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droit avec son armée , alors Noureddin alla faire le fiége Apro J. C. de Sandgiar où il y avoit une nombreuse garnison. Dans le Noureddin tems qu'il étoit campé devant cette ville , il reçut des lettres Seifeddin. de quelques Emirs de Moussoul , par lesquelles ils le pres

soient de se rendre vers cette capitale qu'ils offroient de lui
remettre ; mais il ne voulut point abandonner le frége de
Sandgiar qu'il prit peu de tems après (a), & qu'il renrit à
son neveu Emadeddin Zenghi. Ensuite il marcha vers Mour-
soul , & vint camper à l'Orient de cette ville, proche la forte-
resse de Ninive. Il. n'étoit séparé de Moussoul que
Tigre. Phakhreddin avoit envoyé demander du secours à
Ildighiz Roi du Dgebal , de l’Adherbidgiane & de Arran.
Celui-ci avoit voulu user d'autorité envers Noureddin , en lui
faisant défendre de se rendre à Moussoul , sous prétexte , di-
soit-il, que cette ville appartenoit au Sulthan , & qu'il ne de-
voit par conséquent y avoir aucune autorité. Noureddin re-
çut ces lettres à Sandgiar où il étoit encore, & n'y fit aucune
réponse. Il se contenta de dire à l'Envoyé que les affaires
de ses neveux l'intéressoient plus qu'elles ne devoient inté-
resser Ildighiz: Votre Prince, ajoûta-t-il , feroit mieux pour
le bien des Musulmans, d'empêcher les incursions des Géor-
giens , comme j'arrête celles des Francs en Syrie.

Noureddin commença le siége de Moussoul, mais comAboulfedha me il avoit pour lui la plậpart des Emirs, la milice & les

habitans, il ne se donna aucun combat, & Phakhreddin qui connut qu’on avoit dessein de rendre la ville malgré lui, demanda la paix. Noureddin lui fit sçavoir que son dessein étoit de l'emmener en Syrie, & qu'il n'étoit point venu pour prendre les Etats de ses neveux, mais pour les leur conserver. La paix fut signée, & Noureddin entra dans, Moussoul (b). Il demeura pendant quelque tems dans le château, confirma Seif eddin ghazi dans la possellion de cette ville & du Dgeziret ben omar, donna le gouvernement du château à Saadeddin kamschteghin un de ses Officiers, & partagea les autres villes du Royaume de Moufsoul entre ses neveux. Seifeddin fut reconnu par le Khalif Mostadhi , (a) Dans le mois Rabi elakher de l'an (6) Le 13 de Dgioumadi elaqual de

Benelathir.

5662

l'an 566.

& en reçut une robe d'honneur avant même qu'il fût entré dans Moussoul. Noureddin y fit bâtir une belle mosquée l'an 17o.

Apr, J. C. qu'il appella de son nom Nouri. Il resta pendant vingt Noureddin jours dans cette ville , & s'en retourna ensuite dans les Etats, accompagné de Phakhreddin auquel il donna des terres. A son départ de Moussoul quelqu'un lui dit qu'il paroissoit aimer cette ville & avoir envie d'y demeurer; il répondit que cela étoit vrai, mais qu'il ne pouvoit le faire fans injustice; que d'ailleurs il étoit nécessaire qu'il restât sur ses frontieres, afin de contenir les Francs.

Saladin son Lieutenant dans l’Egypte n'étoit pas moins Guillaume ardent que lui à porter

la

guerre dans la Syrie. Il venoit de Tyr. de rassembler (a) les troupes de l'Egypte & de Damas, dans le dessein d'entrer dans la Palestine. Le Roi Amaury se rendit aussi-tôt à Ascalon où il apprit que Saladin avoit alliégé le château de Daroun, & qu'il étoit prêt de s'en emparer. En effet, Ansel de Pasl qui en étoit le Gouverneur, étoit déja convenu de se rendre s'il ne recevoit pas le jour même du secours. Amaury partit de Gaza , qui n'étoit éloignée que de quatre milles de Daroun. Saladin s'étoit déja avancé, vint à la rencontre, le défit & entra dans la ville de Gaza ; mais n'ayant pu prendre la citadelle, il retourna vers Daroun, où il refusa le combat que les Francs lui présenterent , & reprit le chemin de l’Egypte. Le château de Daroun dont il s'agit ici étoit la derniere place que les Francs possédoient du côté de l'Egypte. C'étoit anciennement un Monastere des Grecs, d'où lui vient le nom de Dar-roum, & ensuite Daroun; Amaury l'avoit fait fortifier, & y avoit mis quelques troupes.

