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Saleh.

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roit consulté en rien. D'autres Emirs ne furent pas de cet Apr. J. L'an 1174: avis ; mais il arriva peu de tems après des Lettres de la part

de Saladin, par lesquelles cet Emir consoloit Saleh sur la Seifeddin.

mort de son pere, lui envoyoit des piéces d'or frappées en
Egypte en son nom, & l’assuroit que tout ce pays lui étoit
soumis , comme il l'avoit été à Noureddin.
Dans le tems que Noureddin mourut;

son neveu Seifeddin
étoit en marche avec une armée pour se joindre à lui. Mais
il changea bientôt de dessein en apprenant sa mort. Il s'em-
para de Nesibin , envoya un corps de troupes qui prit Kha-
bour , il assiégea Harran qui se rendit après quelques jours
de résistance; Roha, Racca, Saroudge furent prises &
tout le Diardgezire , à l'exception du château de Dgiaber ,
tomba sous la domination. L'Emir Schamseddin Aly fils de
Daïeh, qui étoit malade à Alep, ne pouvoit arrêter ces
progrès, il avoit envoyé demander du secours à Saleh qui
étoit à Damas; mais le Régent ne voulut point laisser sortir
ce jeune Prince, dans la crainte

que Schamseddin Aly dont il se défioit , ne le fit arrêter. En effet, cet Emir sous prétexte de maladie, avoit différé de venir rendre hommage à Saleh; mais ce qui faisoit son plus grand crime, c'est que les Emirs craignoient qu'il ne s'emparât de toute l'autorité. Les Emirs de Damas avoient négligé d'instruire Saladin des entreprises de Seifeddin Ghazi, il leur en fit des reproches dans cette lettre qu'il leur écrivit. « Si Noureddin eût connu parmi vous quelqu'un qui fût plus capable que moi de

remplir la place que j'occupe , & en qui il pût avoir plus w de confiance, je ne doute point qu'il ne lui eût remis le

gouvernement d'Egypte , qui fait une des plus considérables

parties de ses Etats. Soyez persuadé que s'il n'eût été pré» yenu par la mort, il m'eût confié l'éducation de son fils.

Je vois que vous cherchez à vous séparer de moi ; mais j'irai à Damas lui rendre hommage, & reconnoître en la personne les bienfaits dont son pere m'a toujours comblés. » J'agirai avec vous suivant la conduite que vous tenez à » mon égard, & je vous traiterai comme des gens qui vou

» lez exciter des troubles dans l'Etat. » Aboulfedha Après que Seifeddin ghazi se fût emparé de tout le Diar

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Benelathir.

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Seifeddin,

dgezire, il fut rejoint par l’Emir Phakhreddin Adolmesih qui venoit de quitter Siouas, dans l'espérance de recouvrer toute l'an 1147.

Apr. J. C, l'ancienne autorité dont il jouissoit à Moussoul. Il conseilla Saleh, à Seifeddin de poursuivre ses conquêtes ; mais le Prince, de l'avis d'un autre Emir', se contenta d'avoir repris tout ce qui avoit été autrefois de la dépendance de Moussoul, & s'en retourna dans cette ville. Dans le tems que Noureddin s'étoit rendu maître de Moussoul , il avoit confié le gouvernement du château à Saadeddin Kamstecghin un de ses Eunuques. Et celui-ci en apprenant la mort de son Maître s'étoit retiré à Alep, auprès de Schamseddin Aly. Ces Emirs convinrent que Saadeddin se rendroit à Damas auprès de Saleh. Lorsque celui-ci fur en route , il rencontra quelques troupes que le Régent du Royaume Ben el mocaddem envoyoit contre lui, il fe crut obligé de regagner Alep , d'où il repartit une seconde fois , & parvint ensuite heureusement à Damas, il s'aboucha avec Saleh & fes Emirs, & leur représenta combien il étoit nécessaire que ce Prince se rendît à Alep. On fuivit son conseil; mais Saleh n'y fut pas plutôt arrivé, que Saadeddin se faisit de Schamseddin Aly & de ses freres, & s'empara de toute l'autorité & du Gouvernement. Ben el mocaddem & les autres Emirs qui étoient à Damas , se voyant ainsi dépouillés , & craignant pour euxmêmes, écrivirent à Seïfeddin ghazi, & offrirent de lui livrer Damas. Celui-ci qui crut que c'étoit un piége qu'on lui tendoit, n'osa sortir de Moussoul. Alors ils s'adresserent à Saladin. La jeunesse de Saleh, les divisions des Emirs firent craindre à ce Prince que les Francs ne s'emparassent de ce pays; ainsi il ne négligea pas une occasion si favor rable d'envahir lui-même les Etats de Noureddin ; c'étoit ce qu'il désiroit le plus. Il se rendit en diligence à Damas à la tête de sept cens cavaliers , & alla loger dans le palais de hasen. son pere (a). Il prit possession de cette ville, le château où Bohaeddin. . commandoit un Emir appellé Rihan, se rendit après quel- Aboulfedha ques difficultés de la part du Gouverneur. Saladin vouluticependant que la priere publique se fît au nom de Saleh, pro

