer dans les Etats ; mais
ceux-ci, qui avoient également souffert du tremblement , loin
de songer à entreprendre quelque expédition, n'étoient occu-
pés qu'à réparer leurs pertes. Toute la ville d'Antioche dont
les murailles & les tours étoient d'une solidité à toute épreu-
ve, étoit renversée. Celle de Tripoli (b) avoit perdu presque
tous fes habitans , Tyr avoit souffert considérablement.

Pendant que Noureddin étoit occupé à faire reconstruire

(a) Le 12 de Schoual de l'an 565.

(6) Le trois des kalendes de Juillet

din.

Abouling

Alep ; son frere Cothbeddin Maudoud Roi de Moussoul, mourut (a) de la fiévre dont il avoit été attaqué. Il étoit âgé Apr. J. C. d'environ quarante ans, & avoit régné vingt-un & cinq mois. Noureddia Il fut regretté de tous ses sujets , il ne cessoit de leur faire Cothbeddu bien, & quand on lui représentoit sa trop grande facilité à cet égard, il répondoit que personne n'y étoit plus obligé Bolaedate.

Benclarhir. qu’un Roi

. Il aimoit également les grands & les petits, par- Aboulfedha donnoit facilement, traitoit ses Officiers avec douceur, se

hafen. plaisoit à les enrichir , dans la crainte qu'ils ne le fissent euxmêmes, prévenoit ceux qui avoient besoin de lui , les secouroit promptement dans leurs besoins , & faisoit rendre la justice à tout le monde. Il avoit toujours vécu en bonne intelligence avec son frere , l'avoit souvent secouru d'hommes & d'argent , & avoit permis par amitié pour lui qu'on fit la priére publique en son nom , dans ses Etats. Il l'avoit accompagné au liége de Harem & de Paneas. Avant

que

de mourir il ordonna que son fils aîné Emadeddin zenghi, qui avoit épousé la fille de Noureddin , lui succédât. Mais le premier Ministre du Royaume, nommé Phakhreddin abdolmesih , qui craignoit de perdre son autorité sous un Prince trop attaché à Noureddin',

son ennemi déclaré, convint avec la Khatoun ou la Reine , fille d'Housameddin Timourtasch, que le lendemain ils assembleroient tous les Emirs & feroient prêter serment de fidélité pour son fils Seifeddin.

Ausli-tôt que cela eût été exécuté, Emadeddin vint im- Seifedding plorer le secours de Noureddin. Ce Prince irrité de cette conduite du Ministre, partit sur le champ de Tell-bascher, passa l'Euphrate au château de Dgiaber , & alla à Racca qu'il prit (b) après une légere résistance de la part du Gouverneur. Il s'empara ensuite de Khabour & de Nesibin (c). Il attendit dans cette derniere ville le reste de ses troupes qui venoit le joindre , car il n'avoit pris avec lui qu’un camp volant , mais il avoit eu l'attention d'en laisser une partie considérable dans la Syrie, pour résister aux Francs. Noureddin (d) Mohammed , Roi du Diarbekr, le joignit en cet en

(a) Le 22 de Droulhedgé de l'an 565.

(6) Au commencement de Mouharram de l'an 566.

(c) Sur la fin du même mois.
(d) Fils de Cara arflan.

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