Noureddin de son côté entra aussi ib) dans le pays des L'an 1171, Francs. Ceux-ci malgré la paix qu'ils avoient faite avec lui, Benelashis. s'étoient emparés de quelques vaisseaux qui alloient d'Egypte en Syrie; Noureddin les avoit fait redemander , ainsi que toutes les marchandises dont ils étoient chargés. Mais n'ayant reçu d'eux que des réponses peu satisfailuntes, il envoya différens partis, les uns vers Antioche, les autres

(a) Au mois de Décembre , la fep- (6) Dans le mois Mouharram de l'an peme année d'Amaury.

567.

L'an 1171.

Aboulma

Tripoli pendant qu'il alla attaquer le château d'Arca. Il Apr. J. C.

ruina ses fauxbourgs , & détacha de-là quelques troupes qui Noureddin allerent prendre Saphia & Arima; il fit ensuite le ravage Seifeddin.

dans les environs de Tripoli, alors les Francs lui firent sçavoir qu'ils étoient prêts de renouveller la trêve & de rendre ce qu'ils avoient pris; Noureddin y consentit, mais ils ne remirent pas tout , & les Musulmans perdirent considé

rablement. Benelathir. Saladin étoit alors de retour en Egypte où il étoit le

maître absolu. Noureddin crut qu'il étoit tems (a) d'enlehafen,

ver au Khalif la seule marque d'autorité qui lui restoit dans ce pays, c'est-à-dire, de faire retrancher son nom de la priere publique, & d'y substituer celui de Mostadhi Khalif de Bagdad. Lorsque Saladin recut cet ordre , il s'excusa d'abord de l'exécuter, dans la crainte que les Egyptiens qui étoient attachés au parti d'Aly dont les Phathimites suivoient la doctrine , ne se révoltassent. Mais Noureddin lui ayant envoyé de nouveaux ordres de le faire , il assembla les Emirs, & leur demanda confeil sur une affaire si importante. Quelques-uns jugerent que cette entreprise étoit trop hardie, d'autres promirent de la soutenir ; un Persan nommé Emir Alam se présenta, & dit qu'il la commenceroit. En effet, le premier Vendredi de Mouharram , il monta sur la tribune avant le Khatib, & fit la priere au nom du Khalif de Bagdad. Personne ne parut s'y opposer; alors Saladin ordonna à tous les Khatibs de Mesr & du Caire de s'y conformer le Vendredi suivant; toute l'Egypte obéit ensuite, & rentra par ce moyen sous la jurisdiction du Khalif de Bagdad dont elle avoit été séparée depuis long-tems. Le Khalif Adhed (b) étoit malade. Personne ne jugea à propos de l'instruire de ce qui venoit d'arriver , parce qu'on ne vouloit pas troubler le peu de jours qui lui restoient à vivre suivant les apparences. Il mourut comme on l'avoit prévû peu de tems après. Si Saladin lui conserva la vie, il ne fut

pas

assez généreux pour le laisser en paix. Il étoit d'une avidité fi insatiable, que ce Khalif n'ayant plus qu'un seul cheval avec lequel il rę (a) L'an 567 de l'Hegire.

ment Saladin de l'avoir tué, (b) Guillaume de Tyr accuse fausse

1171.

promienoit dans ses jardins , Saladin l'obligea de le donner.

Apr. J. C. Tel étoit Saladin, avare, ambitieux, fourbe & hardi, dans

L'an le tems qu'il n'étoit que simple Emir, & grand Prince quand Noureddin

Seifedding il fut Roi.