Aboulme

(a) Le dernier de Rabi elakher de l'an 5704

L'an 1174.

testant qu'il n'étoit venu que pour lui prêter hommage , & Apr. J. C. lui faire restituer ce que Seïfeddin ghazi venoit de prendre. Saleh.

Mais fa conduite démentoit ses paroles, & il n'aspiroit qu'à Seifeddin. la Souveraineté. Ben el Athir Historien qui vivoit alors , dit

en parlant de ces événemens dans son Histoire, qu'il faut se contenter de voir & d'entendre ce qui arriva alors , & garder un profond silence. On voit par-là qu'il y avoit du danger de transmettre à la postérité certaines actions de Saladin. L'Historien s'arrête , & se contente de rapporter en peu de mots les autres Conquêtes de ce Prince , sans parler de ses menées qui le rendirent usurpateur. Nous ceffons ici de regarder Saladin comme sujet de Saleh, quoiqu'il voulût encore qu'on le crût. En conséquence, nous ne parlerons plus de lui , qu’autant que les événemens auxquels il aura donné lieu appartiendront à l'Histoire des Atabeks. Il devint absolu dans l'Egypte, sa postérité lui succéda dans ce pays ; ainsi la suite de l'Histoire de Saladin devenu Souverain de l'Egypte, ne doit plus entrer dans le plan de cet Ouvrage.

Saladin sortit de Damas dont il venoit de se rendre mais de Tyr.

tre, & marcha vers la Céléfyrie , où il espéroit que
tres villes se rendroient d'elles-mêmes, tous les habitans étant
portés en la faveur. Il alla à Hémesse (a); cette ville, de même
que Hama, Barin , Salamia , Tell-khaled & Roha , apparte-
noient alors à Phakhreddin Masoud (b); mais la foiblesse de cet
Emir avoit été cause que les Officiers de Noureddin s'étoient
rendus maîtres des châteaux de ces places; & qu'il n'avoit au-
cune autorité dans ces villes , excepté dans Barin. Saladin
commença par le siége (c) d'Hémesse , & la prít ; le château
tint ferme , & Saladin qui ne vouloit pas consommer ses
forces, se contenta de laisser quelques troupes devant , &
alla se rendre maître de Hama (d). Le Gouverneur du
château qui étoit nommé Azzeddin dgiardik, avoit été un
des Mameluks de Noureddin. Comme il s'étoit fortifié dans

Guillaume

les au

Bohaeddin.

(a) Au commencement de Dgioumadi elaqual de l'an 570. Nos Historiens la nomment Kamel.

(b) Fils de Zaphrani.

(c) Le u de Dgiouwadi elaoual. (d) Au commencement de Dgiouma, di elakher de l'an 570 de l’Hegire.

le

Apr. J. C.

Seifeddin,

le château , Saladin lui fit dire qu'il n'étoit venu dans ce pays que pour le conserver à Saleh. Dgiardik lui demanda l'an 175: la permillion de se rendre à Alep avec une lettre de sa part, Saleh, & exigea de lui le serment que pendant son absence il n'inquiéteroit point la place. Il partit & laissa dans le château de Hama fon frere ; mais lorsqu'il fut arrivé à Alep, Kamschteghin le fit arrêter. Alors son frere livra le château à Saladin; enfuite celui-ci alla faire le siége d'Alep, où étoit alors Saleh. Tous les habitans se mirent sous les armes, Kamschteghin engagea par ses présens Senan chef des Bathé. niens ou Affallins d'assassiner Saladin, Une troupe de gens de cette secte s'approcherent de cet Emir , ou plutôt de ce Sulthan d'Egypte pour le massacrer. Mais ils manquerent leur coup, & Saladin continua le siége d'Alep. Saleh qui n'avoit alors que douze ans, monta à cheval, & fic affem- Aboul.fo