Saladin se saisit aussi-tôt du Palais; avant même la mort du Khalif il avoit chargé un Eunuque nommé Bohaeddin cara-cousch de veiller sur toutes les richesses qui y étoient. Les enfans & les parens du Khalif Adhed furent arrêtés & renfermés dans un endroit du palais ; ses domestiques furent vendus ou donnés. Il y avoit dans ce Palais des richesses immenses, en perles, en pierreries & en autres choses semblables. Saladin y trouva une bibliothéque qui montoit à cent mille volumes choisis & bien écrits. Avec Adhed finit la puissance des. Khalifs Phathimites, qui avoient régné pendant 266 ans, & poffédé l'Egypte pendant 208 ans. Noureddin fit informer (a) le Khalif Mostadhi de ce grand évenement, & ce Khalif pour le remercier envoya un des premiers de la Cour nommé Emadeddin Sandal avec une robe d'honneur & deux épées pour Noureddin, l'une désignoit son pouvoir fur la Syrie, & l'autre sur l'Egypte. Saladin eut aussi une robe, & fut nommé par le Khalif Lieutenant de Noureddin en Egypte. On ajouta une piéce d'étoffe noire pour mettre sur la tribune du Caire. Le noir étoit la couleur des Khalifs Abbaslides.

Saladin n'ayant plus de Prince en Egypte capable de lui porter ombrage commença de se lasser du simple titre de Lieutenant de Noureddin, il auroit voulu devenir indépendant, & n'obéissoit qu'avec peine. Il craignoit encore plus d'être obligé de quitter l’Egypte pour se rendre auprès de Noureddin. Ce Prince venoit de lui ordonner de rassembler toutes les troupes de ce pays, & de le joindre pour aller faire le siége de Krak ou la Pierre du désert, capitale de la seconde Arabie. Saladin parut disposé à obéir , & fortit du Caire (b), Noureddin instruit de son départ fortit de Damas , & se rendit à Krak où il attendit inutilement les troupes Egyptiennes; Saladin lui fit sçavoir par un courier

(a) L'Envoyé étoit appellé Schehab fils d'Abou afroun. eddin el mathhar, fils de Scharfedding (d) Le 20 de Mouharram de l'an 567

que quelques apparences de troubles ne lui permettoient Apr. J. C.

pas de continuer sa route. Ce n'étoit qu'une excuse par Noureddin laquelle il cachoit la crainte qu'il avoit que Noureddin ne le Seifeddin. fìt arrêter. Noureddin décampa de Krak dans le tems que Guillaume les Francs sous la conduite du Connétable Unfroy marchoient de Tyr.

au secours de la place. Irrité de la désobéissance de son Lieutenant , il menaça d'aller en Egypte & de l’en chasser. Saladin ne fut pas plûtot informé des desseins de Noured

din , qu'il fit assembler toute sa famille & ses Emirs pour Rexelathir. délibérer sur ce qu'il avoit à faire dans une circonstance si

délicate. Après qu'il leur eût exposé le sujet de son inquiétude, Tekieddin omar son neveu dit publiquement qu'il falloit prendre les armes contre Noureddin s'il venoit en Egypte. Nodgemeddin ayoub pere de Saladin en entendant ce discours lui imposa silence sur le champ, ensuite se tournant vers Saladin , il lui dit: Je suis votre pere , & voici os votre oncle Schehabeddin el haremi'; croyez-vous que

dans toute cette assemblée il y ait quelqu'un qui vous aime » & vous veuille plus de bien que nous ? Non, lui repartit

Saladin ; sçachez donc, continua Nodgemeddin , que si » votre oncle & moi étions en présence de Noureddin , » nous ne pourrions faire autre chose que de nous profter» ner à ses pieds , & que s'il nous ordonnoit de vous cou

per la tête, nous lui obéirions. Si nous pensons ainsi , jugez

par-là quels doivent être les sentimens de ceux qui vous » sont moins attachés, il n'y a aucun des Emirs qui sont - ici présens, ni de ceux qui sont dans les troupes qui

osât s'opposer à Noureddin. Ce pays lui appartient, c'est lui qui vous y a établi son Lieutenant, & il est le maître de vous déposer; ensuite se tournant vers les autres Emirs: Nous sommes , leur dit-il, les esclaves de Noureddin , & il peut disposer de nos vies »,

Après que l'af semblée se fût retirée , Nodgemeddin dit à son fils Saladin : « Vous avez manqué de prudence en faisant connoître

vos fentimens à tous ces Emirs, ils vous trahiront; croyez o que Noureddin en sera instruit, & qu'il ne tardera pas à » venir en Egypte pour vous en chasser; écrivez lui promps tement, & faites lui des soumissions.'»

Nodgemeddin

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