radge. bler tous les habitans : « Vous n'ignorez pas , leur dit-il, « les services que mon pere vous a rendus, & les bienfaits » dont il vous à comblés. Je suis votre pupile. Un ingrat

qui doit tout à mon pere vient aujourd'hui , sans craindre la

Justice Divine ni respecter les Loix, pour s'emparer de mon » pays, j'implore votre secours. » Tout le peuple se prépara à marcher contre l'usurpateur qui leva (a) ausfi-tót le liége.

Les conquêtes de Saladin avoient allarmé les Francs , & Guillaume ils cherchoient le moyen d'en arrêter le cours. Ils venoient d'ê- de Tyr,

Bohaeddin, tre invités à prendre les armes , par la garnison du château d'Hémesse où ils avoient plusieurs ôtages, qui étoient retenus , en attendant qu'ils eussent acquitté des sommes qu'ils devoient à Noureddin. Le Comte de Tripoli se rendit en diligence vers cette place, mais lorsqu'il y fut arrivé la garnison ne voulut plus se rendre. Elle venoit d'apprendre la marche de l'armée de Moussoul, & elle se proposoit de tenir ferme jusqu'à son arrivée. Alors Saladin qui craignoit que cette place ne tombat entre les mains des Francs s'y rendit ausli-tót, s'empara du château (b), & pour engager les Francs à ne prendre aucune part dans cette affaire , ii leur

renvoya (a) Au commencement de Redgeb (6) Le 21 de Schaban, Tom. II. Part. II.

Ff

de l'an 570.

Saleh.
Seifeddin,

tous leurs ôtages. Il alla prendre ensuite Baalbek ou HélioApr. J. C. L'an 1175. polis.

Pendant ce tems - là Saleh avoit envoyé demander du secours à son cousin Seifeddin ghazi (a), Roi de Moussoul. Ce Prince irrité de la conduite de Saladin & encore plus , effrayé de la puissance à laquelle il le voyoit paryenu, rassembla toutes ses troupes & en donna le commandement à son frere Azzedin Masoud & à l’Emir Azzeddin Mahmoud. Cette armée se rendit à Alep; alors on résolut de livrer bataille à Saladin ; mais celui-ci proposa de rendre Hémesse & Hama , à condition qu'il garderoit Damas fous le titre de Lieutenant de Saleh. On ne voulut point y consentir, & on en vint aux mains proche Hama (b). Saladin qui avoit des traîtres dans l'armée de Moussoul remporta la victoire , & pilla tous les bagages. Ensuite il se rendit maître d'Alep, & fit retrancher de la priere publique & de dessus les monnoies le nom de Saleh , & resta seul Sulthan ; les villes de Mara & de Kafartab se soumirent. Alors les Princes Confé. dérés lui demanderent la paix : on convint qu'il garderoit tout ce qu'il avoit en Syrie, mais qu'il rendroit Alep. Elle fut (c) signée à ces conditions. Saladin alla enlever le châ

teau de Barin (d) à l’Emir Phakhreddin masoud. Guillaume

Les Francs avoient profité de ces circonstances que Salahe Zyr. din étoit occupé auprès d'Alep, & que toute la contrée de

Damas étoit dégarnie de troupes pour faire une expédition, dans ces environs. Ils traverserent le Jourdain , pafferent la forêt de Paneas & entrerent dans le territoire de Damas qu'ils pillerent entiérement. Ils parvinrent jusqu'à Daria , qui à peine. est éloignée de quatre milles de Damas , & ensuite à Beit-dgenna ou la maison de la volupré, située au pied du Liban: ces endroits furent ravagés. Quelque-tems après ils recommencerent leurs courses, & vinrent dans la vallée de Bacar proche Damas. C'est dans ces contrées que

l'on trouve une ville célébre par ses monumens & par ses superbes édi

ba) Guillaume de Tyr se trompe en le nommant Cothbeddin.

(6) Le 19 de Ramadhan.

(c) Dans le mois Schoual de l'an 572, (d) Sur la fin de l'année 570.

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